Histoire orale

Questions clés à poser sur l’histoire orale transmise par Mgr Lang

Était-il d’origine écossaise ?

Le texte de Mgr Lang mentionne que Philip était considéré comme ayant des origines écossaises, sans pour autant être nécessairement né en Écosse. Ce point constitue, selon nous, l’élément le plus récurrent et le plus communément admis de notre histoire orale. Ces deux informations sont liées, mais n’impliquent pas qu’il soit à la fois d’ethnie écossaise et natif d’Écosse. Être Écossais signifie avoir des parents (ou du moins un père) originaires d’Écosse, mais Philip aurait pu naître ailleurs — en Angleterre, en Irlande ou dans les colonies américaines — au sein de cette vaste diaspora.

Donald Long a effectué un examen exhaustif des origines ethniques des « Scots-Irish ». Nous renvoyons le lecteur à son document intitulé Origines pour obtenir des détails sur la composition de ces populations en Europe et en Amérique au XVIIIe siècle. Ce travail inclut une évaluation impressionnante des bases de données de naissances, de baptêmes et de listes de passagers consultées pour retrouver la trace de l’insaisissable Philip Long.

Il est fascinant de constater que notre famille reste fermement convaincue de ses racines écossaises alors que, dès la deuxième génération, la langue principale de la grande majorité des descendants était le français, sous l’influence indéniable de la lignée maternelle. Certains croient déceler des traits physiques typiques, comme les cheveux roux ou le teint, pour appuyer cette ascendance.

Toutefois, je suis d’avis que ces traits ne sont pas systématiquement transmis et qu’on les retrouve surtout chez les descendants de Joseph Long, probablement parce qu’il a épousé une Écossaise, Annie Douglass. Nous restons ouverts aux recherches ADN menées par Gilles et Donald Long. En 2026, la conclusion scientifique penche vers des ancêtres germaniques, bien que cela n’exclue pas un passage de la lignée par l’Écosse ou l’Angleterre. Cette analyse repose sur des ancêtres communs remontant au XVIIe siècle, soit environ quatre générations avant la naissance de Philip.

Il n’existe aucune preuve directe ou source primaire pour étayer la tradition orale de nos origines écossaises. À notre avis, des arguments solides peuvent même être avancés contre l’idée d’une ascendance « purement » écossaise pour Philip. Cela ne remet pas en cause l’existence de Philip, mais plutôt la précision de ses origines géographiques.

Long n’est pas un patronyme écossais courant ; il ferait figure d’exception s’il s’inscrivait dans une lignée écossaise sur plusieurs générations. D’après les recherches actuelles et les données partagées dans l’ouvrage Origines, une famille Long en Écosse aurait été un cas tout à fait unique. En réalité, l’identité écossaise est associée depuis des temps immémoriaux au système des clans ; or, il n’existe aucun lien documenté entre les Long et un quelconque clan d’Écosse. Ghislain Long a mené des recherches approfondies à ce sujet, sans pouvoir aller au-delà des témoignages oraux recueillis par Mgr Lang.

Après des investigations exhaustives, Donald a trouvé très peu de traces du nom Long dans les bases de données écossaises. D’autres chercheurs, dont l’auteur de ces lignes, sont arrivés aux mêmes conclusions. Bien entendu, cela n’exclut pas formellement une origine écossaise, mais aucune preuve documentaire ne vient, à ce jour, soutenir cette hypothèse. Gilles Long a d’ailleurs confié que cette ascendance était inconnue dans sa branche (dont faisait partie mon père, Lucien) ; son propre père penchait plutôt pour une origine anglaise. Les échanges de Gilles avec Camille Lang abondent dans le même sens : aucune preuve d’une ascendance écossaise n’a été mise au jour.

Que pouvons-nous déduire du mariage de Philip Long avec Marie-Julie Couillard-Després ?

Philip Long a épousé Marie-Julie dans une église anglicane de Québec. Le certificat de mariage original (reproduit ci-dessous) est riche d’enseignements : il porte la signature de Philip et la marque (un « X ») de son épouse, témoignant de l’illettrisme de cette dernière. L’acte mentionne également le ministre officiant, David-François de Montmollin (d’origine suisse et pasteur de l’Église anglicane), ainsi que deux témoins qui, eux, sont d’origine écossaise.

Contrat de mariage original entre Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després 1792 – source : Ghislain Long

N° 467 Philipp Long, célibataire, de la paroisse de Cape St. Ignace, et Mary Couillard Depré, célibataire, de la paroisse de Lislet, se sont mariés en ce lieu par —licence — ce sixième jour de décembre de l’an mil sept cent quatre-vingt-douze, par moi, David Francis de Montmollin, recteur.
Ce mariage a été célébré entre Philip Long X, et Mary Couillard Deprés, dans la paroisse de David Higginbotham, marchand, Andrew Johnston Couper, Murdoch Mackenzier Cooper.
Exemplaire original de l’acte de mariage entre Philip Long et Marie-Julie Couillard-Després.
Pour plus d’informations sur de Montmollin et David Higgingbotham.

Plusieurs conclusions importantes peuvent être tirées de ce document original.

Philippe a signé avec un seul « l » et un seul « p », et son nom de famille est orthographié Long, contrairement à d’autres orthographes.

