Courrier et aubergiste au lac Témiscouata (1809-1814)

Cette période marque un tournant décisif dans l’établissement de la famille Long. En s’installant à l’extrémité nord du lac Témiscouata, Philip ne devient pas seulement un colon ; il devient le maillon essentiel d’une chaîne de communication vitale pour l’Empire britannique en Amérique du Nord.

Pendant ces cinq années, il cumule deux fonctions stratégiques :

  1. Maître de poste et courrier : Responsable du transfert des maux et des dépêches militaires entre le Bas-Canada et les Maritimes, un rôle dont l’importance s’accroît considérablement avec le déclenchement de la guerre de 1812.
  2. Aubergiste de la route du Portage : Sa ferme devient un refuge indispensable pour les voyageurs, les officiels et les troupes de passage, offrant gîte et couvert dans l’une des régions les plus isolées et inhospitalières de la colonie.

C’est au cours de ces années que la réputation de Philip comme « vieux serviteur du gouvernement » s’ancre solidement dans la correspondance officielle des autorités coloniales.

La famille Long à la tête du lac Témiscouata – « Long’s Landing Place »

La ferme située à l’extrémité du lac Témiscouata occupe une place unique dans notre histoire familiale. Elle représente, avec Clair, l’un des deux berceaux de la lignée de Philip et Marie-Julie Long. C’est en ce lieu que la famille s’est véritablement ancrée pour la première fois. Pendant plus de vingt ans, Philip Long y a joué un rôle unique, se situant non pas dans la « grande histoire » des conquêtes, mais au carrefour des récits nationaux et locaux, au cœur d’une région clé pour le développement du futur Canada.

Bien que l’emplacement exact de la ferme demeure incertain, une carte découverte par Gilles Long nous permet aujourd’hui d’en préciser la localisation.

Ghislain Long, qui a cartographié les environs, situait la ferme sur la rive nord de la petite rivière se jetant dans le lac, à environ un kilomètre de l’actuel fort Ingall. Une question s’impose alors : pourquoi la ferme se serait-elle trouvée à proximité du fort plutôt qu’à son emplacement même ?

Ghislain fondait son hypothèse sur une observation géographique : la vue du lac depuis le fort ne correspond pas à la perspective du célèbre dessin de Joseph Bouchette, Long’s Farm on Lake Temiscouata. Cette intuition a été confirmée par Andrea Shaver, qui a commandé à un artiste une peinture de la vue réelle depuis le fort ; le résultat diffère radicalement de l’œuvre originale. On peut certes imaginer que Bouchette ait pris quelques libertés artistiques pour composer le paysage le plus bucolique possible, s’inspirant peut-être davantage d’un panorama depuis les collines de Cabano que d’une perspective au niveau du sol.

Un autre indice retenu par Ghislain provenait d’un article sur l’histoire du Fort Ingall. Bien que cet article éclaire les circonstances de la création du fort, il ne permet malheureusement pas de confirmer si celui-ci fut érigé sur le site même de la ferme Long ou ailleurs.

Toutefois, une piste plus probante figure dans l’Album du Centenaire de Cabano, où l’on peut lire :

« Arrivé à l’endroit où se trouve aujourd’hui l’école n° 7 (sur le chemin Saint-Louis), le voyageur tournait à gauche et descendait directement aux Casernes, s’arrêtant s’il le voulait à l’hôtellerie de Monsieur Long, sise en face du Fort. »

Bien que la source originale de cette affirmation ne soit pas citée dans l’ouvrage, une découverte de Jean-Pierre Massé semble la confirmer. Il a mis au jour une carte de la ville projetée de « Kent », conçue par Bouchette et Fraser après l’achat des terres de Philip Long. Ce document confirme la même disposition : l’établissement de Long se situait bien de l’autre côté du fort.

Si cette information s’avère exacte, le dessin de Bouchette prend un nouveau sens : le fort aurait été construit sur les terres de la ferme Long, en bordure de l’eau, tandis que l’hôtellerie aurait été déplacée en retrait, de l’autre côté de la route du Portage.

Voici la carte retracée aux archives, dessinée de la main même de Bouchette en 1839. Elle illustre clairement la disposition du Fort Ingall sur les rives du lac, ainsi que l’emplacement de l’hôtel et du poste de Long, situés de l’autre côté du chemin du portage.


Source: Joseph Bouchette carte du lac Témiscouata, fief Témiscouata et Madawaska et les terres de Bouchette et Fraser, 1830, Archives Nationales du Canada.
Source: Jospeh Bouchette, Caret de 1839 des terrains autour de lac Témiscouata appartenant soit à Jopeph Bouchette ou Alexandre Fraser, archives nationales du canada

En résumé, le « débarcadère de Long » (ou la Long’s Farm) se trouvait au carrefour d’une voie de communication stratégique. Ce domaine appartenait initialement à David Higginbotham, qui avait indûment reçu une concession de 500 acres du gouverneu-général Haldimand. Cette attribution constituait toutefois une erreur administrative, puisque ces terres faisaient déjà partie de la seigneurie concédée au gouverneur James Murray en 1760, avant de passer aux mains du capitaine Alexander Fraser.

Figure 93 – Section de la carte topographique de Joseph Bouchette, arpenteur général du Bas-Canada, publiée en 1815. La propriété de Long est clairement indiquée et se situe manifestement au nord de la rivière. Le fort n’existait pas encore, son emplacement n’est donc pas indiqué.

