Le dernier portage – Clair au Madawaska (1828-1857)

Cette section du site traite de la vie de Philip Long et de sa famille après leur établissement à Clair, au Madawaska. Nous explorerons d’abord les raisons probables de ce déménagement majeur. Entre 1827 et 1832, des moments charnières ont marqué l’histoire de cette grande famille ; nous présentons ici les documents et les informations récoltés, dont certains ont été partagés au fil des ans par divers chercheurs.

Pour la période s’étendant au-delà de 1832, nous aborderons les événements marquants de la vie de Marie-Julie ainsi que ceux de la première génération des enfants du couple. Enfin, une section distincte du site, intitulée Descendance, regroupe des recherches, des documents et des photographies illustrant comment la lignée de Philip et Marie-Julie s’est épanouie et s’est étendue aux quatre coins du monde.

Philip Long et sa famille s’installent à Clair

Le départ de Philip Long et de sa famille, entre 1827 et 1828, a toujours fasciné ses descendants.

Mgr Lang nous a offert une vision quasi mythique et pleine d’espoir de cet événement marquant. Son ouvrage sur Philip Long traite le sujet en deux volets : le premier est un récit à la première personne décrivant comment Philip et ses fils ont exploré le territoire pour finalement découvrir la « terre promise » où la famille allait s’établir ; le second, plus factuel, expose les motifs concrets ayant nécessité ce déménagement et justifié le choix de cette terre en particulier.

Le premier récit relève de la légende familiale ; il doit être lu comme une narration romancée plutôt que comme une source historique rigoureuse. Nous le trouvons toutefois fascinant et avons choisi d’en reproduire un extrait significatif pour le plaisir du lecteur, dans sa version originale française.

Pour justifier ce grand départ, Mgr Lang avance plusieurs hypothèses :

  • Le climat social : Philip et sa famille se sentaient peut-être importunés par le climat régnant dans la région à la suite des célèbres accusations de 1816.
  • La propriété foncière : Philip, et par extension ses fils, éprouvaient des difficultés à obtenir des titres de propriété officiels pour les terres situées autour du lac.
  • Les ressources naturelles : Les terres de Clair et de ses environs abritaient de vastes forêts vierges riches d’une ressource précieuse : le grand pin blanc. Cet atout a pu motiver le père, et surtout ses fils, dans leur quête d’un nouveau milieu de vie.

Bien que Mgr Lang n’approfondisse pas ce point précis, il mentionne le différend frontalier et son impact direct sur la famille. Ce litige territorial a d’ailleurs conduit l’État du Maine (représenté par le Massachusetts) à dépêcher deux agents-arpenteurs, Deane et Kavanagh, en 1831. Leur rapport constitue une source majeure pour identifier le lieu de résidence de nombreuses familles, notamment celles de Romain et Georges Long à Clair. On y apprend également que Jean-Baptiste Long s’installa originellement sur la rive sud de la rivière Saint-Jean — territoire qui devint officiellement le Maine en 1842 — et qu’il finit par accepter la juridiction américaine.

La décision de quitter le lac Témiscouata fut déterminante pour l’avenir de la lignée. Jean-Baptiste fut le premier à partir avec les siens en 1827, bientôt suivi par Philip, Marie-Julie et le reste de la famille. L’analyse des motifs de ce départ est essentielle pour comprendre la suite de notre histoire.

L’évaluation de Mgr Lang constitue un point de départ précieux. Nous pensons toutefois que les raisons de cet exode dépassent le cadre strictement personnel ; elles représentent une réaction logique à une série de bouleversements dans la vie des Long — des facteurs qui ont d’ailleurs motivé plusieurs autres familles à quitter le lac pour s’installer à Clair.

Les raisons pour le déménagement du lac Témiscouata jusqu’à Clair

Notre allons revoir ces raisons dans un ordre qui nous apparait logique:

  • La géographie de la région : Un territoire intégré et prometteur, dont l’emplacement était stratégique tant pour le transport et l’exploitation des ressources naturelles que pour les impératifs militaires.
  • La rudesse de la vie au lac Témiscouata : Les conditions d’existence étaient devenues extrêmement précaires pour l’ensemble des colons établis dans ce secteur.
  • L’effritement des liens familiaux : Les attaches de la famille de Philip et Marie-Julie avec leur milieu d’origine s’étaient affaiblies au fil du temps.
  • L’insécurité foncière : Il était devenu très difficile d’obtenir des titres de propriété officiels pour les terres entourant le lac Témiscouata et celles situées dans la seigneurie du Madawaska.
  • Les réformes législatives : Les modifications apportées à la loi sur les réserves de terres du clergé (réserves cléricales) offraient enfin l’opportunité de trouver des sols plus fertiles et des ressources plus abondantes.
  • Les enjeux géopolitiques : Le gouvernement encourageait désormais l’envoi de colons vers les « terres disputées » entre le Canada, le Nouveau-Brunswick et le Maine (alors encore rattaché au Massachusetts), territoire qui faisait alors partie intégrante des États-Unis.  Témiscouata était devenu très difficile pour tous les colons installés près du lac

La géographie de la région: intégrée, remplies de promesses, et stratégique tant pour la sécurité militaire et le transport des ressources naturelles

Géographie

Il nous semble essentiel de présenter au lecteur un aperçu des lieux concernés, car il est désormais bien établi que les voyageurs circulaient très régulièrement entre les sites situés entre Long’s Landing Place (au lac Témiscouata) et la colonie du Madawaska — alors appelée Indian Village ou « la Petite Décharge ». Les déplacements entre Long’s Place et d’autres secteurs, tels que la rivière Saint-François, le lac Long ou la remontée de la rivière Saint-Jean, étaient également bien connus des habitants de l’époque. Ces deux routes permettaient aux résidents des deux pays de transiter aisément entre la rivière Saint-Jean et le fleuve Saint-Laurent.

Voici des extraits de la carte de Bouchette de 1815 afin de donner au lecteur une idée de la configuration de la région à cette époque, ainsi que de la proximité géographique entre les lacs et la rivière Saint-Jean. Cette carte, issue de la collection de Ghislain Long, a été imprimée par les Éditions Élysée.

Figure 144 – Carte topographique de Bouchette – Vue du village indien (aujourd’hui Edmundston) – Remarquez l’emplacement de l’hôtel de Simon Hebert, maintenant à Madawaska, dans le Maine. Éditions Élysée

Figure 145 – Carte topographique de Bouchette – Section du lac Meriamticook (Lac Baker) et le lac Unique, et aussi les portages vers le lac Long. Éditions Élysée

Figure 146 – Carte topographique de Bouchette – Montrant l’emplacement pour Clair (à l’extrême droite, là où la rivière Fish et Saint Jean se croisent) jusqu’à la confluence de la rivière St François et de la Saint Jean (à gauche).l’imprimeur a malheureusement coupé la rivière Fish exactement à Clair ! Éditions Élysée

Figure 147 – Carte topographique de Bouchette – Coupe montrant Clair sur le bord gauche (l’imprimeur a malheureusement coupé la rivière Fish exactement à Clair !) avec vue sur Baker Brook et Indian Village à l’emplacement actuel d’Edmundston. Éditions Élysée

Figure 149 – Joseph Bouchette – Plan de la route entre Rivière du Loup et Halifax (section mettant en évidence Portage et les environs de Clair). ARchives du Canada

Sans connaître encore les frontières futures précises entre les deux pays, provinces et États, on peut imaginer que toute cette région formait un ensemble géographique cohérent, riche de ressources forestières et minières similaires. L’ultime décision du traité Webster-Ashburton (1842) utilisa le cours de la rivière Saint-Jean pour séparer les deux pays. Cette ligne de démarcation scinda le territoire, le côté nord revenant à la Couronne britannique, tandis que les États-Unis conservaient la majeure partie de la zone contestée au sud, bien que la Grande-Bretagne eût initialement réclamé une frontière s’étendant bien plus loin, jusqu’à la rivière Penobscot dans le Maine. 

La vie au lac Témiscouata était devenue insupportable pour les colons.

La première raison invoquée par Mgr Lang pourrait facilement expliquer la décision de Philip et de sa famille de s’installer à Clair. Les troubles de 1816 ont probablement terni la réputation de Philip et influencé l’opinion des habitants non anglophones à l’égard de cet ancien fonctionnaire. Il reste toutefois délicat d’évaluer l’impact réel de cet épisode, car Philip et sa famille sont demeurés sur place pendant près de treize ans — un délai suffisant pour que les tensions s’enveniment durablement.

Trois raisons fondamentales semblent avoir convergé pour pousser la famille à quitter 

Long’s Landing Place — alors l’une des haltes les plus renommées entre Rivière-du-Loup et Fredericton — afin de recommencer à zéro sur les terres vierges de Clair :

Le risque de précarité : Les populations craignaient de devenir un fardeau inutile pour un gouvernement qui, après les avoir installées à des fins stratégiques, les laissait désormais sans soutien financier ni protection foncière.

Le délaissement gouvernemental : Le gouvernement avait constamment négligé le bien-être des familles postées le long du Portage.

L’incertitude géographique : Le rapport du capitaine Yule (du Royal Engineers) sur les modifications projetées de l’itinéraire du Portage aurait convaincu les riverains que leur emplacement n’était plus assuré.

Les modifications apportées à la gestion des réserves du clergé ont soudainement rendu accessibles à la colonisation des terres qui ne l’étaient pas auparavant. C’est ainsi que des lots situés dans et autour du territoire contesté du Haut-Saint-Jean ont été mis à la disposition des colons.

Comme l’a souligné Mgr Lang, les fils de Philip Long ne pouvaient espérer obtenir de terres autour du lac Témiscouata, une situation qui a dû peser lourdement sur eux au moment de fonder leur famille. Philip était alors très âgé; face au déclin du soutien gouvernemental, ses fils auraient vraisemblablement obtenu l’autorisation de commencer à chercher leurs propres terres.

Enfin, le territoire contesté attirait de plus en plus l’attention des autorités. Avec l’ouverture des réserves et la volonté affichée d’y établir des colons britanniques plutôt que des sympathisants de la République américaine, l’occasion était idéale. L’établissement d’un serviteur loyal — un soldat fidèle connu des hauts fonctionnaires depuis des décennies — représentait une opportunité trop belle pour être ignorée, tant par Philip Long que par le gouvernement. Ce dernier s’installait ainsi à un endroit stratégique : le seul point le long du Saint-Jean où une rivière permet la navigation vers les lacs et les territoires du nord de l’actuel comté d’Aroostook, soit le cœur même de la zone de conflit entre la Grande-Bretagne et l’Amérique.

À titre d’exemple, citons Marie-Victorin, Le Portage du Témiscouata, p. X :

« Si l’entretien et la sécurité de la route précouvraient à bon droit l’autorité militaire, sa défense commençait aussi à s’imposer. » Cette même année, 1829, le lieutenant Ingalls est envoyé sur le Lac, « au pied du Portage, pour y construire un fortin de bois rond, ainsi que les locaux nécessaires pour le baraquement des troupes.