Philippe était originaire du Cap Saint-Ignace, qui servait alors de relais pour les maîtres des postes et les calèches sur la route entre Québec et Rivière-du-Loup, et qui abritait également un important poste militaire ayant logé des vétérans des guerres précédentes (Soldats royaux) – d’après Benoît et Gilles Long.

Marie-Julie ne pouvait pas signer, et Montmollin a orthographié son nom Deprés au lieu de Després. Ses parents, encore vivants, étaient soit absents lors de la cérémonie, soit n’ont pas signé comme témoins. Nous ne possédons aucun document portant leur signature.

La mention « par licence » est importante car elle indique que ce mariage mixte a été autorisé en vertu de règles et de dispenses spéciales, Philip étant manifestement protestant et Marie-Julie catholique. Il s’agissait peut-être du seul lieu et de la seule congrégation susceptibles d’avoir autorisé un tel mariage mixte, car, bien qu’exceptionnel, il était accepté au sein de l’Église catholique compte tenu de l’époque, de la disponibilité des églises protestantes et de quelques mariages mixtes.

Plus de détails ci-dessous concernant l’opposition entre anglicans et presbytériens : il existait au moins deux confessions, et probablement des congrégations, à Québec à cette époque. Il n’est donc ni anodin ni prévisible qu’un Écossais se soit marié dans une église presbytérienne plutôt que dans une congrégation protestante anglicane (Église d’Angleterre) ; ces confessions ne s’entendaient généralement pas bien.

Ce fait n’invalide pas l’hypothèse des origines écossaises, car tout homme protestant épousant une femme catholique aurait dû se convertir au catholicisme ou faire célébrer la cérémonie dans une église reconnue par l’Église catholique pour que le mariage soit « permis » à l’époque, voire même aujourd’hui (mon propre mariage était mixte et a nécessité l’autorisation de l’Église catholique pour être reconnu).

Les témoins sont également importants : Higginbotham, un marchand d’origine aborigène et écossaise, joue un rôle crucial dans l’histoire de Philip, et nous aborderons sa vie et son époque ailleurs sur ce site. Les deux autres témoins sont aussi importants. Premièrement, ils portent tous deux des noms clairement écossais et sont donc probablement d’origine écossaise ; deuxièmement, ils sont tous deux tonneliers, ce qui les rattache à la classe commerçante et artisanale de Québec. Quant au marchand Higginbotham, il devait avoir des relations personnelles, sociales et commerciales avec Philip pour accepter d’être ses témoins à son mariage, ce qui souligne une fois de plus la difficulté que représentait la présence de tous ces Écossais à un mariage mixte célébré par l’Église d’Angleterre.

Québec et les protestants

On trouve deux églises protestantes historiques dans le Vieux-Québec : la cathédrale de la Sainte-Trinité, siège du diocèse anglican de Québec, et l’église presbytérienne Saint-Andrew.

La cathédrale de la Sainte-Trinité a été érigée sur l’emplacement de l’ancien monastère des Récollets. Cette église catholique, qui desservait la communauté depuis plus d’un siècle, fut détruite par un incendie en 1796, laissant ainsi le terrain vacant pour la construction de la première cathédrale anglicane bâtie hors des îles Britanniques.

John Mann, qui relate sa rencontre avec Philip Long dans ses Voyages en Amérique du Nord, ne mentionne à aucun moment une origine écossaise. Écossais lui-même, on aurait pu s’attendre à ce que Mann souligne une telle parenté s’il l’avait perçue. Au lieu de cela, il note que Philip maîtrisait un anglais « convenable » (proper), un qualificatif étonnant pour décrire un Écossais du XVIIIe siècle vivant en pleine région sauvage. Il le décrit plutôt comme un loyaliste américain ; bien que ce détail soit d’un grand intérêt, il n’éclaire pas davantage l’ethnie ou la religion de Philip.

Une question s’impose : est-il probable que Philip ait parlé un anglais aussi châtié s’il avait possédé l’accent prononcé d’un Écossais natif ? Il est plus plausible que cet accent se soit atténué, soit parce que Philip n’était pas né en Écosse, soit parce qu’il appartenait à une deuxième génération d’immigrants ayant grandi dans le creuset culturel des colonies américaines.

Au regard de son niveau d’instruction et de son langage, il demeure impossible d’établir avec certitude ses origines. Il serait d’ailleurs intéressant de soumettre sa signature à une analyse paléographique ou graphologique approfondie. Bien que Philip ait côtoyé de nombreux Britanniques et Écossais, rien ne prouve une affiliation préférentielle pour l’un ou l’autre groupe. Si le patronyme Long est rare en Écosse, il est en revanche très répandu en Angleterre (notamment dans le Wiltshire et en Cornouailles) ainsi qu’en Irlande.

Malgré la ténacité de la tradition orale écossaise, les recherches de Donald et les miennes confirment la rareté du nom en Écosse. Donald a toutefois identifié un candidat plausible : un Philip Long né en 1742 à Lansallos, en Cornouailles, fils de John et Elizabeth Long. Ce détail est piquant, car il pourrait expliquer pourquoi Philip fut confondu avec un certain « John Lang » lors de la visite pastorale de Mgr Joseph-Octave Plessis. Cette erreur manifeste du secrétaire de l’évêque s’est avérée coûteuse en temps et en efforts de recherche, mais elle semble n’être qu’une méprise administrative. Cependant, nous anticipons ici sur la suite de notre récit.