1809 – Philip Long et sa famille sont affectés au lac Témiscouata sur ordre de Sir James Craig

Philip Long et sa famille furent officiellement « invités » à s’établir à l’extrémité nord du lac Témiscouata en juillet 1809. Cette affectation, réalisée sur ordre conjoint du sous-maître général des postes (Hugh Finlay) et du gouverneur James Henry Craig, est confirmée par une lettre de George Heriot, alors successeur de Finlay à la direction des postes, datée de 1811 :


« …que Philip Long, ancien agent du gouvernement, marié et père de cinq ou six jeunes enfants, fut établi en juillet 1809 au débarcadère du lac Témiscouata — près de l’entrée du Grand Portage sur la route entre Québec et Fredericton — sur ordre de Son Excellence Sir James Craig, commandant des Forces. »

Cette information est fascinante : elle nous révèle que Philip fut personnellement sollicité par le commandant en chef des Forces. À cette époque, Sir James Craig exerçait une autorité suprême sur l’Amérique du Nord britannique, englobant le Haut et le Bas-Canada ainsi que les provinces maritimes. Nous analyserons cette correspondance plus en détail ultérieurement, mais nous savons déjà que, conscient de l’extrême isolement de ce poste, le gouverneur Craig avait octroyé à Philip Long une allocation journalière de deux shillings.

Afin d’éclairer le lecteur sur l’influence et l’envergure de Sir James Craig, nous reproduisons ci-dessous une courte biographie issue des Archives nationales du Canada.

Sir James Henry Craig

Gouverneur James Henry Craig.

Droit d’auteur/Source

Sir James Henry Craig fut nommé septième gouverneur du Canada le 29 août 1807 et occupa ce poste jusqu’au 23 octobre 1811. Craig arriva à Québec dans un contexte très difficile. Son arrivée suscita l’espoir, parmi les colons anglophones, qu’un système politique pleinement britannique serait enfin instauré. Les Canadiens français nourrissaient également de grandes attentes, espérant que le nouveau gouverneur réparerait l’injustice dont ils avaient été victimes.

Le premier intérêt de Craig se porta sur les questions militaires, la guerre entre l’Angleterre et les États-Unis semblant imminente. Il consacra beaucoup d’énergie, de temps et d’argent à l’amélioration des relations avec les peuples autochtones et à la réparation des fortifications de la province, notamment celles de la ville de Québec.

Dès 1808, des problèmes surgirent à l’Assemblée législative. Celle-ci chercha à discréditer le mandat législatif des magistrats en abolissant le droit des juges de siéger à l’Assemblée. Le débat s’envenima et les journaux, le Mercredi de Québec et Le Canadien, prirent parti. L’électorat canadien-français était en proie au mécontentement. Après seulement 36 jours de session, l’Assemblée législative fut dissoute par Craig.

À l’ouverture de la session de 1810, l’Angleterre ordonna au gouverneur Craig d’accepter la volonté de l’Assemblée législative d’exclure les magistrats. L’Assemblée adopta une loi en ce sens, mais le Conseil législatif la modifia pour qu’elle ne s’applique qu’aux prochaines élections générales. L’Assemblée législative maintint sa position et expulsa un député qui était juge.

Le gouverneur Craig prorogea le Parlement et convoqua des élections, les troisièmes en 18 mois. De plus, dans le but d’intimider le public et ses défenseurs, il fit saisir les presses du journal Le Canadien et emprisonna son rédacteur en chef, Le François, ainsi que ses trois propriétaires, Bédard, Taschereau et Blanchet.

Durant son séjour dans la colonie, le gouverneur Craig constata que les Canadiens français étaient toujours pleinement français et qu’ils se considéraient comme une nation distincte. En conséquence, Craig œuvra à leur assimilation et lança un projet visant à unir les Canadiens français et les Canadiens français.r and Lower Canada.

Les ambitions américaines d’envahir le Canada ont contrecarré ses efforts. Il fut remplacé comme gouverneur en octobre 1811 par Sir George Prevost. James Henry Craig décéda en janvier 1812, peu après sa promotion au grade de général.


Naissance de George Édouard Long en 1809

George Édouard Long naquit le 26 décembre 1809 au lac Témiscouata. Il devint plus tard le chef d’une importante lignée à Clair, au Nouveau-Brunswick, aux côtés de ses jeunes frères, Romain et Michel. Bien qu’il ait été baptisé à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick, nous ne disposons d’aucun acte officiel pour le moment.

Nous n’avons toujours pas d’image de l’enregistrement de la naissance de George-Édouard Long.

Les documents d’archives concernant George Long sont rares. Sa première mention historique figure dans le recensement de 1831 de Deane et Kavanagh, où il apparaît aux côtés de son père, Philip, et de son frère Romain.

Philip Long                1828       réside sur le terrain ; « Il aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et aurait, depuis lors et jusqu’à il y a quelques années, été employé à transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec. »

Marmosie Long     1828       fils de Philip ; réside sur le terrain

George Long         1828      fils de Philip ; Réside sur le lot » [ii]

George Long est également mentionné dans le recensement de 1830.

Dans le recensement de 1851 à Clair, on retrouve le nom et la famille de George Long, tels qu’indiqué ci-dessous :

George est recensé comme fermier et propriétaire de ses terres.


George Heriot

George Heriot (1759-1839) était un haut fonctionnaire britannique qui occupa le poste de sous-directeur général des postes de l’Amérique du Nord britannique de 1799 à 1816, année où il retourna en Angleterre. Durant ses nombreuses tournées d’inspection, il réalisa une multitude de croquis et d’aquarelles et publia deux ouvrages illustrés sur le Canada, dont le célèbre Travels through the Canadas (1807). Bibliothèque et Archives Canada conserve une collection majeure de ses œuvres, enrichie récemment par l’acquisition de la collection Peter Winkworth.

Le talent de Heriot pour capturer les paysages canadiens est aujourd’hui mondialement reconnu. Parmi ses travaux les plus remarquables, on compte la Vue des chutes (Great Falls) de la rivière Saint-Jean (1807) et la Vue de Québec à partir du quai de Grant (vers 1793). Des reproductions grandeur nature de ces deux œuvres ornent d’ailleurs les murs de la demeure de Benoît Long.