Cet officier s’adresse à son supérieur, Charles Gore, dans un mémoire intitulé : Quelques remarques sur le lac Témiscouata. J’en ai extrait les passages suivants :

« Les seuls habitants actuels du lac sont quatre familles établies au pied du Portage et une cinquième située six milles plus bas. Sur les rives de la [rivière] Madawaska, on aperçoit çà et là quelques clairières défrichées.

Un site a été choisi pour l’érection de casernes en rondins. Elles s’élèvent sur un replat sablonneux, à environ 80 ou 90 pieds au-dessus du lac et à quelque 100 mètres au nord du chemin du Portage. »


Le Rapport de Munro est intéressant à plusieurs égards. La description géographique de la rivière Staint-Jean et Madawaska est impressionnante pour sa qualité. Ce rapport se rendait aux yeux du Gouverneur-général Haldimand en 1791.

Rapport Munro,  page 30, John Munro, agent des propriétaires dans son rapport à  Pour Son Excellence le général Haldimand, • Commandant en chef au Canada et à ses frontières

Non . 9.—DESCRIPTION DE LA RIVIÈRE PAR LE CAPITAINE MUNRO. ST JOHN’S ET LA TERRE DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE AINSI QUE LA NOUVELLE ROUTE DE KAMOURASKA AU LAC TEMISCOUATA. (Archives canadiennes, Série B, vol. 169, page 72.)

(Extrait du rapport de 1791 qui recense plusieurs observations : « Aucune rivière ni aucun cours d’eau n’atteint la région avant le lac Timisquata, à cinq lieues de la nouvelle route. En remontant les terres de Meadwaska, les terres sont très élevées de part et d’autre, mais derrière ces hautes terres se trouve une belle région. Les terres autour du lac Timisquata sont très mauvaises, à l’exception de quelques endroits sur la rive ouest et près du poste de poste d’où l’on accède à la nouvelle route menant au fleuve Saint-Laurent. J’étais plus sélectif en avançant sur la nouvelle route. Je vais maintenant commencer au fleuve Saint-Laurent. La nouvelle route pénètre dans les bois à environ cinq lieues en aval de la Kamouraska. De cet endroit jusqu’à la rivière du Loup, les terres sont très indifférentes. Près de la route, sur la rive sud de la rivière du Loup, il y a quelques bonnes terres. Environ une lieue plus loin se trouve la Petite rivière du Loup où j’ai trouvé un coin de bonne prairie. ») Terre. La rive nord de la rivière Verte, sur environ deux kilomètres et demi, est une très bonne terre.

N° 5. — REMARQUES CONCERNANT LA RIVIÈRE MADAWASKA. (Archives canadiennes, série B, vol. 169, page 123). La rivière serpente entre montagnes et collines. Celles visibles depuis la rivière ne sont qu’indiquées sur le croquis ; les autres, plus éloignées, apparaissent parfois dans les plus longs tronçons de ses méandres. Toutes ces montagnes sont à l’origine de ses courbes. Elle est généralement peu profonde, ne dépassant pas 23 centimètres par endroits, et n’est navigable que pour de petits bateaux. Un Indien (qui parlait assez bien français) m’a dit que la faille, dans sa partie inférieure près de la rivière Saint-Jean, est toujours navigable pour un canot en bouleau chargé à quatre personnes. Les navigateurs expérimentés les hissent souvent à l’aide de perches, mais la plupart du temps, ils transportent le canot et sa cargaison par-dessus le rocher. Ce dernier, constitué d’une roche bleue en forme de plateau, pourrait facilement être rendu navigable grâce à des écluses. Cependant, sans écluse, le niveau de la rivière baisserait et la rivière deviendrait moins navigable. Actuellement, à l’est, le rocher est à plus de la moitié de sa longueur, et à peu près autant à l’ouest. Un peu plus bas que le précédent, il retient l’eau, ou du moins la barre. Au printemps, lorsque la rivière Saint-Jean déferle, ces rochers sont entièrement recouverts et aucune chute d’eau n’apparaît. Les hauts-fonds de cette rivière sont causés soit par des pierres rondes et instables, soit par de gros graviers, soit par une pierre plate usée, communément appelée galets. Les berges à l’embouchure mesurent environ 4,5 à 6 mètres de haut, mais varient considérablement plus haut, comme c’est souvent le cas pour les rivières : d’un côté, elles sont hautes, de l’autre, elles sont basses. Par endroits, elles ne dépassent pas 1,2 à 1,5 mètre (et je crois qu’elles sont submergées au printemps), tandis qu’à l’autre bout, elles atteignent 7,5 à 9 mètres. Les arbres sont généralement des conifères comme le cèdre blanc, l’épinette simple et l’épinette double, le sapin baumier, quelques pins blancs et rouges, quelques bouleaux blancs et noirs, quelques ormes et moins de frênes, pour la plupart indiqués sur le croquis.

N° 7. — REMARQUES SUR LE LAC TIMISQUATA : À son embouchure dans la rivière Madawaska, le lac doit être peu profond en raison de la rapidité du courant. Sa largeur maximale n’excède pas un mille et demi par endroits, et elle reste trop importante pour être navigable en tout temps sans danger avec les petits canoës qui y sont utilisés. Il serait donc nécessaire de l’étudier afin de déterminer si, pour faciliter le commerce et la communication, il ne serait pas nécessaire de disposer de plus grands navires pour la traverser, ainsi que d’une maison à l’embouchure de la rivière, où l’on s’arrête généralement lorsque le vent souffle fort, qu’il vienne de l’ouest ou de l’est. En effet, le faible tirant d’eau de la rivière Madawaska impose l’utilisation d’embarcations petites et plates (de la taille d’un bateau à cinq hommes de Schenectady). Ainsi, le lac pourrait accueillir une sorte de bateau à fond plat et ponté, à condition que la rivière et la baie offrent un abri et un accès sûr par grand vent. Quoi qu’il en soit, il est indispensable qu’une personne vive à chaque extrémité de la partie du lac située entre le lieu de transbordement actuel et la source de la rivière Madawaska. Si les lieux du croquis marqués de la lettre A, ou la rivière B dans la baie C, étaient situés de manière à permettre la construction d’une bonne route pour y accéder, ou pour l’un ou l’autre, ce serait préférable à l’emplacement actuel où le terrain est très sablonneux, aride et de mauvaise qualité, avec seulement quelques pins brûlés. Les deux premiers lieux présentent quant à eux de l’herbe naturelle, le premier à l’endroit dégagé où les Français avaient une maison en pierre, et le second au fond de la baie C, près de la rivière B. Le foin semble être une ressource précieuse pour les chevaux qui s’installent au lac, pour ceux qui viennent du fleuve Saint-Laurent. (page 124).

N° 8. — REMARQUES CONCERNANT LA NOUVELLE ROUTE VERS LE LAC (TIMISQUATA) : De nombreux travaux ont été réalisés sur ladite route, compte tenu des difficultés liées à son tracé et à son balisage dans un épais fourré d’arbres et de sous-bois. Le moment étant venu de faire un effort pour…

Il est nécessaire d’en faire un relevé précis afin de rectifier tous les détours inutiles et de la faire contourner les collines et les montagnes pour éviter les grandes montées et descentes abruptes. Il faut également que les chemins forestiers soient en ligne droite, de sorte que les chariots puissent se voir et s’arrêter aux endroits prévus à cet effet (suffisamment larges pour que deux chariots puissent se croiser). De nombreuses portions du chemin actuel sont humides et ressemblent à des marécages, malgré d’importantes variations de pente. L’eau est retenue par les racines des arbres ; il est donc indispensable de creuser, à proximité du chemin, une sorte de fossé ou de drain pour évacuer l’eau. J’admets que cela demandera beaucoup de travail, mais moins que de construire ou de recouvrir le chemin de rondins, et ce sera durable une fois terminé. Je crois que la meilleure solution serait d’empiler le bois abattu sur le chemin en grands tas et de le brûler. Il existe également de nombreux endroits qui ressemblent à des marécages, bien que la route longe un terrain en pente, comme en témoigne le mouvement de l’eau qui la traverse. Ce terrain est également maintenu en place par un grand nombre de racines d’arbres. Il convient donc de creuser un fossé du côté de la pente et de le traverser sur une certaine distance afin d’éviter que l’eau ne s’y accumule. Dans les deux cas, toute la terre devrait être jetée sur la route, qui sera moins fréquentée et aura le temps de se tasser et de combler les profonds trous entre les rochers et la chaussée. De nombreuses montées de collines et de montagnes devraient être facilitées par des virages et des lacets pour les chevaux et les voitures, la route actuelle étant réservée aux piétons. Certaines montées et descentes sont presque impraticables pour un cheval chargé, et encore moins pour une charrette. Il faudrait examiner les zones marécageuses afin de voir s’il est possible d’évacuer l’eau ou de contourner la route. J’ai constaté que la route est généralement rocailleuse et que, par conséquent, l’eau n’est pas assez profonde pour qu’un cheval ou un homme puisse y passer. Un nivellement sera un instrument très utile pour la construction de la route, car celle-ci dépend grandement de l’écoulement de l’eau vers les parties basses. Le sol est généralement composé de terre végétale ou de terre noire, mais très mince, recouvrant à peine les pierres par endroits, voire pas du tout par endroits, comme ce que les Canadiens appellent le Lieux des Boches. Il me semble que ces terres, peu profondes et rocheuses, n’offrent guère de perspectives encourageantes pour l’installation de colons. Par conséquent, pour le bien de la communication et du commerce (si le gouvernement le juge opportun), il convient de construire des maisons et de défricher des terres à certaines distances, car aucun homme pauvre ne peut le faire, et aucun homme aisé ne s’installera sur des terres médiocres, loin de l’Église ou de la société. Le type d’arbres produits est indiqué sur le croquis, à partir duquel les connaisseurs pourront juger de la qualité du sol. La rivière des Loups devrait avoir un embarcadère constitué de trois arbres creux comme des canoës, un pour le cheval et deux pour la charrette, afin qu’ils puissent y entrer, avec un passeur pour la traverser, car je ne pense pas qu’il soit très facile de construire un pont pour pouvoir y rester longtemps, compte tenu de sa largeur et de sa rapidité. La montée au début de la route depuis le fleuve Saint-Laurent devrait être facilitée en serpentant sur la montagne. Cette communication entre le fleuve Saint-Laurent et le fleuve Saint-Jean, rendue pratique et facile, outre son usage public, est de la plus haute importance pour ceux qui s’installent dans la partie supérieure du fleuve mentionné précédemment, où l’on m’a dit qu’un boisseau de sel se vendait trois dollars, ce qui, dans cette province, ou au Québec, ne coûtait que deux shillings, les autres nécessités de la vie étant proportionnelles. La nation ne perdra rien si le commerce se poursuit dans une province plutôt que dans une autre, lorsqu’une partie de la communauté en tire un grand profit, je veux dire les colons installés sur la rivière Saint-Jean ou ses affluents. Comme M. Renaud m’a dit que les ponts sur la rivière Sud sont en agitation, je n’ai donc pu faire aucune remarque concernant la route du Cap à Québec (page 126). De la rivière