Ghislain Long a entretenu une correspondance abondante avec de nombreuses personnes au sujet de Philip Long. L’une de ces lettres était adressée à Donald Whyte, président du Conseil de la Société de généalogie écossaise, qui avait effectué des recherches pour Ghislain et qui répondit dans l’une de ses lettres : « Je ne trouve aucune inscription héraldique pour un quelconque Long, et vous devrez prouver que Philip Long est né en Écosse et fournir des documents à la Cour du Lord Lyon, roi d’armes.» Les Long sont en effet assez exceptionnels en Écosse ! Dans cette même correspondance, Ghislain mentionne le don par Joseph Bouchette au roi Guillaume IV à Brighton en 1832 de sa magnifique carte topographique, dans l’espoir que Whyte puisse savoir ce qu’il était advenu des originaux du célèbre dessin de Long’s Farm. J’aurais aimé que mon frère puisse voir les originaux en couleur que j’ai pu consulter et reproduire numériquement en 2006 à partir des Archives du Canada.

Donald Whyte a par la suite écrit un ouvrage intitulé A Dictionary of Scottish Emigrants to Canada Before Confederation, dans lequel figure une notice concernant Philip Long. [ii] Cette notice se lit comme suit :

« 4713 Philip Long À Que <1792 . Fermier. DC 2 mai 1980 »

Cette notice est issue d’une correspondance entre Ghislain Long et Donald Whyte. Il est peu probable que Ghislain ait jamais imaginé que les informations fournies dans sa lettre se retrouveraient un jour publiées sous cette forme dans un livre ! Nous savons que cette notice provient de cet échange car (a) les lettres existent toujours et (b) Whyte fait référence à l’abréviation « DC », qui signifie « Dictionary Correspondence : Letters to the Author regarding emigrants to Canada contained in 9 lever-arch files ».

Dans l’excellent ouvrage de Margaret Stuart, Scottish Family History: A Guide to Works of Reference on the History and Genealogy of Scottish Families [iii], nous n’avons trouvé aucune trace d’une famille Long en Écosse. Cependant, George F. Black, PhD, dans The Surnames of Scotland: Their Origins, Meaning and History [iv], mentionne notre nom de famille :

LONG. Nom de famille descriptif lié au statut ou à la physionomie de son premier porteur. Johannes Longus est témoin d’une donation à l’hôpital de Soltre vers 1180-1214 (Soltre, p. 5) ; il s’agit sans doute du même Johannes Longus qui fut témoin de la donation de Gillemoristun par Richard de Morevil vers 1189 (REG., p. 39), ainsi que d’une charte d’Euerard de Pencathlan à Kelso vers 1180 (Kelso, p. 370). William Longus possédait des terres près de Lynthonrothrik vers 1200 (RHM., I, 3). Adam Long apparaît dans le Dumfriesshire vers 1259 (Bain, I, 2176 ; APS., I, p. 88). Gregory le Long était bourgeois de Dundee en 1268 (Balmerinoch, p. 25). Vers 1350, William Long fut témoin de la confirmation du rattachement de Snawdoun à Dryburgh (Dryburgh, 232).

Dans le Dictionary of English and Welsh Surnames with Special American Instances, de Charles Wareing Bardsley, M.A.,[v] on trouve l’entrée suivante :

Long. – Surnom « le Long », en raison de la stature du premier porteur ; cf. Longfellow et Longman ; cf. également Short, etc.

Henry le Longe, co. Bucks, 1273. A.

John le Longe, comté de Hunts, ibid.

Walter le Longe, comté de Salop., ibid.

Johanna Long, 1379 : P.T. Yorks., p.130

1536-7. Thomas Bolton et Mary Long : Licence de mariage (Londres), i. 9.

Londres, 75 ; New York, 124.

On trouve également, d’après le révérend Henry Barber, docteur en médecine, membre de la Society of America, British Family Names, Their Origin and Meaning with Lists of Scandinavian, Frisian, Anglo-Saxon and Norman Names[vi] :

Long. N.-Fr. (Normand français). De Longa, De Longues ; p.n. Voir aussi Prot. ref., Longon 1621, dans Rot. Hund.

Enfin, dans le Dictionnaire des émigrants écossais aux États-Unis, compilé et édité par Donald Whyte, F.S.A. Scot., L.H.G.,[vii] on trouve l’entrée suivante :

Long, Henry. De Galloway, Wigtonshire. À New York sur Gale, en provenance de Stranraer, le 16 mai 1774. Ouvrier. (T. 47/12).

Voici quelques exemples de personnes nommées Long en Écosse ; elles sont, de fait, extrêmement rares. Comme Donald et moi-même l’avons supposé, il est possible que notre ancêtre soit en réalité originaire de Grande-Bretagne, mais que l’ascendance écossaise soit devenue une forme d’identité anglophone plus « acceptable » pour des descendants d’origine française.

Nous invitons le lecteur à consulter l’analyse de Donald sur l’immigration scotto-irlandaise (Scots-Irish) durant la période étudiée. Il s’agit d’une étude exhaustive et fort instructive sur le sujet. Malheureusement, nos recherches pour identifier précisément les origines de notre ancêtre demeurent, à ce jour, infructueuses.