Figure 94 – George Heriot, Grandes Chutes à Saint John, 27 juillet 1809. Heriot a écrit sa première lettre à propos de Philip Long en 1811.

Figure 95 – George Heriot, Vue du quai de Québec

Figure 96 – George Heriot – Presqu’Île sur la rivière Saint-Jean

Figure 97 – Heriot – Vue de Québec prise de Pointe-Lévis.

En 1811, George Heriot, alors sous-directeur général des Postes de l’Amérique du Nord britannique, a rédigé une correspondance traitant de Philip Long

Voici les points clés concernant cette lettre et les versements mentionnés :

  • Affectation officielle : La lettre confirme que Philip Long a été installé en juillet 1809 au relais de poste situé à l’extrémité nord du lac Témiscouata (près de l’entrée à l’extrémité sud du Grand Portage de Témiscouata).
  • Autorités de tutelle : Cette nomination a été faite sur ordre conjoint de Sir James Craig (gouverneur en chef et commandant des forces) et de Hugh Finlay (maître général des Postes).
  • Rémunération : Heriot précise que Long reçoit une allocation journalière de deux shillings. Ce versement, instauré par le gouverneur Craig, visait à compenser l’isolement extrême du poste et les responsabilités liées à l’entretien de cette voie de communication stratégique entre Québec et Fredericton.
  • Contexte des paiements: Ces versements étaient essentiels car, bien que Long occupe les terres pour le service postal, il ne possédait pas de titre de propriété formel et restait soumis aux pressions foncières des seigneurs locaux (comme Alexander Fraser)

Cette lettre de 1811 constitue l’une des preuves documentaires les plus anciennes reliant la famille Long à l’administration postale canadienne sous la direction de George Heriot (en poste de 1799 à 1816).

De nombreuses lettres mentionnent Philip Long, et nous avons reproduit sur le site toutes celles qui sont connues à ce jour. Celle-ci, signée de la main de George Heriot, alors sous-directeur général des Postes, accuse réception d’une note du lieutenant-colonel Thornton accompagnée d’une pétition de Philip Long adressée à Son Excellence Sir James Craig, datée du 27 mars 1811 à Québec[iii]. Cette correspondance est fascinante à plusieurs égards :

D’abord, elle marque le début de la relation entre Heriot et Long, le premier devenant une figure centrale dans la vie du second.

Ensuite, l’objet de la lettre est tout à fait singulier : Heriot y justifie la suspension du paiement de la pension journalière de Long au motif que « cet homme n’utilisait pas l’argent de la manière la plus avantageuse pour sa nombreuse famille ! ». Bien que nous en soyons réduits aux conjectures, cette décision pourrait refléter une forme de puritanisme de la part de Heriot, ou une réelle préoccupation pour la santé des jeunes enfants de la maisonnée.

Ce qui est certain, c’est que Long possédait une influence non négligeable : il avait écrit directement au gouverneur Craig (une lettre malheureusement restée introuvable) pour se plaindre de sa situation, et il avait obtenu gain de cause puisque le gouverneur était intervenu.

Pour clore l’affaire, Heriot s’était donné pour mission de remplacer le paiement monétaire par l’envoi de nourriture à un intermédiaire à Madawaska, chargé de transporter les vivres jusqu’au lac Témiscouata. Qui était cet homme de confiance à Madawaska ?

Comme nous croiserons souvent George Heriot au cours des années suivantes, nous reproduisons ici une brève biographie de ce personnage influent.

Voici le texte intégral de la lettre.

Monsieur Heriot, Directeur général des postes

Québec, le 27 mars 1811

Reçu le 28

Réponse reçue le même jour

Explication des raisons pour lesquelles il n’a pas versé la solde de Philip Long : cette somme devrait lui être versée immédiatement.

M. Heriot accuse réception de la note du lieutenant-colonel Thornton, datée de ce jour, accompagnée d’une pétition de Philip Long adressée à Son Excellence Sir James Craig, déclarant qu’il n’a versé aucune somme à Long depuis le 12 décembre dernier et qu’il détient un solde dû à Long de sept livres et shillings, qu’il a retenu car il a constaté que cet argent n’avait pas été dépensé de la manière la plus avantageuse pour sa nombreuse famille. M. H. a donc ordonné que cinq boisseaux de blé et du pemici soient fournis à sa femme et à ses enfants par une personne de Madawaska, à qui il devait faire parvenir ces articles. Cependant, comme M. Long semble insatisfait de cet arrangement, M. Heriot se fera un plaisir de fournir ce compte et les soldes à quiconque acceptera la tâche de recevoir et de distribuer les allocations que Son Excellence a bien voulu accorder.

Le solde de 7 livres, 1 shilling et 0 pence est inclus dans l’allocation jusqu’au 5 février dernier seulement.

Québec, le 27 mars 1811

Figure 98 – Lettre de George Heriot, directeur général des postes du Bas-Canada, à un destinataire inconnu, le 27 mars 1811, à Québec. Source : Ghislain Long.

Figure 98 – Lettre de George Heriot, directeur général des postes du Bas-Canada, à un destinataire inconnu, le 27 mars 1811, à Québec. Source : Ghislain Long.
Figure 98 – Lettre de George Heriot, directeur général des postes du Bas-Canada, à un destinataire inconnu, le 27 mars 1811, à Québec. Source : Ghislain Long.

Bien entendu, nous laissons au lecteur le soin d’interpréter cette lettre et ce qu’elle révèle des habitudes de notre ancêtre. Toutefois, pour nourrir la réflexion, voici un passage susceptible d’éclairer la pensée de Heriot.