Lorsque vous arrivez aux Grandes Chutes, vous trouverez un portage sur environ un mille. La pente y est très raide avant d’atteindre la hauteur voulue, dans son état naturel actuel. Vingt hommes aménageront une route carrossable en une semaine sur ce portage, car son tracé est rocailleux. Ce portage ne doit jamais être concédé à un particulier, car cela nuirait à la sécurité publique. En amont des Chutes, vous entrez dans une zone d’eau calme et navigable jusqu’à Batteaux, puis vous rejoignez la rivière Madawaska. Vous y trouverez une crête rocheuse qui, au printemps, est submergée et peut être franchie sans difficulté, vous permettant ainsi de remonter la rivière et le lac jusqu’au poste de poste situé au portage. Cependant, lorsque le niveau de l’eau baisse, vous serez obligé de porter vos embarcations ou canoës et leur chargement au-dessus des rochers. Six mineurs peuvent dégager cette zone en une semaine afin de garantir un passage libre en tout temps pour les canoës et les petites embarcations. Le climat sur la rivière Saint-Jean est semblable à celui de Montréal et du lac Champlain. Lorsque j’ai quitté les Kamouraskas le 16 juillet, le blé n’était pas encore à son deuxième épi. Le 22 juillet, lorsque je suis arrivé aux premiers villages sur les rives du fleuve Saint-Jean, le blé était en fleurs. Le 10 octobre, lorsque je suis retourné voir les mêmes habitants sur les rives du Saint-Jean, leur blé et leur sorgho étaient dans leurs granges. Le 25 octobre, lorsque je suis arrivé aux Kamouraskas, plusieurs habitants avaient encore leur blé et leur avoine dans les champs, et certains n’avaient pas encore été récoltés. J’ai l’impression, après avoir discuté avec plusieurs personnes qui ont remonté et descendu le fleuve Saint-Jean, qu’elles ignorent encore la qualité de la terre, car elles n’ont jamais exploré plus loin que les rives du fleuve. Il est vrai que le long de la rivière Madawaska, et des Grandes Chutes jusqu’à la rivière Jacquet, les terres sont élevées sur les rives, couvertes de cèdres, de pruches et d’épinettes. Mais si l’on regarde vers l’arrière, on découvre de bonnes terres où des milliers d’habitants pourraient s’installer.

La rivière Saint-Jean regorge de poissons de toutes sortes, comme le saumon, l’esturgeon, l’achigan, la truite, etc., surtout jusqu’aux chutes, et en amont, la truite y est abondante. Les rives de la rivière en amont des chutes sont couvertes d’herbes sauvages qui seront d’une grande aide aux colons à leurs débuts. Les habitants qui s’installeront sur la rivière Saint-Jean auront du poisson et de la viande de cerf tous les jours de l’année, sans grande difficulté. Environ 60 familles indiennes vivent le long de ces rivières et se déplacent d’une rivière à l’autre, transportant dans leurs canots l’écorce dont elles couvrent leurs huttes. Elles campent rarement dans les bois, mais toujours sur des promontoires afin d’observer les cerfs (très nombreux) lorsqu’ils viennent se nourrir et s’abreuver au bord de l’eau. Lors de mon passage en octobre, la plupart des Indiens se déplaçaient vers l’est, craignant l’arrivée massive de troupes provinciales et de colons sur la rivière. Lorsqu’ils tuent plus de cerfs qu’ils n’en auront besoin, ils les découpent en quartiers et les jettent dans la rivière afin que ceux qui en ont besoin puissent les trouver. M. William Davison, de la rivière Saint-Jean, a pêché cette saison sur la rivière Mirramichi, dans la baie des Chaleurs, où il a salé 500 barils de saumon. S’il avait été approvisionné en sel et en tonneaux, il aurait pu saler 500 tiers de bar et d’autres poissons. Il possède trois goélettes qui pêchent la morue dans la baie des Chaleurs. Il se rend de l’extrémité aval de Maugerville, sur le fleuve Saint-Jean, à la baie des Chaleurs en quatre jours en canoë. Il a engagé 50 familles de réfugiés pour s’installer sur la rivière Mirramichee et Restiguish l’été prochain. Le capitaine Sherlock d’Halifax m’a assuré avoir effectué trois voyages sur la rivière Mirramichee cet été, qu’il avait remonté cette rivière sur 70 milles avec un navire de 300 tonnes (terres magnifiques, climat identique à celui du fleuve Saint-Jean). Il dit n’avoir jamais vu une telle quantité de poissons. Sur le fleuve Saint-Jean se trouvent les plus beaux mâts et espars que j’aie jamais vus. J’en ai vu à Fort Howe pour plus de six mille livres. Deux navires étaient en train de charger lorsque j’ai quitté cet endroit. Je suppose qu’il y avait des mâts… Il y a suffisamment de bois pour charger dix navires. Je constate des conditions dérisoires concernant les concessions de terres pour la Nouvelle-Écosse; aucune réserve n’a été faite pour préserver les pins pour la Marine royale. Les propriétaires vendent les pins sur pied à huit dollars l’arbre. Ce sera la ruine des réfugiés, dont beaucoup s’installent à Fort How et sur la côte, car ils ne pourront y trouver que le bois qu’ils achètent ou transportent de loin. Ils auraient mieux fait d’aller dans les bois. JOHN MUNRO, agent des propriétaires. Pour Son Excellence le général Haldimand, commandant en chef du Canada et de ses frontières.

En conclusion — du moins selon l’auteur de ces lignes , tout porte à croire que diverses forces se sont mobilisées non seulement pour faciliter ce déménagement, mais aussi pour permettre à Philip et ses fils de s’établir sur une terre à Clair, dont la valeur stratégique et militaire était indéniable pour le gouvernement. Ces terres réservées auraient été octroyées à Philip à la fois comme récompense et comme manœuvre tactique dans le cadre du conflit opposant les deux nations.

Examinons à présent les preuves étayant ce scénario.

Nive Voisine et les raisons du départ des colons du lac Témiscouata

Il appert que le gouvernement négligeait alors le Portage ainsi que les familles établies le long de cette voie de communication.

Nous recommandons au lecteur l’excellent ouvrage de l’abbé Nive Voisine, intitulé Le Chemin du Portage, qui retrace l’histoire de cette voie de communication et apporte des informations cruciales pour comprendre le parcours de notre ancêtre. Ce texte est d’ailleurs disponible intégralement sous Nive Voisine, Le Chemin du Portage de Témiscouata de 1783 à 1839.

Grâce aux travaux de Voisine, nous apprenons que le gouvernement a négligé le Portage pendant des décennies. Entre 1784 et 1829, de nombreux rapports furent publiés dans l’espoir d’établir un modèle de soutien gouvernemental durable pour cette route et l’ensemble des voies de communication. Cependant, les rapports de Finlay, Bouchette et Elliott ne suffirent pas à susciter un intérêt soutenu pour cet itinéraire. La guerre d’Indépendance américaine, et l’interruption du courrier avec la Grande-Bretagne qui s’ensuivit, fut le principal facteur ayant forcé la création d’une véritable ligne de communication. C’est ainsi que le poste de Philip Long fut établi en 1809 à l’extrémité du lac Témiscouata, suivant une recommandation faite par Finlay dès 1787.

D’autres soldats furent également installés après que la guerre de 1812 eut incité le gouvernement à sortir de sa torpeur. Toutefois, les rapports d’Elliott de 1823 et 1829 démontrent que le nombre de familles vivant le long de cette ligne diminuait progressivement. En 1823, après dix ans d’efforts, il ne restait plus que huit familles, contre dix-neuf en 1819. De fait, dès 1819, l’armée avait cessé d’établir des soldats le long de la route.

L’une des recommandations essentielles d’Elliott consistait à rétablir la distribution de rations aux familles, lesquelles jouaient un rôle crucial en soutenant les voyageurs et en assurant la liaison entre les stations. Or, cette pratique cessa définitivement en 1826 ! On estime que la quasi-totalité des familles quitta la région peu après, y compris Philip Long. Bien qu’il percevait un salaire de la caisse militaire depuis 1809, il dut, devant la précarité du contexte, prendre la décision de tout quitter pour refaire sa vie ailleurs.

Le major Elliott nous apporte la preuve la plus convaincante à l’appui de cette thèse. Citons son rapport de 1823 :

« Lac Témiscouata

À l’extrémité orientale du Portage, long d’environ 36 milles et trois quarts anglais, se trouvent les fermes de Long. Cet homme, qui perçoit une pension de 2 livres sterling par jour du gouvernement de Sa Majesté, fut chargé en 1809 par M. Finlay, sous-directeur général des postes du Canada, de s’établir à l’endroit le plus approprié, à l’extrémité du Portage (comme l’atteste une lettre de cette date), afin de faciliter l’acheminement du courrier. C’est pourquoi il s’établit à son domicile actuel. Bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de lui accorder une concession de terre, il affirme que le colonel Fraser, dont il relève de la seigneurie, lui a assuré qu’il ne serait pas dérangé dans la possession de ses terres et qu’il ne lui réclamerait aucun loyer. Toutefois, si

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son fils ou un membre de sa famille demeure sur les lieux, ils devront payer un loyer.

Rivière Cabanot – 5 km de chez Long

Long possède une clairière assez étendue, cultivée, au bord de la rivière Cabanot (appelée Namgamaskatcook par M. Bouchette), à ​​une lieue au sud de sa résidence actuelle. Son gendre en possède une autre sur la rive opposée de la même rivière, qu’il envisage de céder à l’un des fils de Long si celui-ci part pour la rivière Perche. »


Changements dans les règles régissant les réserves ecclésiastiques

William Smith (1928) retrace l’agitation causée par les réserves du clergé au Canada, perçues comme des obstacles à la colonisation et générant peu de revenus avant 1827. L’Église d’Écosse a contesté le monopole de l’Église d’Angleterre sur ces terres dès 1819, s’appuyant sur un avis juridique de la Couronne.

Extrait de « L’évolution du gouvernement au Canada » de William Smith (1928) :

« La question des réserves ecclésiastiques, qui était au cœur des nouvelles agitations, avait toujours été source de mécontentement depuis la création de la province. Les communautés agricoles considéraient les réserves comme des obstacles à la colonisation, mais les acceptaient comme faisant partie des nombreuses difficultés que les pionniers devaient surmonter ou contourner.

En tant que source de revenus, les réserves n’ont suscité qu’un intérêt modéré. »n until 1827.  The financial product from them was negligible.  In 1822, thirty years after the Reserves were first offered to settlers, the total receipts were only 261 pounds;  and for the ten years ending 1831, they were less than 400 pounds a year.  Under the Constitutional Act the Reserves could not be sold.  they could only be leased.  the amount due on the leases were about three times the actual receipts, but no more could be collected except by legal process… 

De ce point de vue, les réserves ne présentaient donc, à cette époque, aucun attrait particulier. La première à remettre en question le droit exclusif de l’Église d’Angleterre aux revenus des réserves fut l’Église d’Écosse au Canada. En 1819, la première fut tirée de sa torpeur par l’avis des juristes de la Couronne selon lequel rien dans la Loi constitutionnelle n’empêchait l’Église écossaise de participer à ces revenus.