À ce stade, force est de constater que les origines écossaises de Philip ne peuvent être établies avec certitude ni de manière concluante. En réalité, des arguments de poids peuvent être avancés pour contester cette part de la tradition orale. Seuls le temps et des recherches complémentaires permettront de déterminer la validité de ces hypothèses.

Était-il protestant presbytérien ?

Il ne fait aucun doute que les documents attestent le protestantisme de Philip Long. Il s’agit là, à notre connaissance, du seul fait incontestable le concernant qui soit à la fois ancré dans notre histoire orale et confirmé par un document officiel. Gilles Long cite d’ailleurs cette pièce dans son ouvrage De Québec jusqu’à Clair. Ce recensement, ordonné par Mgr Plessis, mentionne un certain « Phili Loan » — identifié par nos analyses comme étant notre ancêtre — enregistré comme « protestant » [voir le chapitre 6 pour plus de détails]. Nous ne pouvons spéculer, à ce stade, sur une éventuelle conversion au catholicisme avant son décès en 1832.

Qu’il soit d’origine écossaise ou britannique, son mariage dans une église anglicane avec une catholique confirme presque assurément son appartenance au protestantisme. Toutefois, sa dénomination exacte au sein de la Réforme reste sujette à débat. Gilles Long relève dans son ouvrage plusieurs mentions qualifiant le mariage de Philip et Marie-Julie de « légitime », ce qui indique que l’union avait été reconnue par l’Église catholique. Rien ne prouve que Philip se soit converti de son vivant. Il fut néanmoins inhumé dans le seul lieu de sépulture alors disponible près de Clair : le cimetière de la mission de Sainte-Luce, de confession catholique. [Note : Mgr Lang fut le premier à identifier l’emplacement exact de la sépulture de Philip et Marie-Julie à Sainte-Luce.]

On sait que des accords ou des tolérances existaient entre les autorités anglicanes et l’Église catholique pour autoriser les mariages mixtes, comme celui célébré à la cathédrale de la Sainte-Trinité. Les liens liturgiques entre ces deux Églises étaient alors plus étroits qu’avec d’autres confessions dissidentes, l’anglicanisme revendiquant, tout comme Rome, la succession apostolique. Des recherches complémentaires permettraient de déterminer si de tels mariages étaient fréquents à la cathédrale à cette époque et si ces dispenses étaient réservées aux seuls anglicans ou ouvertes à l’ensemble des protestants.

Le lecteur se demandera peut-être pourquoi cette question est si cruciale. En réalité, si Philip était anglican (et non luthérien ou adepte d’une autre branche du protestantisme), il est difficile d’imaginer qu’il ne fût pas d’origine anglaise. L’Église d’Angleterre était aux Anglais ce que l’Église presbytérienne était aux Écossais : leur Église nationale. À cette époque, les échanges entre ces confessions étaient rares, et les clivages sociaux, teintés d’ethnocentrisme, étaient monnaie courante. Donald Long, dans son ouvrage Origins, avance d’ailleurs un argument convaincant : le loyalisme et la religion étaient alors intimement liés.

Par ailleurs, les relations entre anglicans et presbytériens n’ont jamais été particulièrement cordiales. Cette tension était palpable dans l’Amérique coloniale, notamment en Pennsylvanie : « Les six comtés [d’Irlande du Nord], largement vidés de leurs populations autochtones et peuplés de protestants anglo-écossais un siècle plus tôt, ainsi que les deux comtés septentrionaux d’Antrim et de Down, déjà majoritairement écossais, commencèrent à s’agiter. L’establishment anglican, qui excluait les presbytériens de la pleine citoyenneté, constituait un grief majeur, d’autant plus que le presbytérianisme était la religion officielle de leur patrie écossaise. »

Ainsi, les conclusions de Mgr Lang reposent sur une déduction : Philip était probablement presbytérien parce qu’il était d’origine écossaise. Il écrit d’ailleurs (page 14) : « d’après les informations les plus plausibles, il est né en Écosse, de parents protestants, vers 1757 » [traduction libre]. Cependant, à la page 18, nous apprenons que si certains le croient né en Écosse, d’autres soutiennent qu’il a vu le jour à Philadelphie. Ce même passage révèle le fondement de la thèse de Mgr Lang : « Nous savons avec certitude qu’il était protestant, probablement presbytérien, comme la plupart des Écossais de son époque. » Comme beaucoup d’entre nous, Mgr Lang souhaitait ardemment compléter le récit de cet ancêtre, mais déduire une confession religieuse à partir d’une simple présomption d’origine ethnique ne saurait constituer une preuve historique.


En définitive, nous devons nous en tenir au seul fait avéré concernant Philip : il était protestant, de confession presbytérienne ou anglicane. Nous invitons le lecteur à se forger sa propre opinion à la lumière de ce passage, ainsi que des sections pertinentes des ouvrages de Donald Long (Origins) et de Gilles Long consacrées à notre ancêtre.

A-t-il émigré avec ses parents vers les colonies américaines et la Nouvelle-Angleterre ?

L’ouvrage Origines de Donald Long explore cette question en profondeur ; nous suggérons au lecteur de s’y référer comme point de départ. Mes propres recherches, menées au fil des ans pour identifier des sources attestant de la traversée transatlantique de Philip, sont demeurées vaines. Dans ce contexte, il est difficile de contester la tradition orale ou de proposer des alternatives, puisqu’il est actuellement impossible de confirmer ou d’infirmer ces informations.