« Mais des progrès étonnants furent accomplis. « Les nouvelles colonies loyalistes », écrivit le colonel Thomas Dundas, qui visita le Nouveau-Brunswick durant l’hiver 1786-1787, « prospèrent ». Apparemment, il n’avait cependant pas une haute opinion de l’ardeur au travail des soldats démobilisés, car il reconnut que « les habitudes de consommation excessive de rhum et d’oisiveté contractées pendant la guerre leur sont très préjudiciables ». Mais il fit l’éloge des officiers à demi-solde. « Les officiers provinciaux à demi-solde », écrivit-il, « sont de précieux colons, car ils sont en mesure de bien vivre et d’améliorer leurs terres. » [iv]

La lettre suivante revêt une importance capitale pour notre histoire : elle contient non seulement le passage confirmant l’installation de Philip Long à l’extrémité du lac Témiscouata, mais elle nous livre également — et c’est là son plus grand intérêt — de précieux renseignements personnels sur l’homme lui-même.


En 1811, George Heriot, alors sous-directeur général des postes de l’Amérique du Nord britannique, a effectivement confirmé par écrit le maintien de l’allocation versée à Philip Long

En mars 1811, George Heriot se trouva face à un dilemme administratif. Ayant succédé à Hugh Finlay au poste de sous-directeur général des Postes, il avait hérité d’un arrangement selon lequel Philip Long, qualifié d’« ancien agent du gouvernement », percevait une allocation de deux shillings par jour. En temps normal, Heriot aurait simplement versé à Long l’équivalent de deux mois de salaire, prélevés sur le Trésor militaire. Cependant, un obstacle de taille se dressa : le commandement avait changé, Sir James Craig ayant cédé sa place à Sir George Prevost (puis plus tard à Sir Gordon Drummond) au cours de l’année 1811.

Heriot devait obtenir une nouvelle autorisation pour maintenir ces versements et, comme l’exige toute administration rigoureuse, il lui fallait solliciter les autorités compétentes. Il décida donc d’en appeler à Noah Freer, le secrétaire militaire. Sa lettre, d’une importance capitale pour notre histoire, est datée du 13 décembre 1811. [v]

Cette correspondance nous révèle des détails inédits et fascinants sur la vie de Philip. Nous reviendrons sur ces découvertes après que le lecteur aura pu consulter le texte intégral ainsi que les reproductions en haute résolution du document original.

Québec, le 13 décembre 1811

Monsieur,

Permettez-moi de vous informer, pour Son Excellence le Commissaire des Forces, que Philip Long, ancien fonctionnaire du gouvernement, marié et père de cinq ou six jeunes enfants, a été installé en juillet 1809 au débarcadère du lac Témiscouata, près de l’entrée du grand portage sur la route de Québec à Fredericton, sur ordre de Son Excellence Sir James Craig, ancien commandant des forces.

Compte tenu de la cécité de M. Long et du caractère aride, inhospitalier et isolé de la région où il est stationné, Sir James a autorisé le versement, sur le fonds militaire, d’une allocation de deux shillings par jour pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. À la demande de Sir James, j’ai perçu cette allocation et l’ai remise à M. Long, auquel j’ai avancé deux mois de solde.

En me présentant ce matin au bureau du Commissaire général pour percevoir, comme d’habitude, ma solde de deux mois, du 6 octobre au 5 courant, j’ai appris qu’il serait nécessaire, avant son versement, que l’autorisation soit renouvelée par Son Excellence Sir George Prevost, ce à quoi il est à espérer que Son Excellence n’aura aucune objection.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

(Signé) Geo Heriot, Sous-ministre des Postes

Transcription : Benoît Long

Figure 99 – Lettre de George Heriot, directeur général des postes, à Noah Freer, secrétaire militaire, datée du 13 décembre 1811, à Québec (1re partie). Source : Ghislain Long.

Figure 100 – Lettre de George Heriot, directeur général des postes, à Noah Freer, secrétaire militaire, datée du 13 décembre 1811, à Québec (2e partie)

Que nous apprend cette lettre, demeurée inconnue de la famille jusqu’à sa découverte aux Archives nationales à Ottawa ? Le fait nouveau le plus marquant concerne Philip : la mention des « circonstances dans lesquelles Long a failli perdre la vue » a dû constituer une information capitale pour le destinataire de ce document. Nous pensons d’ailleurs que cette pièce a été obtenue pour la première fois le 11 septembre 1936. Bien que l’identité du demandeur de l’époque nous échappe, Mgr Lang en a probablement eu connaissance, ou en a reçu une copie, vers cette même période.

Avant d’aborder la réponse de Freer, une brève digression s’impose : quelle était la valeur réelle de ces « deux shillings par jour » ? Dans son ouvrage Finding Philip Long (1757?-1832), John Lang apporte l’explication suivante :

« Pour obtenir une estimation de la valeur de deux shillings, j’ai consulté Barry Grant, éditeur des « Winslow Papers ». » Il a déclaré que ses recherches indiquent qu’en 1810, un soldat gagnait 1 shilling par jour, plus le logement et la nourriture. Une x gagnait 1 penny par jour, soit un demi-shilling. Un juge gagnait 10 000 shillings par an (500 livres sterling x 20 shillings la livre). Philip Long gagnait 730 shillings par an (36,5 livres x 20 shillings). [vi]

La réponse de Noah Freer fut immédiate et favorable à Philip Long.

Nous partageons entièrement l’avis de John Lang : cette solde était avant tout une indemnité d’isolement. Philip et sa famille étaient stationnés dans une région reculée et isolée du pays, et des primes supplémentaires étaient nécessaires pour les maintenir en poste dans de telles conditions.


1811 – Noah Freer, secrétaire militaire, répond favorablement à la demande de Heriot.