Quatre ans plus tard, en 1823, l’Église écossaise revendiqua formellement ce droit, avec le soutien de…

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« À un égard important, la situation s’était considérablement améliorée. L’autorisation de vendre les réserves, conjuguée à la loi de 1827 et aux instructions du secrétaire colonial ordonnant la mise sur le marché immédiate des parcelles de terre qui avaient constitué un obstacle à l’établissement de communautés, avait si bien atteint son objectif que Colborne put annoncer en 1832 que ces réserves ne représentaient plus un frein à la colonisation et que la possibilité, offerte aux colons les plus pauvres, de louer leurs terres lorsqu’ils n’avaient pas les moyens de les acheter, s’avérait un avantage certain.»

L’hypothèse des réserves et l’enjeu du pin blanc

La pertinence des « réserves du clergé » pour notre récit repose sur une hypothèse centrale : les terres de Clair et des environs — notamment à l’embouchure du ruisseau Long (Lang), de la rivière Fish et le long de la rivière Saint-Jean — étaient couvertes de pins blancs géants. Cette ressource possédait une valeur inestimable, car ces arbres étaient protégés par la Couronne en tant que ressource stratégique réservée à la fabrication des mâts de la Marine royale, pilier de la puissance impériale britannique.

Il ne fait aucun doute que si ces arbres étaient présents à l’époque — ce dont témoignent un siècle d’exploitation forestière et des décennies d’activité dans les scieries de la région —, la Couronne aurait soustrait ces terres aux droits d’occupation traditionnels. À l’image d’un « Klondike » forestier, il est difficile d’imaginer qu’un colon ait pu s’approprier de telles richesses sans l’autorisation expresse du gouvernement.

Notre scénario suppose que les terres de Clair faisaient partie des réserves de la Couronne ou de l’Église. Bien qu’aucune preuve documentaire ne vienne encore confirmer cette classification spécifique, l’essor démographique le long de la rivière Saint-Jean à cette période n’est certainement pas fortuit. Les modifications législatives régissant les réserves du clergé ont pu ouvrir de nouvelles perspectives d’occupation. Ce changement aurait été un facteur déterminant dans la décision de Philip Long et de ses fils de s’établir face au confluent de la rivière Fish. Nous ne croyons pas au hasard, d’autant plus que les parcelles d’importance stratégique dans ce secteur furent concédées à des anglophones plutôt qu’à des Canadiens français ou à des Acadiens.

Le scénario le plus probable est que le gouvernement ait freiné la colonisation de ces terres, soit parce qu’elles étaient réservées à l’Église d’Angleterre (anglicane), soit parce qu’elles étaient maintenues comme terres de la Couronne. Les réformes législatives auraient enfin permis d’y installer des colons choisis. Philip Long, par sa confession religieuse, son passé de soldat et sa loyauté indéfectible, devenait le candidat idéal pour établir, avec sa famille, un avant-poste dans ce lieu stratégique, tant sur le plan militaire qu’économique.

Éléments pouvant contredire ou nuancer cette hypothèse :

  • Diversité des essences : Deane et Kavanagh ne mentionnent pas le pin blanc comme étant l’essence unique ou dominante, mais plutôt comme faisant partie d’une forêt mixte très riche en bois francs (érable, bouleau, hêtre).
  • Priorité agricole : Le rapport met l’accent sur le potentiel de culture (pommes de terre, céréales, foin) et note que les colons déjà établis avaient défriché des terres pour l’agriculture, suggérant que la forêt n’était pas partout impénétrable ou exclusivement composée de pins géants destinés à la Marine.
  • Disponibilité immédiate : Ils notent que le bois et les billots peuvent être « entraînés » (drivés) presque depuis leurs sources jusqu’à la mer, ce qui confirme la valeur économique, mais souligne aussi une exploitation déjà accessible et non nécessairement verrouillée par une protection impériale absolue sur chaque lot. 

Cependant, Deane et Kavanagh confirment que le pin et d’autres essences de construction étaient « en abondance », ce qui soutient l’idée d’un potentiel économique majeur, même si la composition forestière était plus variée que la seule « pinède de mâts » royale. 

[Note aux lecteurs – L’expression « pinède de mâts » (ou plus souvent appelée « forêt de mâts ») désigne une forêt composée de pins blancs d’une qualité exceptionnelle, spécifiquement réservés pour la Marine royale britannique.]

« Croissance. L’érable à sucre, le bouleau, le frêne, l’orme et le baume de Galaad constituent les feuillus ; le pin, le cèdre, le sapin, l’épinette, le hackmidack et, de temps à autre, quelques pruches éparses forment les résineux.  En aval du Saint-Jean, on trouve très peu de pins.  Il y a du pin sur la Madawaska, mais en faible quantité, ainsi que sur la Marumticook et sur le Saint-François, particulièrement sur les rives est et sud, où l’on dit qu’il y en a en grande quantité.  On en trouve également en grande quantité sur la rivière Noire, le bras sud-ouest et le Saint-Jean principal.  On en trouve aussi en grande quantité sur l’Alligash.  Il y a par endroits de vastes peuplements de pins, mais le plus souvent, ils sont mêlés à des feuillus.  Les plus beaux pins se trouvent à plusieurs kilomètres en amont des chutes, ainsi que sur la rivière Fish et les lacs, où l’on trouve une quantité considérable de pins, la plupart étant dispersés et mêlés à d’autres essences.« Bois dur. »[i]

« Intrusions. Avant 1827, de grandes quantités de bois de pin furent construites près de la ligne plein nord de la rivière Sainte-Croix, à son confluent avec le Saint-Jean, sur les rivières Madawaska et Fish, et près de la rivière Saint-François, ainsi qu’à d’autres endroits. Des scieries, munies de permis britanniques, y furent érigées. Les Britanniques y débitaient des planches qui étaient ensuite transportées par voie fluviale jusqu’au marché. Depuis lors, nous n’avons pas eu connaissance de permis britanniques pour l’exploitation forestière sur notre territoire. Les colons ont continué à couper du bois. Dans une scierie, ils produisaient entre quatre et cinq cent mille planches par an, et dans une autre, entre un et deux cent mille. La quasi-totalité de ce bois a été consommée par la colonie et a été coupée sur les terres de l’État. »[ii]

Cependant, plus loin dans le rapport, Deane et Kavanagh mentionnent une rencontre avec un certain Nadeau :

« Louis Nadeau nous a informés qu’il connaissait bien la rivière Saint-François. Il dit que là… » On trouve une grande quantité de bois de pin sur cette rivière, principalement sur sa rive est. À environ deux kilomètres et demi de son embouchure, de larges affleurements rocheux bordent ses rives, offrant un bon accès aux moulins. La rivière est navigable de son embouchure jusqu’au pont du Grand Portage, à environ 27 kilomètres du Saint-Laurent. Ces informations concordent avec celles que nous avons recueillies auprès d’autres sources. [iii]

Les « forêts de mâts » constituaient un atout militaire majeur et une ressource qui devait demeurer constamment disponible pour la Marine anglaise. Il s’agissait d’une ressource stratégique soutenant la « sécurité nationale » de l’Empire britannique.

Les recherches se poursuivent afin de déterminer la nature des terres sur lesquelles Philip et sa famille se sont installés à partir de 1827. Par contre, dans ma famille, le platin tout près de la rivière Saint-Jean, en face de la rivière Fish du côté du Maine, a toujours été une ressource exceptionelles pour plusieurs raisons:

  1. La terre était riche et plate, parfaite pour l’agriculture, et le sol tendait vers le rouge puisque des centaines sinon des miliers d’années d’épine de pin blance avait changé la composition de cette terre;
  2. La terre et donc l’irrigation du sol avait accès direct au petit ruisseau qui coulait dans la rivière Saint-Jean;
  3. Enfin, la confluence du ruisseau et du platin qui était directement devant la rivière connue comme la « petite Décharge », offrait un atout militaire certain pour la couronne – l’accès aux deux rivière était garanties pour les deux côtés de cette voie de navigation essentielle au transports des pin blancs abattus à St François jusqu’à Connors.
  4. Cette conclusion fut partagé entre la couronne britannique et le gouvernment américain car quand est venu les troubles de la « guerre de l’Aroostok », les Américains construisirent le Fort Kent exactement deant le platin et les terres plus hautes ou se trouvent l’Église de Clair, nouvelle et la plus ancienne construite en 1927.
Block House, Fort Kent au Maine. Construit en
Block House, Fort Ken c. 1900. Source: Maine Memory Network

Difficultés d’établissement des titres de propriété sur les terres entourant le lac Témiscouata

L’établissement des titres de propriété au lac Témiscouata durant les années 1820 s’est heurté à un flou juridique complexe, marqué par la transition entre le régime seigneurial et le régime des terres de la Couronne, le tout sur fond de litige frontalier.

1. Le poids du régime seigneurial

Le lac Témiscouata faisait partie de la Seigneurie de Madawaska, acquise par 

Alexandre Fraser. Cette structure imposait des contraintes spécifiques aux colons

  • Absence de pleine propriété : Les colons n’étaient pas propriétaires de leurs terres, mais « tenanciers ». Ils occupaient des lots sous réserve du paiement d’un loyer (cens et rentes) au seigneur.
  • Le cas Philip Long : Le rapport d’Elliott (1823) souligne l’ambiguïté de sa situation. Bien que le colonel Fraser lui ait assuré oralement une possession gratuite, cette promesse ne constituait pas un titre de propriété légal [Rapport Elliott, cité précédemment]. Cette absence de titre formel rendait toute transmission héréditaire ou vente incertaine, comme l’illustre l’obligation pour ses fils de payer un loyer s’ils restaient sur place. 

2. Le conflit de juridiction et les terres de la Couronne

Parallèlement à la seigneurie, le gouvernement cherchait à contrôler cette route stratégique vers les Maritimes. 

Concessions militaires : De nombreux colons, comme Philip Long, étaient des soldats installés par l’armée pour entretenir le Portage. Ces « occupations » étaient souvent temporaires et liées au service, sans octroi définitif du sol.

  • Les « Claims » et le litige frontalier : Jusqu’au traité de Webster-Ashburton (1842), le Haut-Saint-Jean était un territoire contesté entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Cette instabilité empêchait l’émission de titres de propriété définitifs, le gouvernement craignant de concéder des terres dont la souveraineté pourrait changer. 

3. La transition vers le Madawaska

Face à l’impossibilité d’obtenir des titres clairs et permanents au lac Témiscouata — souvent verrouillé par les droits seigneuriaux des Fraser — de nombreuses familles ont migré vers le sud, à 

Clair ou dans le comté d’Aroostook. Elles espéraient y profiter des nouvelles politiques sur les terres de la Couronne ou les réserves du clergé, offrant des perspectives de propriété plus directes et affranchies du régime seigneurial.

