David Higginbotham

Vous êtes-vous déjà demandé comment Philip Long avait choisi les témoins de son mariage ? Qui étaient ces hommes qui ont signé le contrat de mariage aux côtés de nos deux mariés ?

L’un d’entre eux, David Higginbotham, entretenait probablement des liens très étroits avec Philip. On peut même avancer l’hypothèse que Philip fut l’un de ceux qui remplacèrent Higginbotham dans la fonction qui l’avait fait connaître du gouverneur Haldimand : celle de messager (ou « courier »).

source: signature de david higginbotham sur le certificat de marrriage de philip long et marie-julie couillard-després, quebec, 1792.

Nous avons découvert à la bibliothèque Hariet Irving de l’Université de Fredericton, un document d’une importance primordiale pour comprendre l’historique du poste de relais à la tête du lac Témiscouata.  D’après Nive Voisine dans son étude sur l’Histoire du Portage du Canada, le portage entre le Saint-Laurent et le lac Témiscouata avait toujours été important, soit pour les Français durant leur règne, ou les Britanniques après la conquête.  Nous parlons sur une autre page du portage et nous encourageons le lecteur à relire ces informations.

David Higginbotham était courrier du roi et plus tard un marchant.  Nous ne savons pas si son trajet était limité au parcours Québec – Halifax ou plutôt Québec-Montréal-New York.  Mais nous savons que celui-ci se distingua durant la guerre d’Indépendance américaine vis-à-vis ses supérieurs, en particulier, Frederik Haldimand qui était commandant en chef de tout le Canada de l’époque.  Pour récompense, Haldimand fit octroi de terres à la tête du lac Témiscouata à Higgenbotham pour que celui-ci « s’y établissent et assurent le transport des malles dans le Portage ».  Nous n’en savons pas plus sur Higgenbotham et combien de temps il a passé à faire cette navette et à vivre à la tête du lac Témiscouata. 

Par contre, le fait qu’il fut donné un octroi eu des conséquences importantes pour Philip Long.

Premièrement, la terre située à la tête du lac Témiscouata devint un emplacement stratégique, d’autant plus que le gouvernement britannique devait impérativement garantir la sécurité des voies de communication et du transport du courrier entre Halifax et le siège du conseil militaire à Québec. Nous apprenons d’ailleurs, dans l’ouvrage de William Smith, History of the Post Office in British North America, que : « The stoppage of service to New York made it necessary to provide otherwise for the maintenance of the connection with Great Britain. »

Un peu plus loin, l’auteur précise : « At this period and for a long time afterwards, this route presented many difficulties. It was very long, and at certain seasons the natural obstacles in the way of travel were nearly insuperable. The connecting links between the Maritime provinces and Quebec were the portages between the waters running into the St. Lawrence and those running into the St. John river. Of those there were several, but the one which was adopted ran from Notre Dame du Portage, a few miles west of Rivière-du-Loup, in a south-easterly direction until it reached lake Temiscouata. »

Enfin, un passage particulièrement intéressant nous révèle les raisons pour lesquelles Haldimand choisit de récompenser Higginbotham :


« Indeed, in January 1763, before the peace was signed, Haldimand had taken steps to establish a road between Canada and Nova Scotia.  He sent a surveyor with two hundred men down to work on the Temiscouata portage, and at the same time urged governor Parr of Nova Scotia to do what was necessary to facilitate travel in his province.

Haldimand had observed that a considerable part of the expense of a mail service by this route arose from the extortionate charges for guides and forwarding, which were made by the Acadians settled at Aupaque, a few miles above Fredericton.  His plan, therefore, was to father into his own hands all the agencies for transportation on the route; and with that end in view, he proposed to establish some experienced men at the head of lake Temiscouata, with canoes and other facilities for travel, whose business it should be to convey passengers and mail couriers across the lake, down the Madawaska rivers, and on down the St. John river as far as Grand Falls, where he intended to settle another post. »

Ces passages sont importants puisque nous apprenons l’importance accordé au poste de relais à la tête du lac Témiscouata, et donc l’importance du rôle que Philip et sa famille allait jouer plus tard.  Mais c’est aussi important pour une autre raison – pour réduire les coûts du transports des malles, Haldimand allait mettre en place des gens sous le contrôle du governement, des gens de confiance, des soldats et ou commerçant allier à la couronne. 