Trois jours après la demande initiale de Heriot, Noah Freer, secrétaire militaire, adressa une lettre autorisant ce dernier à prélever l’allocation de Long sur le Trésor militaire. [vii] Cette brève correspondance confirme le lieu de résidence de Philip Long ainsi que le montant de son versement, sans toutefois fournir d’autres détails sur sa situation ou sa famille. 

Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 284.

George Heriot Monsieur, Sous-directeur général des postes

Bureau du secrétaire militaire

Québec, le 16 décembre 1811

Monsieur,

Ayant présenté au commandant des forces votre lettre du 15, j’ai l’honneur de vous informer que Son Excellence a bien voulu renouveler l’autorisation de verser deux shillings par jour à Philip Long, qui réside au Débarcadère du lac Témiscouata, près de l’entrée du Grand Portage, sur la route de Québec à Fredericton. Des instructions ont été données au commissaire général pour que vous receviez cette allocation, au nom de M. Long, comme d’habitude, à compter du 6 octobre dernier.

Je suis Monsieur… etc.

(Signé) Noah Freer, M.S.

L’administration militaire était certes bureaucratique, mais elle se montrait efficace. C’est ainsi que William Henry Robinson entreprit les démarches nécessaires pour que les versements destinés à Philip Long prennent effet dès le 6 octobre.


William Henry Robinson, commissaire général, autorise les paiements à Long

Il n’y a guère de commentaires à ajouter à cette correspondance, tant elle est limpide et dépourvue de détails personnels sur la situation de Long. Elle demeure néanmoins précieuse pour notre histoire familiale : elle témoigne, une fois de plus, des rouages administratifs qui régissaient le quotidien de Philip et assuraient la subsistance de sa famille.

Bureau du Secrétaire militaire

Québec, le 16 octobre 1811

Le Commandant des Forces approuve le maintien de l’allocation de deux shillings par jour à Philip Long, mentionné dans la lettre précédente. Le Commissaire général la versera à M. Heriot, comme d’habitude, au nom de M. Long, à compter du 6 octobre dernier et jusqu’à nouvel ordre.

Par le Commissaire de Son Excellence,

(signé) Noah Freer, Secrétaire militaire

À William Henry Robinson, Écuyer

Commissaire général[viii]

Figure 101 – Lettre de Noah Freer, secrétaire militaire, à William Henry Robinson, commissaire général, datée du 16 décembre 1811, à Québec

Nous n’avons pas encore découvert d’autres documents pour l’année 1811 et le début de 1812. Toutefois, nous savons que la guerre de 1812 entre la Grande-Bretagne et les États-Unis a éclaté peu après ; on peut donc supposer que le transit de personnel et de courrier entre Québec et Fredericton s’est intensifié en raison des hostilités.

À l’avenir, nous espérons mettre au jour des documents démontrant que cette voie de communication a acquis une importance stratégique cruciale pendant le conflit. Elle fut essentielle au maintien des liaisons militaires et à la consolidation de l’axe est-ouest, un lien vital qui a permis l’existence même de l’Amérique du Nord britannique telle qu’on l’a connue.


1811 – Visite de Mgr. J. Octave Plessis à la ferme Long

Cette visite a probablement eu des conséquences plus durables que presque tout autre événement dans la vie de Philip Long. Cela peut paraître audacieux, mais au regard des efforts, de la confusion et des frustrations engendrés par le journal du secrétaire de Mgr Plessis, il est difficile de contredire cette affirmation. Si ce journal contient des détails précieux sur la visite, la ferme et la famille, ce sont les notes concernant Philip Long qui le rendent véritablement exceptionnel.

Revenons sur le contexte. Mgr Joseph-Octave Plessis fut évêque, puis archevêque de Québec pendant la majeure partie de la vie maritale de Marie-Julie et Philip. Il occupait déjà ces fonctions lorsque la famille résidait à Québec, et nous gardons un souvenir précis de son voyage dans l’Est et de son escale à Long’s Landing Place. C’est lors de ce passage que son secrétaire, l’abbé Painchaud, a consigné par écrit le nom de « John Lang »… et depuis, rien n’a plus été pareil pour notre famille ! Charles-François Painchaud était alors le curé de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.


SOURCE: BORÉAL EXPRESS

Nous n’avons pas encore découvert d’autres documents pour l’année 1811 et le début de 1812. Toutefois, nous savons que la guerre de 1812 entre la Grande-Bretagne et les États-Unis a éclaté peu après : on peut donc supposer que le transit, tant de personnel que de courrier, s’est intensifié entre Québec et Fredericton en raison des hostilités.

À l’avenir, nous espérons mettre au jour des documents démontrant que cette voie de communication a acquis une importance stratégique cruciale pendant le conflit. Elle fut essentielle au maintien des liaisons militaires et à la consolidation du lien qui a permis l’existence même d’un axe est-ouest au sein de l’Amérique du Nord britannique.


1811 – Mgr. Visite de J. Octave Plessis à la ferme Long

Cette visite a probablement engendré plus de conséquences inattendues que presque tout autre événement dans la vie de Philip Long¹. Cela peut paraître audacieux, mais au regard des efforts, de la confusion et des frustrations provoqués par le journal du secrétaire de Mgr Plessis, il est difficile de contredire cette affirmation. Si ce journal contient des détails précieux sur la visite, la ferme et la famille, ce sont les notes concernant Philip Long qui le rendent véritablement exceptionnel.

Revenons sur le contexte. Mgr Joseph-Octave Plessis fut évêque, puis archevêque de Québec, pendant la majeure partie de la vie maritale de Marie-Julie et Philip. Il occupait déjà ses fonctions lorsque la famille résidait à Québec, et nous gardons une trace précise de son voyage dans l’Est et de son escale à Long’s Landing Place. C’est lors de ce passage que son secrétaire, l’abbé Painchaud, a consigné par écrit le nom de « John Lang »… et depuis, rien n’a plus été pareil pour notre famille ! Charles-François Painchaud était alors le curé de Sainte-Anne-de-la-Pocatière.