Les problèmes liés aux établissements sur les terres seigneuriales furent de nouveau abordés par Elliott dans son rapport de 1829. Dans ses remarques sur les principaux postes autour du lac (Rivière Verte, chez Long, Bas-du-Lac-Témiscouata, Dégelé et rivière White Bird), Elliott fit l’observation suivante :

Ce poste (Green River) fut occupé sur ordre du gouvernement de Sa Majesté en 1815 ; mais, étant situé sur la seigneurie de la rivière du Loup, cet homme est susceptible d’être sommé de payer un loyer pour toute la période où il y a été installé, ou d’être expulsé sans aucune rémunération pour son travail ; bien que les colons aient eu l’assurance d’être sur des terres domaniales, j’espère qu’ils ont pu obtenir les concessions habituelles.

(Long) – Ce poste se trouve sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant au colonel Fraser ; il est également soumis aux inconvénients mentionnés ci-dessus.

(Autres) Les deux premiers postes, voire la totalité de ces trois, sont également soumis aux mêmes inconvénients, étant situés sur la portion de la seigneurie de Témisquata appartenant à De Gaspés.

On constate qu’Elliott a soulevé un problème majeur pour les colons en soulignant qu’ils étaient confrontés au dilemme comme serf, contraints de payer des loyers alors qu’ils assuraient en réalité un rôle stratégique et militaire essentiel pour le gouvernement.

Conflit frontalier – Les colons comme atouts stratégiques

La dernière hypothèse examinée pour expliquer la migration de Philip vers Clair est d’ordre géopolitique. Les terres bordant le fleuve Saint-Jean faisaient l’objet d’un contentieux majeur entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Les deux puissances avaient tout intérêt à coloniser rapidement cette région pour renforcer leurs revendications territoriales respectives. Ce conflit, souvent qualifié de « guerre sans effusion de sang », allait ultimement fixer les frontières définitives. Pour approfondir ce sujet, nous recommandons au lecteur l’excellente documentation disponible sur le site http://www.upperstjohn.com. Nous passerons ici en revue certains aspects de cette histoire afin d’illustrer comment cet impératif militaire a pu inciter Philip et sa famille à s’établir définitivement à Clair.

Le litige remonte au traité de Paris de 1783, marquant la fin de la guerre d’Indépendance américaine. L’historien Chip Gagnon explique ainsi la problématique sur son site Upperstjohn :

« Toutes ces revendications reposent sur le libellé de l’article 2 du traité de paix de 1783 […]. La frontière nord-est des États-Unis y était décrite comme partant de l’angle nord-ouest de la Nouvelle-Écosse, formé par une ligne tracée plein nord depuis la source de la rivière Sainte-Croix jusqu’aux hautes terres, en suivant ces dernières qui séparent les rivières se jetant dans le Saint-Laurent de celles se jetant dans l’océan Atlantique. »

Malheureusement, cette description était d’une grande imprécision, l’intérieur des terres n’ayant pas encore été cartographié. Cette méconnaissance géographique allait empoisonner les relations entre les deux parties pendant des décennies.

Après la guerre de 1812, bien que la frontière orientale soit établie, la définition des « hautes terres » reste un point de friction. Les Britanniques situent cette limite à Mars Hill, tandis que les Américains la placent bien plus au nord, au-delà du fleuve Saint-Jean. En 1831, une commission d’arbitrage présidée par le roi des Pays-Bas propose un compromis, mais le Maine refuse la décision. Les tensions s’intensifient dans la région de Madawaska vers la fin des années 1830, menant finalement à la signature du traité Webster-Ashburton (1842), qui fixa la frontière actuelle.

Entre 1827 et 1828, les territoires contestés deviennent une priorité pour les deux gouvernements, désireux d’y établir des précédents d’occupation. Au cœur de ce bras de fer entre deux puissances, les colons pouvaient espérer des gains importants du camp victorieux, mais couraient le risque de se retrouver du « mauvais côté » de la frontière.

En s’installant à Clair à cette période, Philip Long prenait un risque calculé. Bien que rien ne prouve que les colons savaient exactement où la ligne serait tracée, le choix de la vallée du Saint-Jean apparaissait comme un compromis raisonnable, la ligne médiane semblant alors l’issue la plus probable entre les revendications extrêmes des deux pays.

Jean-Baptiste Long ouvre la voie vers Clair en 1827

Nous savons aujourd’hui que Jean-Baptiste Long fut le premier à arriver à Clair et à s’y installer avant Philip et le reste de sa famille, qui arrivèrent en 1828. Cette information nous vient des déclarations faites par Jean-Baptiste Long devant les agents Deane et Kavanagh en 1831. Nous reproduisons ici cette déclaration dans son intégralité.

Source : Chip Gagnon, http://www.upperstjohn.com ; Déclaration définitive, de la part des États-Unis, concernant l’affaire renvoyée, conformément à la Convention du 29 septembre 1827 entre lesdits États et la Grande-Bretagne, à Sa Majesté le Roi des Pays-Bas, pour décision. (Washington : Bureau du Télégraphe des États-Unis, 1829).

État du Maine

Qu’il soit rappelé que, ce dixième jour de novembre de l’an de grâce mil huit cent vingt-huit, devant moi, John G. Dean, écuyer, notaire public, dûment mandaté et assermenté, s’est présenté personnellement Jean Baptist Long, résidant maintenant dans la colonie de Madawaska, près de la chapelle catholique de la paroisse Sainte-Émilie [aujourd’hui Sainte-Luce, Upper Frenchville], et après avoir été dûment averti et avoir prêté serment sur les saints Évangélistes de témoigner et de déclarer la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, témoigne, déclare et dit : qu’il est maintenant âgé de trente et un ans et plus ; né à la rivière du Loup [Rivière du Loup au Québec] qui traverse le Grand Portage, et qu’il y a vingt ans, son père l’a amené avec le reste de sa famille au lac Témiscouata et s’est établi à l’endroit où commence le Grand Portage. Il résida à cet endroit pendant dix-neuf ans, et à l’automne de l’an mil huit cent vingt-sept, il déménagea à l’endroit où il réside actuellement.

Depuis qu’il est en âge de traverser le Grand Portage, il l’a fait de une à six fois par an et se souvient parfaitement du poteau de cèdre, qu’on lui a toujours dit être la frontière du Canada. Ce poteau mesurait environ six pieds de haut et était taillé sur ses quatre faces. Le côté le plus proche du chemin du Portage et celui le plus proche du Canada étaient marqués ou recouverts d’inscriptions, de haut en bas ; les autres côtés ne l’étaient pas. Il n’en comprenait pas le sens. Le poteau se dressait sur le versant sud-ouest du chemin du Portage, entre le ruisseau de la Grande Fourche et le sommet du mont Saint-François, qu’il a descendu jusqu’à la rivière. La Grande Fourche se jette dans les Trois Pistoles. Sur la rive du Portage, presque en face de l’endroit où se trouvait le poteau, se dresse un gros rocher, plus grand que tous les autres sur le Portage. Son apparence diffère également de tout ce qu’il a jamais vu dans ces environs. Le terrain surélevé sur lequel se dressait le poteau sépare deux cours d’eau qui s’écoulent l’un dans la Grande Fourche, l’autre dans la rivière Saint-François.

Il témoigne, déclare et affirme en outre qu’il y a quatre ans, en août, alors qu’il se rendait du lac Témiscouata au Canada, vers le milieu de l’après-midi, il a vu ledit poteau abattu et jeté sur un feu qui brûlait. Le poteau en flammes portait les marques qu’il a mentionnées précédemment, et celles-ci n’étaient pas encore entièrement consumées ; il en a aperçu quelques-unes. Il l’a retiré du feu, a éteint les flammes dessus et l’a déposé au bord du chemin. Il est repassé environ un mois plus tard, et le poteau qu’il avait sauvé des flammes avait disparu. Il ignore ce qu’il est devenu. Il ne sait pas qui a abattu le poteau, mais suppose que ce sont des personnes qui traversaient le portage.

En témoignage de la véracité de ses déclarations ci-dessus, il appose sa signature en croix, ne pouvant écrire son nom, et prie ledit notaire de bien vouloir l’inscrire en toutes lettres.

Sa marque : X   Jean Baptiste Long

En foi de quoi, moi, notaire, ai apposé ma signature et mon sceau notarial.

John G. Deane, notaire public

Source: A New Map of the Province of Lower Canada Describing all the Seigneuries, Townships, Grants of Land, &c. Compiled from Plans deposited in the Patent Office Quebec;
By Samuel Holland, Esqr., Surveyor General To which is Added A Plan of the Rivers Scouriac & Magaguadavic Survyed in 1796, 97, and 98, by Order of the Commissioners, appointed to ascertain the true River St. Croix intended by the Treaty of Paris in 1783 Between His Britannic Majesty, and the United States of America London Published by James Wyld, Geographer to His Majesty 5 Charing Cross, Jany. 1, 1829

La vie à Clair entre 1827 et 1830

[Texte à venir]

Qui étaient les habitants à cette époque ?

Recensement de 1820 (États du Maine et du Massachusetts)

Recensement du comté de Madawaska – 1830

Ce recensement et les informations qu’il contient proviennent de l’excellente ressource du site web Upper St. John, créé et maintenu par Chip Gagnon. Son travail de transcription remarquable d’innombrables enquêtes et documents historiques locaux, d’une valeur inestimable, est grandement apprécié par tous ceux qui recherchent des informations sur leur famille.

D’après diverses sources, les personnes mentionnées dans le tableau ci-dessus sont :

Jean-Baptiste Long, 30 ans

George Long

Philip Long (soit 90 ans ou 78 ans)

Romain Long

Recensement Américain de la colonie au Madawaska, partie d’en haut 1, 1830

Recensement de Deane et Kavanagh – 1831

Origines du recensement de Deane et Kavanagh – Recensement de la colonie de Madawaska

Origines du recensement de Deane et Kavanagh

Un compte rendu très détaillé des raisons et de la description du recensement effectué par les deux agents américains, John Deane et Kavanagh, est disponible sur le site Web d’Upper St-John et a été créé par Chip Gagnon. Nous présentons ici un bref aperçu du recensement et de son importance pour l’histoire de notre ancêtre.

Ce recensement tire son origine du différend frontalier opposant les deux nations. L’État du Massachusetts (dont le Maine faisait alors partie) contestait les revendications britanniques et dépêcha deux agents pour arpenter la région et réaliser le recensement le plus exhaustif jamais entrepris dans le secteur.

Ce document, en plus d’offrir une lecture historique passionnante, constitue un témoignage inestimable sur la vie des pionniers, parsemé de détails personnels. Mon frère, Ghislain Long, en a obtenu une copie dactylographiée auprès des Archives du Maine, et nous en reproduisons ici plusieurs passages pour deux raisons essentielles. Premièrement, afin de compléter le récit des déplacements de notre ancêtre et de documenter la naissance du village de Clair. Deuxièmement, car certains extraits éclairent la vie de Philip bien avant son arrivée à Clair : les agents s’intéressaient en effet à l’ensemble du territoire convoité par les Américains, incluant l’histoire stratégique du Portage.