Quant aux pistes de rechange, un seul élément nous permet de jauger la validité de nos hypothèses. Cet élément — détaillé plus loin dans cet ouvrage — est l’enrôlement de notre ancêtre, soit dans les West Florida Royal Foresters en 1780-1781, soit dans le King’s American Regiment durant l’été ou l’automne 1782. Comment un émigrant européen, arrivé entre sa naissance et 1780, aurait-il pu se retrouver à Pensacola, en Floride-Occidentale britannique, ou à Savannah, en Géorgie ? C’est l’objet de nos recherches incessantes : établir un lien entre ces données historiques apparemment décousues.

Il est probable que Philip, seul ou accompagné de ses parents, ait débarqué dans l’un des ports suivants : Falmouth (aujourd’hui Portland, dans le Maine), BostonPhiladelphieBaltimore ou New York. Au fil des ans, les chercheurs ont dépouillé de nombreuses listes de passagers ; voici celle dressée par Ghislain Long, recensant les candidats potentiels pour Philip ou ses frères et sœurs.

De nombreuses sources ont été consultées pour repérer le patronyme Long en Pennsylvanie. Nous renvoyons le lecteur à l’annexe 15.

La Pennsylvanie constitue de loin la piste la plus sérieuse pour les chercheurs souhaitant retrouver notre ancêtre, si l’on se fie à la tradition orale. Malgré les nombreuses incertitudes entourant la validité de ces témoignages, cet axe demeure le plus prometteur à ce jour et doit rester une priorité de recherche. Malheureusement, même les dates issues de la tradition orale ne nous sont que d’un faible secours dans cette quête, comme nous le verrons dans la section suivante.

À ce stade, il est impossible d’écarter certains candidats tant que nous n’aurons pas établi avec plus de précision l’année de naissance probable de Philip Long. Ce point fera d’ailleurs l’objet d’une analyse détaillée dans l’une des sections à venir.

Est-il né à Philadelphie ou y a-t-il seulement vécu ?

Le lecteur le comprendra sans doute, le principal défi de la tradition orale réside dans son imprécision. Mgr Lang présente deux avenues, les laissant, en substance, aussi plausibles l’une que l’autre. Je sais que mon frère Ghislain a longtemps cru que Philip était né à Philadelphie. Faute de preuves, il a ensuite exploré d’autres pistes, situant sa naissance à New York, en Virginie, en Caroline du Nord et, finalement, en Géorgie. Un homme ne saurait avoir autant de vies, fût-il un « fantôme » généalogique.

La ville de Philadelphie a toujours bénéficié d’un fort a priori favorable au sein de la famille comme lieu de naissance probable. Pourtant, aucune mention de cette ville n’apparaît dans la correspondance adressée aux Archives nationales entre 1930 et 1975 ; il est donc difficile de déterminer à quel moment cette hypothèse a été privilégiée pour documenter les origines de Philip. Nous savons — et Donald Long a fourni de nombreuses recherches à ce sujet — que le patronyme Long est très répandu en Pennsylvanie. Malheureusement, la grande majorité des Long ou Lang de cet État sont d’origine allemande ou palatine. Or, aucun de ces groupes ethniques n’a jamais été associé à la description de notre ancêtre dans les récits familiaux. Bien sûr, si l’origine écossaise est mise en doute, l’hypothèse allemande pourrait être envisagée, bien que nous la jugions extrêmement improbable. Il est toutefois rassurant de noter, d’après Origins, que les Scotto-Irlandais (Scots-Irish) étaient également présents en grand nombre en Pennsylvanie, nous offrant ainsi un cadre de référence plus cohérent avec la tradition.

Confirmer que Philip a vu le jour ou vécu à Philadelphie représenterait une avancée majeure. En tant que centre urbain délimité de l’Amérique coloniale, Philadelphie permet une recherche beaucoup plus ciblée que l’ensemble de la Pennsylvanie. En restreignant notre champ d’investigation aux dates clés, nous pourrons affiner davantage nos résultats.

A-t-il accompli son acte de bravoure à l’âge de 18 ans ?

Selon Mgr. Lang dans son livre Mon Ancêtre Philip Long, les informations sur les origines de Philip Long peuvent être résumées comme suit :

«Pour situer aussi exactement que possible, dans son temps, l’homme remarquable que fut Philip Long, il importe de dire tout de suite que d’après les renseignements les plus plausibles, il serait né en Écosse, de parents protestants, vers l’année 1757. Dans son jeune âge il aurait émigré dans les États de la Nouvelle-Angleterre, demeurant à Philadelphie.

Selon la tradition orale, seule source de renseignements à ce sujet, Philip avait dix-huit ans lorsqu’il a accompli un acte de bravoure sensationnel, un acte d’héroïsme.

Or dans une de ses lettres, dont nous parlerons plus tard, il fait nettement allusion à cet acte de br

Il fait d’ailleurs explicitement référence à cet acte de bravoure accompli en 1775 dans l’une de ses lettres.

Cette section du livre de Mgr Lang nous montre, comme nous l’avons souligné dans les sections précédentes, que l’histoire orale peut présenter plus de difficultés que de réponses lorsqu’il s’agit de retracer les origines de ses ancêtres :

Le mélange de faits avérés (par exemple, une ascendance écossaise) et de faits potentiellement déduits (par exemple, « presbytérien protestant » plutôt que « protestant ») soulève des interrogations quant à la crédibilité du récit ; il s’agit toutefois d’histoire orale et elle doit être considérée comme telle.