Figure 103 – Notes de Prudent Mercure sur la visite de Mgr. J. O. Plessis en 1812.

Ce document revêt une importance capitale pour les descendants de Philip Long. L’usage du nom « John Lang » au lieu de « Philip Long » a engendré une confusion durable, alimentant de nombreuses théories sur sa véritable identité. Nous savons que beaucoup ont transformé « Long » en « Lang » à l’époque — et plus récemment encore — dans une tentative de franciser un patronyme pourtant résolument anglais. Toutefois, le mystère entourant ce prénom, John ou Philip, demeure entier.

Le nom de John Lang est-il apparu par erreur ou s’agissait-il d’une identité réelle ? Comment notre ancêtre a-t-il pu être désigné par des noms si différents ?

L’idée d’un nom composé, tel que John Philip Long, est une hypothèse séduisante. Par contre, lors de son mariage, l’un des actes les plus solennels de sa vie, il a signé « Philip Long ». En tant que chrétien protestant, il aurait vraisemblablement inscrit son nom de baptême complet sur son certificat de mariage. D’ailleurs, l’ensemble des archives consultées ne mentionne jamais d’autre signature que celle de Philip Long. Pourtant, ce ne fut pas la seule fois où son identité fut écorchée.

En 1824, dans une lettre au colonel Darling, le seigneur Alexandre Fraser écrit « Philip Long », tout en ajoutant une correction significative : « (et non Luke Long) ». Benoît Long a fait confirmer cette mention par les archivistes d’Ottawa qui, malgré la fragilité de l’original, attestent la formulation exacte de Fraser. De même, lors du passage du 104e régiment d’infanterie en 1813, un récit mentionne un guide canadien du nom de « William Long » qui aurait conduit les troupes à sa cabane.

Pourquoi son nom était-il si fréquemment mal orthographié ou confondu ?

Certains descendants privilégient la thèse d’un frère qui se serait trouvé au lac Témiscouata lors du passage de Mgr Plessis. Nous invitons le lecteur à consulter l’étude exhaustive de Donald Long sur cette théorie. Et si Phillip est l’allemand Lange, son frêre était définitivement Johannes Heinrich Lange, et non John! Ce dernier est retourné en Allemagne après la Révolution et y a fondé sa proper famille.  Toutefois, cette hypothèse du frère se heurte à un obstacle majeur contenu dans le texte même du journal :

« Un certain John Lang, ancien courier, vit avec sa famille à l’entrée du Portage et reçoit du gouvernement deux shillings par jour, uniquement pour y vivre… »

La correspondance officielle (Heriot, Freer, Robinson) confirme que c’est bien Philip Long qui percevait cette allocation sans interruption depuis 1809. Est-il concevable qu’un frère nommé John ait reçu exactement le même salaire, au même endroit et à la même époque ? Cela semble peu probable et donc ma propre conclusion est tout simplement non.

Une autre théorie plus simple : le secrétaire de Mgr Plessis a probablement rédigé ses notes après le voyage et a simplement confondu Philip avec son fils, Jean-Baptiste Long. Ce dernier, alors adolescent, transportait vraisemblablement les voyageurs en canoë, une tâche que les fils de Philip accomplissaient régulièrement selon le rapport du major Elliott.

Bien que j’aie grandi dans un contexte familial ou le nom de John Philip Long était souvent discuté, les preuves documentaires nous obligent à la prudence. L’erreur administrative ou la confusion entre les générations restent, à ce jour, les explications les plus plausibles.

L’hypothèse récente que Philip Long aurait pu être Allemeand du nom de Johannes Philipp Lange, pourrais service comme preuve supplémentaire que le nom de baptême de Philip Long à l’origine serait un nom composé. Après avoir changé son nom pour l’anglicisé, il utilisait Philip Long comme forme raccourci et de tous les jours et le nom composé dans des circumstances particulières. Mais lesquelles? Il n’existe aucun document formal ou informel ou Philip a utilisé son nom composé.

Le scénario le plus probable

Il est bien plus probable que la tradition orale ait été influencée par l’ouvrage de Thomas Albert et les notes du Journal des Missions, publié en 1920, et qu’elle se soit « enrichie » pour intégrer les deux noms, afin d’expliquer simplement comment notre ancêtre Philip aurait pu être appelé John Lang dans ce qui était considéré comme des sources documentaires solides : l’Histoire du Madwaska de Thomas Albert et le Journal des Missions.

Bien sûr, la plupart des lecteurs de L’Histoire du Madawaska ont cru que la source primaire de l’abbé Thomas Albert était le Journal des Missions. Malheureusement, ce n’est pas tout à fait exact : Albert s’est servi des notes de Prudent Mercure, historien connu, lequel avait eu accès au fameux Journal.

À mon avis — et nous présentons d’ailleurs la page des notes originales que Ghislain Long avait obtenue — lorsqu’on revoit le document de Mercure, on constate clairement qu’il a transcrit le nom « Lang » plutôt que « Long ». Même dans mon propre village de Clair, les gens portant le nom Long étaient souvent appelés « Lang ». Ma conviction est que Mercure a lu « Lang », l’a répété dans ses notes, et que l’abbé Albert a tout simplement répliqué cette erreur honnête du chercheur.

Pourtant, le texte original du Journal des Missions est beaucoup moins explicite quant à l’usage de « Lang ». Mon analyse de ce texte sur une période de quarante ans — une opinion que partageait Ghislain — m’indique que le secrétaire a bel et bien écrit « Long », même si certains s’évertuent à y voir un « Lang ». Ce n’est certes pas une faute grave en soi, mais son amplification par la publication du livre très populaire d’Albert a profondément modifié la perception que les descendants avaient de leur propre ancêtre.