Il est manifeste que Deane et Kavanagh étaient convaincus de l’existence d’une stratégie britannique agressive pour asseoir leur souveraineté. Ce passage illustre d’ailleurs leur parti pris : « Les habitants du Massachusetts n’avaient pas anticipé les atrocités commises par les Britanniques pour s’emparer du pays et satisfaire leurs ambitions. » [iv]

L’abbé Thomas Albert a lui-même largement puisé dans cette enquête pour rédiger son Histoire du Madawaska, la jugeant indispensable pour comprendre l’évolution de la communauté à cette époque.

Le village de Clair

L’intérêt majeur de cette enquête réside dans la précision avec laquelle elle retrace le parcours de chaque habitant de ce qui allait devenir Clair. Bien que nombre de ces familles ne s’y soient pas installées de façon permanente, ce rapport documente l’arrivée des premiers colons et l’évolution de la composition ethnolinguistique du village au fil des décennies.

Voici les sections pertinentes de l’enquête :

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25 juillet. Sur la rive nord du Saint-Jean, Augustin Webster revendique la première possession et améliore la terre depuis trois ans. Il l’a achetée à Jesse Wheelock, qui l’avait lui-même achetée à John Baker, lequel l’avait achetée à John Harford fils, qui avait défriché sept ou huit acres.

La possession suivante sur la rive nord est revendiquée et occupée par John Harford et son fils, Phichas Randall Harford. John Harford affirme avoir commencé à travailler sur ce lot en 1816. Il déclare également avoir commencé à défricher à la pointe Madawaska en 1815, encouragé par Simon Hebert. Il a défriché deux acres, construit une maison en rondins et y est resté pendant un an, mais a finalement été chassé par Simon Hebert et les Amérindiens. Hebert a refusé de le payer pour ses améliorations et occupe maintenant le lot. Nous avons appris par la suite que Harford avait vendu sa concession à John Baker. La possession suivante sur la rive nord est celle de Phirmain Cyr. Il a acheté 120 acres. Il y a cinq ans, Cyr a acquis une parcelle de terrain appartenant à John Harford et lui a versé 100 $. Harford avait déboisé environ un acre sur ce terrain. Cyr habite sur la rive sud du Saint-Jean, presque en face de l’église de Madawaska. Il a acheté le terrain pour ses trois fils et y loue maintenant un certain Charles Ouillotte. Cyr a commencé ses travaux d’aménagement en 1828. La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par Phirmain Thibodeau, qui l’a achetée à Stephen Groves. Groves a commencé à travailler sur le terrain à l’automne 1828, a défriché huit acres et y a construit une maison. La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par

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Dennis Smith, qui a commencé en 1829, a défriché six acres et y habite une maison.

La parcelle suivante, rive nord, est revendiquée par Thomas Kenney, un Canadien, qui a commencé en novembre 1829. Il l’a achetée à Jonathan Cyr, qui avait effectué un abattage possessif selon une coutume de sa colonie en 1825. Kenney possède une maison. Sur le terrain, il habite maintenant en contrebas, dans la maison de James Bacon, et s’occupe du moulin à grains de John Baker.

Suivant – La rive nord est revendiquée par Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, jusqu’à il y a quelques années, a été employé pour transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il s’est installé sur le terrain en 1828 et y réside toujours. Suivant – La rive nord est revendiquée par Marmosie Long, qui s’y est installée en 1828. Suivant – La rive nord est revendiquée par George Long, qui s’y est installé en 1828. Ces derniers sont les fils de Philip et résident sur la terre.

Suivant – La rive nord est revendiquée par Menard Chominard (un Canadien). Il s’y est installé en 1830, possède une maison et vit sur la terre.

Suivant – La rive nord est revendiquée par Louis Nadeau (né à Madawaska). Il s’y est installé en 1829, possède cinq acres défrichés et cultivés, mais réside en contrebas.

Suivant – Sur la rive nord, trois ou quatre acres furent défrichées en 1829 par Thomas Pollark (un Écossais) qui partit s’installer sur la rivière De Loup.

Nous reprenons maintenant notre récit des établissements sur la rive sud du Saint-Jean.

Ensuite – La rive sud, en aval des propriétés de Jesse Wheelock et Walter Powers, est revendiquée et occupée par Charles Pherson (né à Portland).

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se trouve en face des propriétés d’Augustine Webster et de John Harford. Phinchas R. Harford abattit du bois et y construisit une petite maison à l’automne 1827, puis la vendit aux McPherson durant l’hiver 1829, moyennant deux mois et huit jours de travail. Ces derniers s’y installèrent et y résidèrent depuis.

Ensuite – La rive sud est boisée.

Ensuite – La rive sud est une clairière avec une maison, mais elle est inoccupée. Owen Fitzgerald s’y est installé il y a trois ou quatre ans, puis l’a vendu, d’après nos informations, et a quitté les lieux. Pays.

Ensuite – La rive sud est revendiquée et occupée par John Harford fils. Il s’y est installé le 3 août 1827, comme il nous l’a indiqué. Il revendique une longueur de 100 perches.

Ensuite – La rive sud est occupée par Electus Oakes (né au Canada). Il s’y est installé en juillet 1827. On nous a informés qu’il avait vendu sa propriété. Cet endroit se situe en face de l’extrémité est de l’île Churchill.

Ensuite – La rive sud est revendiquée et occupée par Abraham Chamberlain (né à la baie des Chaleurs). Il s’y est installé à l’automne 1828.

Ensuite – La rive sud est une parcelle de terrain occupée, comme nous l’a indiqué Pierre Marquis, qui habite en contrebas.

Nous avons rencontré Phirmain Cyr, qui nous a informés qu’il habite sur la rive sud, en face de l’église, qu’il a cinquante-trois ans et qu’il est né dans la province du Nouveau-Brunswick. Il a acheté la propriété qu’il occupe à Phirmain Cyr il y a 20 ans ; elle mesure 60 perches de large et 600 perches de profondeur. Retour. Il possède un titre de propriété et la terre a été cédée à son donateur par les Britanniques.

Suivant – La rive sud, jusqu’à la tranchée de Pierre Marquis, est bordée de hautes berges et la terre est inoccupée sur environ trois kilomètres.

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Suivant – La rive sud est une propriété occupée par Isaac Yearnhton (un Anglais) qui s’y est installé en août 1828.

Suivant – La rive sud est une propriété occupée par Joseph Wilds (né à Fredericton). Il s’y est installé en août 1828.

Suivant – Sur la rive sud, Miles Emery a acquis le terrain il y a sept ans et a abattu quelques arbres. Il l’a vendu il y a deux ans à Joseph Michaud pour 20 $. Michaud habite en contrebas, mais il met maintenant la terre en valeur et revendique une superficie de 64 mètres en façade. Il y a une parcelle d’environ trois kilomètres qui…

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Ensuite, Antoine Alton est locataire de Joseph Strepani, Italien, qui revendique 60 perches de façade, possède une maison, une grange et 4 acres défrichés.

Ensuite, Jean Vasseur revendique 30 perches de façade, possède une maison et 8 acres défrichés.

Ensuite, la veuve Dupont, épouse de Nicolas Peltier, revendique 30 perches de façade. Il y a 7 acres défrichés et une maison inhabitée.

Ensuite, Jean-Baptiste Lagasse revendique 50 perches de façade, possède une maison, une grange et 5 acres défrichés.

Ensuite, Alexandre Belzile revendique 30 perches de façade, possède une maison et

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une grange et 15 acres défrichés.

Simonet Hébert, qui habite en contrebas, sur la rive sud, aurait acheté à Philip Long 30 perches de façade, possède une maison, une grange et 20 acres défrichés.

Ensuite, Hilaire Cyr Il revendique une façade de 60 perches, qu’il a achetée, avec une maison, une grange et 15 acres défrichés.

Ensuite, Urban Cyr, qui habite à Green River, revendique une façade de 60 perches, qu’il a achetée à François Michaud, avec une grange et 5 acres défrichés.

Ensuite, Jean Nadeau a borné le terrain il y a 21 et 22 ans, revendique une façade de 60 perches, avec une maison, une grange et 15 acres défrichés.

Ensuite, Joseph Albert a fait un échange avec Paul Cyr, qui a borné le terrain il y a 15 ans, revendique une façade de 60 perches, avec une maison, une grange et 8 acres défrichés.

Ensuite, Louis Nadeau a acheté le terrain aux Autochtones il y a 12 ans et l’a vendu à Phirmain Thibedeau, mais y habite et y a récolté cette année. Façade de 60 perches, maison, grange et 20 acres défrichés.

L’acte de bravoure

À notre avis, les textes mêmes de Deane et Kavanagh apportent des éléments supplémentaires à l’appui de cette conclusion. Mgr Lang a peut-être eu accès au texte original anglais conservé aux Archives du Maine, issu du relevé, et qui se lit comme suit :

« La parcelle suivante, North Bank, appartient à Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, jusqu’à récemment, a transporté le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il s’y est installé en 1828 et y réside toujours.

La parcelle suivante, North Bank, appartient à Marmosie Long, qui s’y est installé en 1828.

La parcelle suivante, North Bank, appartient à George Long, qui s’y est installé en 1828. Les derniers sont les fils de Philip et résident sur ces terres. »

Dans ce rapport, son âge n’est pas mentionné, mais il est indiqué qu’il s’est installé à cet endroit en 1828. Ce même rapport nous apprend que Jean-Baptiste Long a en réalité déménagé sur un terrain situé de l’autre côté de la rivière, sur ce qui allait devenir l’État du Maine, en 1827.

L’expression « s’est échappé vers les Britanniques » peut être interprétée de plusieurs manières. À titre informatif, voici la définition du mot « s’est échappé » tirée de dictionary.com :

  1. S’échapper, se soustraire à une autorité ou à une contrainte ; recouvrer sa liberté : s’évader de prison.
  2. Échapper à une poursuite ou à un danger ; éviter la capture, une punition ou tout autre malheur.
  3. S’écouler d’un espace clos, comme un fluide.
  4. S’effacer ; tomber dans l’oubli : Ces mots se sont échappés de ma mémoire.

–verbe transitif 7. Échapper à (ses poursuivants, ses ravisseurs, etc.) : Il a échappé à la police.

  1. Réussir à éviter (un danger ou un mal potentiel) : Elle a échappé à la capture.
  2. Échapper à (sa mémoire, son attention, les recherches, etc.).
  3. Ne pas être remarqué ou rappelé par (une personne) : Sa réponse m’échappe.
  4. (Pour un son ou une parole) Émettre involontairement.

–nom 12. Action de s’échapper.

Le fait de s’être échappé.

Un moyen de s’échapper : Nous avons utilisé le tunnel comme échappatoire.

L’évitement de la réalité : Elle lit des romans policiers pour s’évader.

–adjectif 20. Qui permet de s’échapper : une voie d’évacuation.