Ce passage présage les difficultés que Philip allait avoir avec les autres courriers Acadiens avec cette histoire de « délais dans le transport » de la malle.  Quelle histoire!  Dans cette voie, on comprend mieux les motivations du gouvernement a accordé, après tant d’années de déplacements forcés, de permettre aux Acadiens de Aupaque, entre autres des Cyrs qui furent nos ancêtres, à venir s’installer dans le Madawaska.  Voiçi ce qu’en dit Smith:

« From an Acadian courier, named Mercure, whom Haldimand frequently employed to convey despatches to Halifax, he learned that a number of Acadians desired to take up land on the upper St. John, in order that they might be nearer ministers of religion, in the parishes on the St. Lawrence.  The plan was to place these Acadians on the lands along the river from Grand Falls up to lake Temiscouata, and it was hoped that the settlement thus formed would extend eventually to the St. Lawrence. »

Il est donc clair que cette parcelle de terre sur laquelle Philip allait s’établir en 1808 était stratégique pour les voies de communications et importantes pour des raisons de sécurité militaire – probablement le même raisonnement qui poussa Philip à s’établir devant l’embouchure de la Fish River, connue aparavant sous le nom de La décharge, à Clair!  Nous y reviendrons.

Deuxièmement, Philip avait toute la liberté de défricher et d’exploiter autant de terres qu’il le souhaitait autour du lac Témiscouata. L’ampleur des difficultés auxquelles il a dû faire face nous est révélée dans le rapport du major Elliott sur les stations de relais du lac Témiscouata, daté d’août 1823 

« August 1823 by Major Elliot

Lake Temiscouata

At the Eastern extremity of the Portage which is about 36¾ english miles in length, is Long’s farm, this man, receives a pension of two shillings per day from his Majesty’s Government and in the year 1809 was directed by Finlay, Post Master General of Canada, to established himself on the most convenient spot at the extremity of the Portage (as appears by a letter of that date) to facilitate the conveyance of the mails, in consequence of which he fixed himself at this present place of residence, and although repeatedly promised has never got a grant of land, says that Col. Fraser on whose seignority he is, has assured him he shall not be disturbed in the possession, nor shall he expect any rent from him, but if his son or any part of the family remain on it they will have to pay a rent. »

On peut lire clairement que Philip Long avait tenté pendant longtemps d’obtenir des octrois de terres, sans succès. La seigneurie appartenait alors au colonel Fraser (un autre loyaliste). Il semble possible que les terres sur lesquelles Philip avait vécu ne pouvaient lui être octroyées, car elles n’appartenaient pas non plus au seigneur Fraser.

De plus, le document de R. Mathews, daté du 27 octobre 1828, a été enregistré après que Philip eut quitté le lac Témiscouata — quelques mois plus tard seulement, puisque nous savons par le rapport Deane et Kavanagh que Jean-Baptiste Long avait déménagé à la Petite Décharge à l’automne 1827. Est-il possible que Philip n’ait quitté le lac qu’après avoir reçu la confirmation que ces terres ne pourraient jamais lui être cédées ? Celles-ci appartenaient peut-être encore (1) à David Higginbotham ou à ses descendants, (2) étaient retournées à la Couronne, ou (3) avaient été transférées au seigneur Fraser avec la seigneurie de Témiscouata. Des recherches plus approfondies seront nécessaires pour établir la vérité à ce sujet.

Ce passage permet de comprendre la nécessité pour le gouvernement de s’assurer que Philip puisse exploiter un poste de relais doté de tout le nécessaire pour l’époque, afin d’assurer le transport du courrier et des voyageurs sur le lac et dans le Portage. Ce n’était pas une mince compensation — même si le lac Témiscouata pouvait sembler être le bout du monde en 1808 ! Les délais, la nature sauvage, le climat : tout s’acharnait contre les hommes qui voulaient s’établir dans la région.

Notre intérêt pour l’octroi de David Higginbotham réside dans le lien entre celui-ci et les difficultés rencontrées beaucoup plus tard par Philip, lorsqu’il voulut obtenir les titres de ces terres à la tête du lac où il avait passé tant d’années.

Le gouvernement avait déjà octroyé la terre à David Higginbotham, mais pendant longtemps, nous ne savions pas si ce dernier en avait transféré les titres à un tiers, ou s’il les avait simplement perdus par négligence ou pour une autre raison.

Gilles Long a découvert de la Gazette de Québec de l’époque, l’annonce de la vente de cette terre par David Higginbotham en 1799. En voici l’image:

Qu’est-il devenu des titres sur les terres? Une chose est certaine : le gouvernement devait bien connaître l’historique de ces octrois, surtout pour une parcelle aussi stratégique. Nous coryons que c’est le gouvernement qui a soit acheté ou repris les titres sur ces parcelles de terres car plus tard en 1808, on demanda à Philip Long de s’installer à cet endroit sans avoir de craintes de se faire bousculer pour le défrichage ou l’utilisation de celles-ci pour ses fins (environs 500 acres furent mentionnés).