Jeune homme, Philip aurait émigré vers les colonies américaines, dans la région de la Nouvelle-Angleterre, et aurait vécu à Philadelphie. Le terme « jeune homme » n’est jamais défini dans l’ouvrage de Mgr Lang. L’ouvrage de Lang, ainsi que mes propres souvenirs de conversations avec Rosario Lang ou Ghislain Long, n’ont jamais restreint la notion de « jeune » à un âge précis ; par conséquent, Philip aurait pu avoir n’importe quel âge inférieur à 18 ans et être considéré comme un jeune. En revanche, à la lumière des recherches dont nous disposons désormais, il apparaît que cet acte de bravoure est très certainement survenu à un âge plus avancé

Quant à l’acte de bravoure et d’héroïsme accompli par Philip, nous connaissons cet acte grâce au recensement de Deane et Kavanagh, mais la date de celui-ci demeure incertain.

1757 – date possible de la naissance de Philip Long

L’année de sa naissance — 1757 — est manifestement une déduction et non un fait établi par la tradition orale. Après une lecture attentive de l’ouvrage de Mgr Lang, il apparaît clairement qu’il s’agit du résultat d’un calcul : la soustraction de l’âge de Philip (18 ans) à la date où il aurait commencé sa participation à la Révolution américaine, soit 1775.

À notre humble avis, la date de 1775 peut être interprétée d’une autre façon. Mgr Lang a raison de souligner que Philip Long mentionne cette année dans sa lettre au gouverneur Drummond en 1816. Toutefois, le texte de cette missive est explicite : Philip y fait référence comme au début de ses « épreuves et tribulations » en tant que loyaliste, sans mentionner son acte d’héroïsme, ni même le début d’un service militaire formel au nom de la Couronne cette année-là. Cet acte a donc pu être commis en 1775 ou ultérieurement, par exemple lors de son enrôlement entre 1780 et 1781. Bien qu’il soit impossible de trancher, nous ne pouvons affirmer avec certitude que 1775 soit l’année de son exploit, même s’il est peu probable qu’il ait eu lieu avant cette date.

Les écrits de Mgr Lang reposent principalement sur la tradition orale concernant l’acte de bravoure de Philip à l’âge de 18 ans. Il convient de respecter cette information, car aucun élément connu ne la contredit formellement. Toutefois, des difficultés surgissent lorsqu’on tente de concilier cette tradition avec les documents d’archives pour établir la crédibilité de ce point précis. Nous consacrerons les pages suivantes à l’étude de ce récit.

Notre point de départ est la description de l’acte de bravoure de Philip. Nous la reproduisons d’abord dans sa version originale, suivie d’une traduction libre. Voici le récit de Mgr Lang sur cet épisode charnière de la vie de notre ancêtre :

« Du côté des Loyalistes, Philip Long, jeune homme fort, robuste, âgé de dix-huit ans seulement, connu pour sa bravoure, son audace même, offrit ses services pour la fonction d’éclaireur.  Il fut alors envoyé dans le secteur le plus dangereux, le plus surveillé par les sentinelles ennemies, afin d’y recueillir des informations précieuses pour les siens.

Parti donc à l’aventure pour accomplir sa mission délicate et ultra dangereuse, le jeune « éclaireur » tomba à l’improviste sur un groupe d’émissaires ennemis, composé de soldats patriotes et d’indiens (sauvages) au pied agile, transportant un précieux colis (sac de malle) contenant des ordres secrets militaires envoyés à leurs armées en campagne.

Vif comme l’éclair, le jeune éclaireur Philip, que les soldats ennemis avaient pris pour un coureur des bois ordinaire saisit le précieux « sac de malle », sous les yeux ébahis et stupéfiés des gardiens, et s’enfuit avec la rapidité du chevreuil affolé, dans la forêt épaisse de ces temps-là.

Il va sans dire que les Indiens au regard perçant, et au pied agiles, ainsi que les soldats de garde ainsi mystifiés, saisis de fureur à la vue de ce qui venait de se passer sous leurs yeux, se lancent à la poursuite du rapide éclaireur de l’armée ennemie. Divisés en plusieurs escadrons, les pourchasseurs prennent chacun une direction différente, bien déterminés à capturer le téméraire ravisseur.

Mais dès le début de la fuite dans la forêt, notre héros avait déjà pris une avancée remarquable sur les ardents poursuivants, et était hors d’atteinte immédiate. Il erra dans la forêt dense pendant trois jours et trois nuits, sans nourriture autre que des petits fruits sauvages, escaladant montagnes et collines abruptes, traversant ruisseaux torrentueux et rivières, sans se lasser, pour échapper définitivement à la meute lancée à sa poursuite, et bien déterminé à le capturer.

Malgré un épuisement total, notre héros de dix-huit ans, avec la joie sereine du triomphateur, livra son précieux colis de dépêches, documents ultra secrets, à ses chefs militaires, leur procurant d’inappréciables avantages.

Pour un coup d’audace, de bravoure, digne des exploits des commandos de nos jours, c’en était un de taille.”  [xii]

[Traduction libre]

« Du côté loyaliste, Philip Long, un jeune homme robuste de dix-huit ans, réputé pour sa bravoure, voire son audace, offrit ses services comme éclaireur. Il fut envoyé dans un secteur des plus dangereux, étroitement surveillé par l’ennemi, afin d’y recueillir de précieux renseignements.