L’importance du terme « s’être échappé »

Nous insistons sur l’expression « s’être échappé », car elle est capitale pour interpréter les résultats de cette enquête.

Premièrement, il nous semble évident que Deane et Kavanagh n’ont pas recueilli leurs informations sur Philip directement auprès de lui, mais plutôt via des témoignages tiers. L’usage récurrent du verbe « rapporter » (ou reported) dans leurs écrits appuie cette conclusion.

Deuxièmement, le terme « échapper » revêt une double connotation : il peut signifier « se soustraire à une surveillance » ou « s’enfuir ». Si Philip a échappé aux Américains en emportant un sac de courrier, on peut raisonnablement supposer qu’il était déjà en possession de ce sac et qu’il a choisi de le remettre aux autorités britanniques plutôt qu’à ses destinataires initiaux. Cette hypothèse renforce l’idée que Philip agissait déjà comme messager. Bien entendu, l’acte de dérober le sac impliquait nécessairement qu’il doive ensuite « échapper » à ceux qu’il venait de dépouiller.

S’il s’agit plutôt du sens « se faufiler », l’acte se rapproche davantage du récit de bravoure de Mgr Lang : Philip aurait dû s’emparer du courrier subrepticement avant de prendre la fuite. Un point crucial doit être soulevé : la traduction française proposée par l’abbé Thomas Albert dans son Histoire du Madawaska est inexacte. Il traduit « s’est échappé » par « a livré », or ces deux concepts sont sémantiquement opposés. « Livrer » ou « remettre » suppose une action délibérée de transmission, alors que « s’échapper » met l’accent sur la fuite et la rupture d’un contact ou d’une captivité.

Selon le récit de Mgr Lang, Philip Long, volontaire comme éclaireur, avait été dépêché par les Britanniques dans un secteur stratégique pour recueillir des renseignements. C’est là qu’il aurait surpris un groupe d’émissaires ennemis et d’Amérindiens transportant des ordres militaires secrets destinés aux forces révolutionnaires (les Patriotes). Sous les yeux mêmes des soldats, Philip se serait emparé du sac avant de s’enfoncer dans les bois. Poursuivi sans relâche par deux groupes distincts, il aurait couru pendant trois jours et trois nuits, sans nourriture, pour rapporter le précieux butin à ses supérieurs. Voici la traduction anglaise de ce récit, réalisée par John Lang il y a quelques décennies :

[texte tiré du livre de John Lang – De héros à zéro ?]

Mgr Lang indique que cette histoire se transmettait sous différentes formes au sein de la famille, de génération en génération, et qu’il l’entendait souvent de son propre père. Ce récit est indéniablement captivant, et il est difficile de ne pas éprouver fierté et admiration pour un homme capable d’un tel acte. Bien sûr, il est possible que Philip lui-même n’ait pas transmis cette histoire à ses enfants, mais qu’entre sa mort en 1832, les recherches de Prudent Mercure dans les années 1880 et la publication de l’ouvrage monumental de l’abbé Thomas Albert, l’Histoire du Madawaska (parue initialement en 1920), certains membres de la famille aient pu prendre connaissance de ce célèbre acte de bravoure, tel que relaté par Deane et Kavanagh, indépendamment de la tradition orale familiale ! C’est du moins une hypothèse plausible.

Quelles que soient nos convictions, il convient de nuancer ce récit, non pas parce qu’il est erroné, mais simplement parce que Mgr Lang y avance des hypothèses qui, à ce jour, ne sont pas prouvées. L’une des réserves à formuler est que Philip aurait été membre de l’armée britannique avant de commettre son acte de bravoure. Ah, si seulement nous pouvions interroger directement Mgr Lang à ce sujet ! Nous ne disposons d’aucune preuve corroborante à ce sujet. Toutefois, si tel est le cas, l’acte aurait pu être commis aussi tard qu’en 1781, date à laquelle nous avons des preuves de l’engagement de Philip au service de la cause britannique. Jusque-là, il ne s’agit que de conjectures quant à son implication militaire en tant que loyaliste envers les Britanniques. Bien entendu, nous poursuivons nos recherches de preuves concernant Philip Long avant 1781. Nous ne pouvons donc exclure la possibilité qu’il ait servi dans l’armée, ou y ait eu des liens, avant son enrôlement dans la WFRF ou la KAR en 1781.

Le second point à considérer est, selon nous, la vraisemblance d’un tel exploit pour un homme qui n’aurait eu qu’entre 33 et 39 ans [selon la nouvelle datation]. S’il est quasi certain que le courrier a été dérobé au camp américain, les circonstances exactes du vol demeurent floues. Dans le texte de Deane et Kavanagh, l’expression « s’être échappé » (escaped) suggère davantage l’idée de « s’enfuir avec » plutôt que de « s’évader de ».

La nuance est fondamentale : la première option implique que Philip a franchi les lignes pour passer d’un camp à l’autre avec le sac, tandis que la seconde supposerait une évasion après une capture. L’équivalent français d’« échapper » ne peut en aucun cas être « livrer », comme on le lit dans la traduction de Thomas Albert. Pourquoi avoir ainsi dénaturé le sens original ? Entre les termes précis consignés par Deane et Kavanagh et la réinterprétation d’Albert dans son Histoire du Madawaska, la source primaire nous semble bien plus fiable.

En conclusion, l’ensemble des indices converge vers une certitude : 1757 n’est pas l’année de naissance de notre ancêtre Philip Long. Cette découverte impose une réinterprétation majeure de sa biographie et nécessite une réévaluation profonde de la tradition orale familiale.

Carte topographique du rapport des agents Deane et Kavanagh (1831) dans la région du Madawaska.

Figure 150 – Carte illustrant le rapport de Deane et Kavanagh – 1831 – Source : Upper St-John ; Source originale : Raymond …

Texte à venir

1832 – Décès de Philip Long (1742?-1832)

La vie à Clair en 1832 – Décès de Philip Long le jour de Noël

Décès de Philip Long le jour de Noël 1832

Pierre tombale installé par Mgr. Lang – vour remarquerez que la date de naissance est inscrite comme si elle était un fait.

Photo de la pierre tombale installé par Mgr Lang dans le cimétière de Sainte-Luce, Frenchville.

1832 – Certificat de décès de Philip Long, décédé le 25 décembre, à Clair. Son certificat de décès est enregistré Philip Long est enregistré le 29 décembre, 1832

Figure 152 – Acte de décès de Philip Long, 25 décembre 1832

Voici le texte de l’acte de décès de Philip Long.

Premièrement, on aperçoit immédiatement une erreure dans l’épellations du nom de Philip dans la marge, Land plutôt que Long. Son nom est bien épellé par contre dans le texte comme tel.

Ensuite nous apprenons qu’aucun descendants de Philp ou même son épouse Marie-Julie étaient présent lors de l’inhumation. Ce n’est pas du tout surprenant car ces inhumation pouvait avoir lieu longtemps après le décès, et surtout les distances en plein hiver auraient causé des difficultées. Les témoins n’étaient pas des résidents de Clair comme tel et donc devait être des résidents et préposés dans la paroisse de Sainte-Luce, probablement du côté américain.

Enfin, le text semble indiqué que Philip est décédé « agé d’environ quatres vingt dix ans ». C’est un détail très important que nous avons examiné en détail dans la section Tradition orale.

Voici une image aggrandie de ce passage:

Le mot « quatre-vingt » est lisible, mais le terme suivant, interprété comme « dix », est plus complexe à déchiffrer, et je crois, pourrait être contesté.

La première lettre semble bien être un « d » si on la compare aux autres occurrences dans le texte.

En revanche, les trois lettres suivantes pourraient se lire « isi », compte tenu de la présence d’un point sur le « i » qui est déplacé comme celui sur le « vingt ».

L’autre possibilité, est que ces lettres ressemblent davantage à « ev » avec un « e » très mince, qui est retrouvé à plusieurs endroits dans le texte. Particulièrement, on peut comparer la troisième lettre à un autre « v » dans le document. Cela peut paraître bizarre de divisé le mot en deux morceaux, mais la possibilité que les trois première lettre soient « dev » pour ensuite terminé le mot avec « ans » ou « ant » sans la barrer sur le « t » n’est pas invraisemblable étant donné qu’apercevoir le « dix » est loin d’être évident.

Cette distinction est capitale : selon moi, il est difficile d’y lire clairement le mot « dix ». L’hypothèse du mot « devant » ou « devans » pourrait être aussi valable, ce qui ferait un certain sens puisque la formule « devant témoins » était alors systématiquement employée par les curés dans les actes de mariage, de naissance ou de décès.

Et si on lisait le certificat de décès comme suit, et peut-être comme le prêtre comprenait ce qu’il écrivait (image construite à partir de l’original – un outil pour imaginé le texte comme il aurait être conçu par le prêtre):

Bien que le chiffre « dix » soit la solution retenue par les chercheurs depuis Mgr Lang, ce choix est lourd de conséquences : traquer un ancêtre né en 1742 plutôt qu’en 1752 oriente les recherches vers des contextes historiques et des documents sources totalement différents.

Pour le moment, il est possible de ne pas résoudre cette question pour quelques raisons.

  • Philip Long aurait pu avoir environ 92 à son décès, et dans ce cas, le certificat est correct; sa date de naissance est donc 1742, et nous devons interprété les éléments de sa vie en conséquence; cet éest consistent avec le recensement à clair en 1831 (80-90 ans) mais pas avec celui du lac Témiscouata en 1825 (
  • Philip Long aurait pu avoir environ 80 ans à décès, ce qui possible car les recensements de 1825 au lac témiscouata, 1830 à Clair, tombent dans une fourchette d’année qui seraitent conformes à une telle date de naissance;

Que voyez-vous quand vous regardé le texte pour la première fois?

S (Sépulture). 37 Philippe Land

Le vingt neuf décembre mil huit cent trente-deux, par nous prêtre soussigné, a été inhume dans le cimetière de la Paroisse Sainte Luce le corps de Philippe Long époux de Julie Marie Depré (Duperré) de cette paroifse décédée il y a quatres jours agé d’environ quatre vingt dix ans. Témoins Michel Morin et Raphaël Michaud qui n’ont pu signer.

R. Mercier Prêtre

1832 – Mariage de Suzanne Long et Jacques Hamel le 28 août 1832

Source: Gilles Long

1833 – Mariage de Philippe II Long (Laing) et l’installation de sa famille à Trois-Rivières

Philippe Laing s’était installé à Trois-Rivières après avoir quitté sa famille à Clair. Il s’y maria avec Emilie Boucher le 2 octobre, 1833. Ils eurent une nombreuse descendance qui vit encore dans la région, principalement sous le nom de Laing et non Long ou Lang.

Source: Donald Long
Source: Donald Long

1834 – Mariage de George-Édouard Long avec Adélaïde Caron en 1834

George Long s’établit à Clair avec ses parents en 1828, puis se maria en 1834 et s’y installa définitivement. Sa famille est nombreuse et profondément enracinée à Clair depuis cette époque.