Cette situation avec la question des titres légaux explique sans doute les difficultés de Philip qui, ultimement, dut s’avouer vaincu. C’est alors qu’il vendit à Joseph Bouchette et à Alexandre Fraser les terres que lui et ses fils avaient défrichées autour du lac, afin d’en obtenir d’autres au sud-ouest de la seigneurie de Témiscouata (probablement dans les environs des lacs Long et Glazier, ainsi qu’à Saint-Jean-de-la-Lande). L’emplacement exact de ces nouvelles terres reste toutefois incertain.

Si les titres de Higginbotham n’avaient pas été rétrocédés à la Couronne ou éteints pour quelque autre motif, il aurait été impossible pour le gouvernement d’acquiescer à la demande de Philip, même s’il l’avait souhaité. Un titre accordé par le roi est indivisible et ne peut être révoqué que par la Couronne (par voie de justice, par exemple).

Nous ne savons pas si Philip connaissait l’existence des titres de Higginbotham, mais nous pouvons supposer que les deux hommes étaient assez proches. Par conséquent, ses démarches pour obtenir les mêmes droits que Higginbotham auraient certainement impliqué son ancien ami, si celui-ci était toujours vivant. Enfin, il doit exister une chaîne de titres ininterrompue pour ces terres, allant de l’octroi initial à Higginbotham jusqu’à nos jours.

Enfin, dans l’ouvrage du centenaire de Cabano, on mentionne que « l’hôtellerie de Long était en face du fort Ingall ». Il nous semble probable que le fort Ingall ait été érigé sur les rives du lac, tandis que l’hôtellerie de Long se trouvait vis-à-vis, précisément parce que les terrains accordés à Higginbotham étaient retournés dans le domaine de la Couronne, laquelle n’en avait jamais autorisé le transfert à un autre citoyen. Cette hypothèse expliquerait, du moins en partie, cette configuration.

source: album centenaire de cabano, page 11.
source: Joseph Bouchette, Carte topographique du canada, 1815. on peux voir la mention de long sur la carte ou le portage rencontre le lac.

Ces deux cartes ont été découvertes par Gilles Long dans ses recherches aux Archives à Québec, et j’en ai obtenu des copies hautes résolutiois des Archives nationales à Ottawa. La première carte de Joseph Bouchette datée en 1839 montre clairement la tête du lac Témiscouata et l’entrée du Portage du Grand Portage (Portage road). Dans la deuxième image, on peux voir clairement l’emplacement de ce qui était encore connue comme un hôtel et un bureau de poste (trad. Inn and Post House). C’est merveilleux de voir une carte aussi précise avec lemploacement de la maison et la ferme de Philip Long. A la droite de l’hôtel et de l’autre côté du petit ruisseau, on peux voir aussi que des parcelles de terres substantielles avaient été défrichés – c’est l’emplacement acctuel du Fort Ingall.

Il est également possible que, lorsque la décision de construire un fort fut prise, Philip ait accepté de céder une portion de son terrain pour les besoins des travaux. Si l’on se fie à la carte de Bouchette de 1839, il est clair que la ferme de Long était près du lac à une certaine époque, et que le fort ait ensuite été construit sur cette terre fertile riveraine. La maison et les bâtiments destinés aux voyageurs seraient alors demeurés la propriété de Philip, bien qu’étant situés à une certaine distance de la rive, et ce jusqu’en 1827 avant le départ de Philip et sa famille.

Voici la retranscription de l’acte d’octroi des terres situées à la tête du lac Témiscouata à David Higginbotham :

Musée du Nouveau Brunswick, répertoire numéro 209.  Papiers originaux, sept pages, 1784.  Puisé des documents personnel de David Higgenbotham, courrier durant la guerre d’Indépendance.  Octroi du Général Haldimand à Higgenbotham de terres à la tête du lac Témiscouata en récompense du travail à transporter les malles entre Québec et la Nouvelle-Écosse durant la guerre.  1784.

1784

Hi Excellency Sir James Kempt, Knight Grand ? of the most Honorable Military Order of the Bath, Lieutenant General and Commander of all His Majesty’s Forces in the Provinces of Lower Canada and Upper Canada, yeh yeh yeh, and Administrator of the Government of the said Province of Lower Canada.