Notre jeune éclaireur partit à l’aventure pour accomplir sa mission difficile et périlleuse, mais il tomba sur un groupe d’émissaires ennemis, composé de patriotes et d’Indiens rapides comme l’éclair, qui transportaient un précieux paquet de courrier contenant des ordres militaires secrets pour les armées patriotes stationnées dans la région.

Rapide comme l’éclair, Philip, notre jeune éclaireur, que les troupes ennemies avaient pris pour un simple éclaireur, s’empara du sac de courrier, sous le regard vigilant mais surpris de ses gardes, et s’enfuit dans la forêt dense comme un cerf pris de panique.

Tous, des agiles Indiens au regard perçant aux gardes encore abasourdis, se lancèrent à la poursuite de notre héros, furieux de ce qui venait de se produire sous leurs yeux. Ils se séparèrent en plusieurs groupes. » Poursuivi de toutes parts par des assaillants déterminés à capturer notre as de l’évasion, notre héros, pourtant, avait pris une avance considérable dès le départ, se trouvant ainsi hors de portée immédiate. Il erra dans la forêt pendant trois jours et trois nuits, sans autre nourriture que quelques baies, escaladant des montagnes et traversant des ruisseaux sans se fatiguer, jusqu’à échapper complètement à ses poursuivants.

Malgré l’épuisement total de ses aventures, notre héros de dix-huit ans, avec une immense joie et un sentiment de triomphe, remit son précieux sac de courrier secret à ses chefs militaires, leur offrant ainsi un avantage inestimable.

Ce récit regorge de détails pittoresques et palpitants qui captivent l’imagination. S’agissant d’une tradition familiale, un chercheur objectif pourrait être tenté d’en rejeter une grande partie, n’y voyant que le zèle de descendants désireux de glorifier leur aïeul. Personnellement, j’apprécie le ton et la richesse de ce texte : coloré et divertissant, il témoigne d’un profond respect pour la mémoire orale. Bien que certains aspects soient probablement romancés, nous savons aujourd’hui que ce récit repose sur une part de vérité non négligeable.

Le cœur de cet exploit réside dans l’interception d’un important pli de courrier destiné aux Patriotes américains et son transport vers le camp britannique afin de leur assurer un avantage militaire. Une preuve documentaire de cet acte figure d’ailleurs dans le rapport Dean et Kavanagh de 1831. S’appuyant vraisemblablement sur des témoignages contemporains de Philip Long, ces auteurs ont consigné le passage crucial suivant :

« La propriété de North Bank appartient à Philip Long, qui aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et qui, depuis lors, a été employé jusqu’à il y a quelques années, à transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec. Il a commencé à s’y installer en 1828 et y réside toujours. » [xiii]

Quel passage extraordinaire ! Comme nous aimerions disposer d’un récit de première main, relatant cette histoire telle qu’elle fut vécue par le héros lui-même !

Pour illustrer l’importance d’un tel acte, citons William Smith dans son ouvrage Histoire du service postal en Amérique du Nord britannique :

« De 1779 à 1782, neuf paquebots stationnés dans les différents comptoirs d’Amérique du Nord furent capturés, et sept furent plus ou moins gravement endommagés. On peut se faire une idée de l’ampleur des dégâts causés au service de paquebots pendant la guerre d’Indépendance en constatant que, sur les cinq navires stationnés à New York en 1777, quatre furent pris et un endommagé. Sur le sixième comptoir indien, quatre furent pris et un endommagé, et sur les trois navires stationnés en Caroline, deux furent pris. L’importance de ces faits et leur influence sur l’issue de la guerre n’ont pas encore reçu l’attention qu’ils méritent.» [xiv]

Mgr Lang a écrit que ce pan de l’histoire orale s’était transmis de génération en génération ; son texte est, sur ce point, sans équivoque. Il s’est appuyé sur un document unique pour étayer cette tradition, affirmant que Philip avait bien dix-huit ans au moment de son exploit. Dans une lettre adressée au gouverneur Drummond en 1816, Philip Long écrivait :

Dans cette missive, Philip exprime avec émotion la détresse de sa situation et de celle de sa famille. Le passage crucial pour notre analyse est celui où il mentionne : « Nombre de personnes respectables savent combien j’ai fait et souffert depuis 1775 pour mon roi et ma patrie… ».

Figure 2 – Lettre de Philip Long à Sir John Coape, Lord Sherbrooke, Gouverneur général, datée du 4 septembre 1816.

Il s’agit du seul document connu où Philip mentionne une date aussi charnière que 1775. Mgr Lang a interprété cette mention comme le signe que Philip était entré en guerre à ce moment précis. En croisant cette date avec la tradition orale — qui rapporte que Philip avait 18 ans lors de son acte de bravoure —, il devint logique de déduire qu’il était né vers 1757. Cette déduction est au cœur de la conviction, partagée par Mgr Lang, selon laquelle Philip serait né cette année-là, à l’exclusion de toute autre.