1833 – Recensement du Haut-Madawaska par la Province du Nouveau-Brunswick

1843 – Mariage entre Michel Long et Émerance Thériault le 27 février 1843

Source: Gilles Long

1843-1958 – Répertoire des mariages de la Paroisse de Sainte- Luce, Frenchville, Maine, 1843-1958 par le Révérend Louis Cyr

1844 – Signature du traité Webster-Ashburton

Source : Maine Historical Society.
Une proclamation émise à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, le 13 février 1839, indique que le gouvernement prendra des mesures contre des « individus armés » du Maine qui coupaient du bois sur des terres canadiennes.

La proclamation demande aux résidents du Nouveau-Brunswick ayant pris les armes et les munitions royales pour se défendre contre les intrus de les restituer, et annonce qu’une milice sera formée pour régler la situation.

David M. Coffin, de Spring Hill au Nouveau-Brunswick, a fait parvenir cette proclamation au gouverneur du Maine, John Fairfield.

Cette carte revêt une importance particulière car elle illustre, à travers des documents internes américains, l’une des limites possibles pour régler la question frontalière entre la Grande-Bretagne et l’Amérique. Nous remercions Chip Gagnon pour cette carte, disponible, accompagnée d’un texte exceptionnel, sur son remarquable site : http://www.upperstjohn.com.

Carte de la frontière entre le Maine et le Nouveau-Brunswick – Purdy, 1814
Figure 153 – Carte du Maine montrant les zones contestées – Burr – 1831

Source : Archives acadiennes.
La frontière entre le Maine et les colonies britanniques est demeurée un sujet de contentieux entre les États-Unis et la Grande-Bretagne pendant près de soixante ans après le Traité de Paris de 1783. Cette carte illustre l’expansion de la colonisation vers l’intérieur des terres à partir des côtes, dans la partie sud de l’État ; elle révèle également les diverses revendications territoriales dans la région disputée.

En plus de la frontière tracée en rouge, que la plupart des Américains considéraient comme officielle, les cartographes ont identifié le territoire revendiqué par la Grande-Bretagne — lequel englobait la majeure partie de l’actuel comté d’Aroostook — ainsi que la proposition de compromis soumise par le roi des Pays-Bas. Après une période de tensions croissantes connue sous le nom de « guerre d’Aroostook », les deux parties parviendront à un accord en 1842.

Cette carte est parue dans l’ouvrage de T. G. Bradford, Comprehensive Atlas Geographical, Historical, and Commercial, publié à Boston par William D. Ticknor.


Source : Société historique du Maine. Ordre du 5 mars 1839 d’Isaac Hodsdon d’envoyer des troupes dans le nord du Maine pour rétablir l’ordre entre les habitants du Maine et du Nouveau-Brunswick dans un différend frontalier.

Source : Société historique du Maine. Cette carte est intitulée : « Croquis des chaînes de montagnes imaginaires des Highlands, telles que décrites par les géomètres britanniques en vertu du traité de Gand, et qui s’étendaient à travers l’État du Maine. »

1848 – Premières concessions de terres à Clair, Nouveau-Brunswick

En 1848, les premières concessions de terres furent octroyées aux familles qui s’étaient établies sur une grande partie de ce qui allait devenir la paroisse de Clair. Ces concessions confirmaient les droits fonciers acquis par les habitants grâce à un travail acharné de la terre. Ces droits légaux permettaient aux colons de cultiver la terre et d’en retirer les fruits, pour eux-mêmes et les générations futures.

Il ressort du texte des concessions que chaque colon devait s’engager à défricher une certaine superficie chaque année pour que les concessions restent valides.

Ces concessions furent délivrées le 29 novembre 1848, sous la signature de J. R. Partenow. La concession porte le numéro 4424 et a été délivrée à Edmund Head (devenu plus tard Edmundston) par un document rédigé par la firme Urbain Boutotte et Associés, de Madawaska et du comté de Carleton.

Sources : Copies originales – Ghislain Long.

Figure 154 – Carte mise à jour au milieu des années 1950 des concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848. Ghislain Long
Figure 155 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (Bloc deux : Partie supérieure du village) Ghislain Long
Figure 156 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (Bloc deux : Partie basse du village) Ghislain Long

Figure 157 – Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François) Ghislain Long
Figure 158 – textes des Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François) Ghislain Long
Figure 158 – textes des Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François) Ghislain Long
Figure 158 – textes des Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François) Ghislain Long
Figure 158 – textes des Concessions originales des premiers colons à Clair, Nouveau-Brunswick – 1848 (bloc deux : partie supérieure de Clair et Saint-François) Ghislain Long

1851 – Recensement de 1851 pour le village de Clair au Madawaska (comté de Victoria)

Romain est à nouveau mentionné dans ce document, cette fois sous le nom de « Remon Long ». Ce recensement nous apporte des précisions précieuses : il y est décrit à la fois comme aubergiste et agriculteur (prop). Cette information est capitale pour ses descendants, car elle s’inscrit dans une véritable tradition familiale : son père, Philip, était lui-même devenu aubergiste, tandis que sa mère, Marie-Julie, était issue d’une lignée de maîtres de poste — une fonction qui, le long du Saint-Laurent, s’apparentait aux premières formes d’hôtellerie.

Nous reproduisons ici les copies négatives originales de ce recensement, que nous considérons comme une pièce inestimable de notre patrimoine familial.

Figure 106 – Recensement de la population du Nouveau-Brunswick – 1851 – Clair, comté de Madawaska. Source : Doris Long et Archives publiques du Canada

Ce recensement nous apprend que la famille de Romain était composée comme suit :

Romain Long, 42 ans

Mary Long, 39 ans

Paul Long, 23 ans

Artemise Long, 18 ans

Marceline Long, 17 ans

Thomas Long, 15 ans

Michel Long, 11 ans

Minal Long, 13 ans

Octave Long, 9 ans

Roman Long, 3 ans

Joseph Long, 2 ans

Helen, 1 an

L’auteur/éditeur de cet ouvrage est un descendant direct de Romain Long.

Romain Long

Paul Long

Joseph Long

Ligori Long

Lucien Ligori Long

Benoît Long

Étienne Long et Genevève Long

Dans le livre de Jean-Guy Poitras, Recensement 1851 Census, comté de Victoria (source: Gilles Long), nous trouvons la liste suivante:

Le recensement au complet est disponible sur le site de Chip Gagnon, Upperstjohn.com ou https://www.upperstjohn.com/1851/stfindex.htm

1853 – Deuxième mariage de Philippe (II) Long-Laing avec Anastasie Perron en 1853

1857 – Décès de Marie-Julie Couillard-Després (1776-1857)

Marie-Julie décède le 21 octobre 1857

« Paroisse Sainte Luce – Haute Frenchville-Maine

Acte de décès de Marie Després

Copie du registre

Le vingt et un d’octobre mil huit cent cinquante sept, nous prêtre soussigné, avons inhûmé dans le cimetière du lieu le corps de Marie Després, décédée avant hier, âgée de quatre vingt douze ans, veuve de Philip Long de cette paroisse.

Présents : Jean Baptiste Ouellet et Hubert Ouellet, qui n’ont pu signer.

H. Dionne, prêtre,

Copie certifiée conforme:

Tour. Zénon Charette

Paroisse Sainte-Luce

Upper Frenchville, Maine

Marie-Julie fut inhumée au cimetière de Ste-Luce le 21 octobre 1857.

Pierre tombale au cimetière de Sainte-Luce, Frenchville, Maine. Les dates de naissance et de dÉces pour Marie-Julie Couillard-Després son exact, même si son nom est incomlet.

Mgr. Lang a fait une observation et une correction importante dans son livre. Nous le citons en français :

L’âge tel que mentionné dans l’acte de décès est loin d’être exact. Voici comment nous en constatons l’inexactitude, c’est que nous avons le certificat de naissance de feu Dame Marie-Julie Couillard Després selon laquelle elle est née le 7 novembre 1776, et comme selon le présent certificat de décès elle est décédée le 19 octobre 1857, elle était donc âgée de 81 ans, non de 92 ans comme le mentionne le certificat.

Le certificat de décès de son mari Philip Long, décédé le jour de Noël 1832, mentionnant son âge comme étant de 90 ans, alors qu’il avait selon les plus sûrs calculs environ 75 ans. Ca se passe de même dans ce temps-là. »  Mgr. Ernest Lang, Mon Ancêtre Philip Long, page 107.

Marie-Julie avait 75 ans lorsqu’elle est décédée et non 90 ans comme indiqué sur son acte de décès. Au recencensement de 1831 à Clair, Marie-Julie est enregistré correctement avec un âge entre 50-60. son â exacte en 1831 était 55. Selon ce recensement, Philip Long aurait eu entre 80-90 ans.

1859 – Décès de Émérance Thériault, épouse de Michel Long en première noce, à Sainte-Luce, Frenchville, Maine.

1870 – Décès de Georges-Edouard Long à Saint-François de Madawaska.

1887 – Décès de Romain Long (Memen, Marmosie) le 13 octobre 1887 à St-François de Madawaska. Il avait épousé Vitaline Thériault le 22 janvier, 1822.

1905 – Décès de Michel Long le 1er mai, 1905 à Ashland, Frenchville Catholic Cemetary, Maine

source: donald long

1912 – Décès de Marguerite (Margaret) Thériault le 7 novembre, 1912 à Ahsland, Maine.

Liste des pierres tombales à Clair et les environs, et le nord du Maine – Germaine Allard (Long) Hoffman

Germain a réalisé un travail majeure en créant une liste des pierres tomables des Long-Lang dans les différents cimétières dans les paroisses du Nord du Nouveau-Brunswick et du maine. voici une note de Germaine:

La liste suivante des noms de famille LONG/LANG et apparentés a été établie à partir des inscriptions funéraires lisibles. Elle ne constitue pas un inventaire exhaustif des personnes inhumées sous le nom de Long/Lang dans chacun des cimetières mentionnés.

Pour confirmer ces informations, il convient de consulter les registres paroissiaux originaux.

« The following list of LONG/LANG surnames and others related to same, was complied from the grave marker inscriptions that were capable of being read. The information contained is not a complete listing of Long/Lang Burials in each of the cemeteries listed.
Original Parish Records should be referenced to confirm all information . »

INDEX

Cimetière St. Thomas Daquin – Lac Baker, N.-B., Canada

Cimetière St. Louis – Fort Kent, Maine

Ancien cimetière St. Louis – Fort Kent, Maine

Cimetière St. Luce – Frenchville, Maine

Ancien cimetière St. Francois – St. Francois, N.-B., Canada

Cimetière St. Francois – St. Francois, N.-B., Canada

Cimetière St. Francois d’Assise – Clair, N.-B., Canada


Chapitre 10 – Le dernier portage – Clair (1828-1857)

[i] Deane et Kavanagh, page 102.

[ii] Deane et Kavanagh, page 103.

[iii] Deane et Kavanagh, page 108.

[iv] Deane et Kavanagh, page 105.

[v] Deane et Kavanagh, Rapport…, Transcription originale des Archives du Maine, p. 10.