Figure 105 – Journal des Missions – Mise en évidence du nom John Lang qui a causé tant de questions et de confusions pour la famille de Philip Long

L’usage d’un « John » (qui confond le père et le fils) et la transformation de « Long » en « Lang » ont créé une série d’imbroglios qui ne pourront malheureusement jamais être totalement réparés. Le défi le plus difficile est d’effacer cette empreinte laissée chez bien des chercheurs et dans les légendes familiales. Un exemple frappant est la traduction anglaise du livre de Mgr Lang, où Philip Long est carrément transformé en « John Philip Long » : un hommage bien involontaire à la puissance historique d’un ouvrage de référence comme L’Histoire du Madawaska.

À mon sens, Philip Long, établi à la tête du lac Témiscouata, a toujours été Philip Long. Si il est en fait Johannes Philipp Lange quand il est né en Allemagne, il a changé son nom par la suite pour toujours.  Une erreur de transcription ne pourra jamais changer cet état de fait. L’absence totale d’indices, pendant près de deux siècles, montrant que Philip aurait signé ou utilisé le prénom « John » rend cette hypothèse très suspecte. Il est d’ailleurs fascinant de voir comment une telle conviction a pu s’enraciner sans la moindre preuve.

Le dernier clou dans le cercueil de la théorie du frère ou du nom composé est sans doute le fait que Mgr Lang n’évoque jamais cette possibilité dans son propre livre. Sachant que des lettres envoyées à Ottawa dès 1930 utilisaient déjà le nom supposé de « John Philip Long », cela ne fait que renforcer ma théorie : le livre d’Albert a semé la confusion. Beaucoup ont pris cette erreur pour argent comptant, même les avocats et recherchistes dans les années 1930, tentant de justifier l’écart du secrétaire de Mgr Plessis en combinant les prénoms. Quant à Mgr Lang, il n’a jamais pu — ou plus probablement, n’a jamais voulu — intégrer cet « artefact » historique à son récit ou à l’histoire orale acceptée de la famille.

Figure 104 – Journal des Missions – 1811-12 – Journal de la visite de Monseigneur J. Octave Plessis à sa paroisse dans l’est du Bas-Canada et au Nouveau-Brunswick. Source : Ghislain Long.

Figure 105 – Journal des Missions – Mise en évidence du nom John Lang qui a causé tant de questions et de confusions pour la famille de Philip Long
Figure 105 – Journal des Missions – Mise en évidence du nom John Lang qui a causé tant de questions et de confusions pour la famille de Philip Long

Figure 108 Journal des Missions – 1811-12 – Journal de la visite de Monseigneur J. Octave Plessis à sa paroisse dans l’est du Bas-Canada et au Nouveau-Brunswick. Source : Ghislain Long.

Nous reproduisons ici le texte intégral en français de la section du Journal où est décrite la visite et la rencontre avec John Lang.

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« 

Il était environ deux heures après midi, lorsque l’on arrivait le lendemain sur le bord de ce lac. Il a sept lieues de long et une ou une et demi dans sa plus grande largeur. Les bords en sont réellement des couverts de monticules chargés de bois curieux à voir dans cette saison ou les couleurs des feuilles sont si variées.

Un vent trop fort obligea de faire une pose à l’entée du lac. C’est ce qui arrive souvent, les canots étant trop petits pour résister aux vagues. Vers les cinq heures du soir, il fut possible de remettre à l’eau, et les conducteurs ne maquèrent pas d’en profiter. Enfin à neuf heures, à l’arrivée à l’entrée du portage que nous nommons le Portage de Témiskouata ou de Madawaska, mais que les gens du pays appellent le Portage du Canada, parce que c’est réellement vers le milieu du portage, que l’on tombe dans cette province.

Un nommé John Long, ancien courrier demeurant avec sa famille à l’entrée de ce portage et reçoit du gouvernement deux shelings par jour, à la seule charge d’y demeurer, ayant, du reste, autour de lui, une vaste quantité de terre, dont il peut défricher autant qu’il lui

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s’il vous plaît, sans craindre d’être molesté pas ses voisins. Les voyageurs de quelque côté qu’ils viennent, s’estiment fort heureux de trouver une maison en cet endroit, surtout dans les mauvais temps. L’évêque la loua pour cette nuit, et de deux cabanes qui l’avoisinant, l’une fut occupée pour les dix canoteurs qui formaient sa brigade, l’autre pas la famille du propriétaire.

Le débat sur ce que M. Painchaud a écrit ou voulu dire exactement se poursuivra probablement jusqu’à ce que de nouvelles preuves soient trouvées dans un sens ou dans l’autre. Pour nous, une erreure de transcription ne devrait plus être répétée.


1811 – Naissance de Romain Long le 8 avril au lac Témiscouata

Son acte de naissance indique que Romain Long, fils de Philip et Marie-Julie, est né au lac Témiscouata et a été baptisé à Saint-Basile. Il a passé la majeure partie de sa vie à Clair, au Nouveau-Brunswick. Sa descendance constitue, à notre connaissance, la branche la plus nombreuse de la famille Long-Lang ; ma propre lignée descend d’ailleurs de Paul, son fils aîné.

Acte de Naissance de Romain Long au lac Témiscouata, 8 avril, 1811.


Acte de décès de Romain Long à St-François de Madawaska, le 13 octobre, 1887.


Contrat de mariage entre Romain Long et Vitaline Thériault, le 29 janvier, 1828 dans la paroisse de St-Basile du Madawaska.

Quelques détails de son existence nous sont parvenus, nous permettant de mieux cerner sa personnalité et son mode de vie avec sa famille à Clair.