En l’absence de preuves contraires, il est difficile de rejeter la tradition orale concernant son âge. Cependant, nous estimons que cette version est, à tout le moins, sujette à caution pour les raisons suivantes :

  • L’image de la jeunesse : Plusieurs générations de Long ont pu se convaincre que cet exploit datait de ses 18 ans, car la vigueur physique décrite par Mgr Lang semble indissociable de la jeunesse.
  • Les règlements militaires : L’âge légal d’enrôlement était fixé à 18 ans, même si nous savons aujourd’hui que des recrues plus jeunes ont servi durant le conflit.
  • Les conventions sociales : Cela correspondait au cycle de vie de l’époque où l’on apprenait un métier très tôt pour s’enrôler dès 17 ou 18 ans. Il aurait été inconcevable pour la famille de croire que Philip pût avoir 33 ans lors de cet acte (si commis en 1775), ou même 39 ans si l’acte coïncidait avec son enrôlement officiel, au regard de son acte de décès.

Que penser alors de cet âge de 18 ans ? L’hypothèse reste plausible faute de preuves irréfutables. Notre objectif est donc de concilier ce récit avec les preuves documentaires. Mgr Lang a déduit, par un calcul raisonnable à ses yeux, que si Philip avait 18 ans en 1775, il devait être né en 1757. Or, rien ne prouve que l’acte ait eu lieu en 1775 ; il s’agit probablement d’une méprise sur le sens de la lettre de 1816. C’est ainsi qu’une série de suppositions a fini par ériger une hypothèse au rang de fait historique accepté, le livre de Mgr Lang étant longtemps resté l’unique référence sur le sujet.

Nous devons ici préciser notre position : en tant qu’auteur et chercheur, je ne crois plus que 1757 soit son année de naissance. Si cette date est invalidée, l’idée qu’il avait 18 ans lors de son exploit s’effondre — à moins de prétendre que l’acte eut lieu en 1760 !

Une autre possibilité se dessine : Philip aurait pu agir comme messager dès le début du conflit par loyauté envers le gouvernement. Lors de l’invasion du Canada par les Américains en 1775, Hugh Finlay exigea des maîtres de poste un engagement de fidélité et de défense du pays. Presque tous signèrent, marquant le début de la transition vers un système postal exclusivement britannique. Dans cette perspective, l’acte de bravoure de Philip s’inscrit parfaitement dans la lignée des actes de « loyauté » exemplaire valorisés par la Couronne.

Nous estimons que les preuves documentaires en faveur d’une autre date de naissance sont extrêmement probantes. Ces documents sont :

(1) le recensement de 1831 effectué à Clair et

(2) l’acte de décès.

Ces deux sources concordent pour confirmer une date de naissance bien antérieure à 1757, l’année généralement admise et déduite par Mgr Lang dans son ouvrage. Cette nouvelle interprétation chronologique impose une réévaluation complète de l’âge de Philip au moment de son acte de bravoure.

[i] Journal des Missions, sdfsdf.

[ii] Donald Whyte, A Dictionary of Scottish Emigrants To Canada Before Confederation, Ontario Genealogical Society, Toronto, 1986, Volume I : 1986 ; p. 166. Dans le volume I, on trouve une entrée supplémentaire sous Long : « 4712 Archibald Long. A servi dans le 82e régiment et a reçu une concession de terres dans le comté de Pictou, en Nouvelle-Écosse, en 1784. HPC, annexe F. » Dans le volume II, on trouve une seule entrée : « 4358 Long, Christopher. Arrivé au canton de Mosa, comté de Middlesex, en Ontario, vers 1841 ; a partagé le lot 26, 1er rang nord, avec sa famille. Agriculteur. OGF 26, 167. »

[iii] Margaret Stuart, Scottish Family History: A Guide to Works of Reference on the History and Genealogy of Scottish Families, Genealogical Publishing Company, Inc., Baltimore, 1979.

[iv] George F. Black, Ph.D., The Surnames of Scotland: Their Origins, Meaning and History, New York Public Library (Première édition, 1946, Réimpression 1979).

[v] Charles Wareing Bardsley, M.A., Dictionary of English and Welsh Surnames with Special American Instances, Genealogical Publishing Co., Inc., Baltimore, 1980.

[vi] Révérend Henry Barber, M.D., F.S.A., British Family Names, Their Origin and Meaning with Lists of Scandinavian, Frisian, Anglo-Saxon and Norman Names. Réédité par Gale Research Company, Book Tower, Detroit, 1968.

« Long. N.-Fr. (Français normand). De Longa, De Longues; p.n. Également réf. Prot., Longon 1621, dans Rot. Hund. »

[vii] Donald Whyte, Un dictionnaire des émigrants écossais aux États-Unis, page….

[viii] Gilles Long, Depuis Québec Jusqu’à Clair – Mes ancêtres – La Lignée Couillard, 2001..

[ix] Donald Long, Origines, pp. 32-33.

[x] A. G. Bradley, The United Empire Loyalists: Founders of British Canada, Thornton Butterworth Limited, Londres, page 19.

[xi] Mgr. Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, page 14.

[xii] Mgr. Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, pages 19-20.

[xiii] Deane et Kavanagh, Rapport, page 10.

[xiv] William Smith, Histoire du bureau de poste en Amérique du Nord britannique, p. 73.

[xv] Lettre de Philip Long à Lord Sherbrooke, datée du 4 septembre 1816 et écrite à l’extrémité du lac Témiscouata. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 622.

[xvi] William Smith, Histoire du bureau de poste en Amérique du Nord, page 75.