To all who these presents may concern,

         These are to certify and make known that Andrew William Cochran, whose name is subscribed to the Certificate hereonto annexed, relating to the accompanying Documents marked A & B, was on the thirtieth day of September now last past, the Civil Secretary of Government in this Province and that full faith and entire ? it are due and ought to be given to all his Acts and deeds in that capacity; and I further certify that as such Civil Secretary he had the custody of the correspondence and other documents and archives of the Office of the Governors in Chief or persons who have administered the Government of this Province.

Given under my Hand and the Great Seal of the Province of Lower Canada hereunto affixed, at the Castle of St Lewis in the City of Quebec, the twenty seventh day of October one thousand and eight hundred and twenty eight and in the ninth year of His Majesty’s Reign.

By His Excellency’s Command,

D. Darling,

Military Secretary

To all whom it may concern,

These are to certify that these papers hereunto annexed marked A&B, are respectively true copies of Documents which were found deposited among the Records of the Office of the Civil Secretary of the Government of this Province during the time that I held that situation; that General Haldimand whose name “Fred. Haldimand” is subscribed to the Paper marked B was at the date thereof to Wit, on 17 July, 1784, Governor General Commanding in Chief in this Province then forming parts of the Province of Quebec, and that Major Robert Matthews, whose name “ R. Mathews” is countersigned to the said paper marked B, and also subscribed to the Document marked A appears by the Military Returns of the Month of November 1784, to have been at that time then Secretary of the said Commander in Chief.

         I do further certify that the original indoresements on the said Documents to found deposited in the Civel Secretary’s office, which indorsements are respectively copied on the said papers hereunto annexed, appear to be in the hand writing of Hugh Finlay, Esquire, who was Deputy Post Master General of British North America (resideing in Qeubec) from the year 1784 to 1791, and whose hand writing is well known from many original letters and documents from him recorded in the said office of the Civil Secretary.  And lastly that the said Hugh Finlay appears by the correspondence in the said office to have been employed as such Deputy Post Master General in the Summer of the year 1785, the Works which were there performing at the expenses of the government of the said Province of Quebec, upon the Temiscouata Portage, and to have then received the said Documents herein before referred to from the person named David Higginbotham to who they relate.

Civil Secretary’s office

Quebec, 30th September 1828

Andrew Cochran

Civil Secretary

David Higginbotham, latter a Corporal in the 31th Regiment of Foot.

A

By order of his Excellency the Governor and Commissioner … I transmit to you the enclosed permission to settle upon and cut tracts of a lot of land at the Lake Temisouata and also to tracts in that quarter.

This indulgence is granted to you by his Excellency in consequence of your merited diligent and fruitful conduct in the service wherein you have been employed during the War and as a further testimony of his Excellency’s appreciation.

You are hereby recommisioned? to His first? And good offices of His Majesty’s Officers, Civil and Military, to whom you may have occasion to have recourse for assistance.

By his Excellency’s Commission,

Signed     R. Mathews

Major Mathews to David Higginbotham

Certificate of his good behavior during the American Troubles

B

General Harldimand’s permission dated 17th July, 1784 to David Higgenbotham to settle upon and cultivate a lot of Land at the end of the Portage on the Lake Temiscouata, to facilitate the conveyance of government dispatches to and from Nova Scotia.

St. John Mechans’ Institute, From J. W. Launier, 1878.

By His Excellency, Frederick Haldimand, General and Commander in Chief of his Majesty’s Forces in the Province of Quebec and Territories thereof.

The Bearer hereof, David Higgenbotham, late Corporal in the 31 st Regiment being discharged from his Majesty’s Service, with my permission, and is hereby authorized to settle upon, and cultivate a lot of Land (marked out for that purpose by the Deputy Surveyor General) at the end of the Portage of the Lake Temiscouata, as a reward for fruitful services, and at the same time to facilitate the conveyance of Government dispatches between the Province of Nova Scotia and Quebec.  The said David Higgenbotham is also hereby ? to carry or trade with the Indians, and others in that quarter according to the laws and regulations of the Province.

The permission herein given being only a temporary reward for the services of the Bearer, it is further intended to serve as a claim for the portion of land granted by his Majesty’s Instructions to Discharged non-commissioned officers and their families, whenever it shall be thought expedient to settle the lands where the communications between this Province and Nova Scotia, at which period, if not wanted for the king’s service it is recommended that the Lot herein mentioned be granted to him.

Given under my hand, and seal at Quebec this 17th day of July, 1784.

Signed

Fredrick Haldimand

By his Excellencys command

Signed

R. Mathews

Acte de 1784 portant cession d’une parcelle de terre à David Higginbotham, au lac Témiscouata, par le général Haldimand.

Lettre de Mathews