Dans le célèbre rapport de Deane et Kavanagh, Romain est recensé aux côtés de son père et de son frère de la manière suivante : 

«
Philip Long, 1828, réside sur un terrain ; aurait fui vers les Britanniques avec du courrier américain pendant la Révolution et aurait, depuis lors et jusqu’à il y a quelques années, été employé à transporter le courrier anglais de Fredericton à Québec.»

Marmosie Long, 1828, fils de Philip ; Réside sur le terrain

George Long         1828      fils de Philip ; réside sur le terrain

Source : Rapport Deane et Kavanagh, juillet-août 1831 : Arpentage de la colonie de Madawaska, comtés de Penobscot et de Washington (aujourd’hui comté d’Aroostook), Maine et comté de Carleton (aujourd’hui comté de Madawaska), Nouveau-Brunswick.

À ce jour, aucune explication convaincante n’a été fournie sur la raison pour laquelle Romain Long fut recensé sous le nom de « Marmosie Long ». La situation est d’autant plus intrigante qu’il fut également surnommé « Memen », une contraction enfantine probable ou, hypothèse plus fascinante, une déformation du mot « mailman ». Marmosie veut dire « court » ou « homme de petite taille »! Un so riquet reflétant un trait physique aurait été tout à fait acceptable au 19ième siècle.


1813 – Naissance de Susanne Long au lac Témiscouata

Nous ne possédons ni l’acte de naissance ni l’acte de baptême de Susanne Long. Cependant, grâce à Mgr Lang, nous savons qu’elle est née le 2 décembre 1813 au lac Témiscouata (très probablement) et a été baptisée à Saint-Basile. Elle a épousé Jacques Hamel le 28 août 1832 à Saint-Roch de Québec et est décédée à Saint-François (Nouveau-Brunswick) en 1861. La généalogie de la famille Hamel peux être lu dans la page Généalogies.


1813 – Premier marriage dans la famille Long entre Constance Long à Pierre Beaudry (dit Matelot) le 8 octobre

D’après l’ouvrage de Mgr Lang, Constance était la première enfant de Philip et Marie-Julie à se marier. Elle épousa Pierre Beaudry (également appelé Matelot – Marin) le 8 octobre 1813 à Saint-Basile, Madawaska. Nous ne possédons pas de copies de leur acte de mariage. Nous savons également que Constance se remaria le 8 octobre 1827 avec Antoine Arton à Saint-Basile, Madawaska. Voir Généalogies.

1818 – Naissance de Émérence Thériault le 4 novembre à Saint-Louise de Kamouraska, Québec.

1818 – Naissance de Émérence Thériault le 4 novembre à Saint-Louise de Kamouraska, Québec. Émérance épousa Michel Long, dernier fils de Philip et Marie-Julie, le 27 février 1843 à Cacouna, Québec. Émérence est aussi la soeur de Vitaline Thériault qui épousa Romain Long le .


[i] Lettre de George Heriot, sous-directeur général des postes du Bas-Canada, accusant réception de la note du lieutenant-colonel Thornton datée de ce jour, accompagnée d’une pétition de Philip Long adressée à Son Excellence Sir James Craig, datée du 27 mars 1811, à Québec. Source : Ghislain Long

[ii] Source : Rapport Deane et Kavanagh, juillet-août 1831 : Arpentage de la colonie de Madawaska, comtés de Penobscot et de Washington (aujourd’hui comté d’Aroostook), Maine, et comté de Carleton (aujourd’hui comté de Madawaska), Nouveau-Brunswick.

[iii] Source : Lettre de George Heriot, sous-directeur général des postes du Bas-Canada, accusant réception de la note du lieutenant-colonel Thornton datée de ce jour, accompagnée d’une pétition de Philip Long adressée à Son Excellence Sir James Craig, datée du 23 mars 1811 à Québec. Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 284. Copie photographique : Ghislain Long.

[iv] William Steward Wallace, The United Empire Loyalists: A Chronicle of the Great Migration, page 85.

[v] Lettre de George Heriot, sous-directeur général des postes du Bas-Canada, à Noah Freer, secrétaire militaire, datée du 13 décembre 1811 et signée à Québec. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 284, page 91, bobine C-????. Copie photographique : Ghislain Long et recherches de Benoît Long.

[vi] John Lang, Finding Philip Long (1757?-1832), page 31.

[vii] Lettre de Noah Freer, secrétaire militaire, accusant réception de la demande de George Heriot, sous-directeur général des postes, et y répondant favorablement, datée du 16 décembre 1811 à Québec. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 284. Copie photographique : Ghislain Long. Recherche : Benoît Long.

[viii] Lettre de William Henry Robinson, commissaire général, autorisant des paiements à Long suite à la réception de la lettre de Noah Freer, datée du 16 décembre 1811, à Québec. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume 284. Copie photographique : Ghislain Long ; Recherche : Benoît Long ; Numérisation : Benoît Long.

[ix] Ghislain Long a découvert des notes sur Painchaud dans une édition de « souvenirs inédits » d’Horace Têtu, 1894. Malheureusement, seules les notes subsistent, car il m’a été impossible de retrouver l’ouvrage de Têtu.

[x] Ghislain Long a obtenu une photocopie des textes originaux du Journal des Missions auprès de Laurent Tailleur, prêtre, directeur des Archives historiques du Musée du Séminaire de Québec, dans une lettre datée du 10 novembre 1984. Les images et le texte intégral de ces documents sont reproduits ci-dessous.

[xi] Citations tirées de John Lang, Finding Philip Long (1757?-1832), pages 34-35. Original dans W. Austin Squires, The 104th Regiment of Foot: (The New Brunswick Regiment) 1803-1817., Brunswick Press, Fredericton, 1962, pages 127-129.

[xii] Donald Long, Sergent John Long, du King’s American Dragoons (KAD), frère de Philip? (2006).