Cette section du site porte sur la période de 1818 à 1827 au lac Témiscouata. Comme bien d’autres dans la région, la famille Long a traversé plusieurs moments difficiles durant ces années. Nous débutons ce récit par un épisode sombre de l’histoire des Long-Lang : celui de la prétendue « fortune familiale », une légende à laquelle certains descendants de Philip Long ont cru fermement.
La fortune des Long-Lang
L’origine et la genèse exacte de la légende de la « fortune » des Long-Lang demeurent insaisissables. C’est l’un de ces récits familiaux qui traversent les âges et transcendent les époques. Si la rumeur a longtemps enflammé l’imaginaire des descendants, rares étaient ceux qui restaient convaincus de son authenticité, ou du moins de l’existence de preuves historiques suffisantes pour justifier cette croyance persistante : l’idée qu’une fortune, qu’il s’agisse de terres ou de trésors, attendait quelque part ses héritiers légitimes.
Pour reprendre les mots de Vallet de Viriville :
« Partout où l’on voit une légende, on peut être sûr, en allant au fond des choses, de trouver une histoire. »
(Traduction libre : Là où naît une légende, on peut être certain de découvrir, en creusant le sujet, une part de vérité historique.)
Le récit de la fortune Long-Lang.
À l’instar de la quête du Saint Graal, seuls les « dignes » pouvaient prétendre au trésor. Pour les plus cyniques, il s’agit d’un procédé classique de charlatan : rendre l’objet du désir si inaccessible que la quête elle-même prend plus d’importance que sa valeur matérielle. Pourtant, au sein de notre famille, beaucoup restaient persuadés que ce trésor, honnêtement acquis par notre ancêtre, lui avait été injustement dérobé. Dès lors, la recherche de cette fortune n’était plus une simple question d’argent, mais une quête de justice revêtant une dimension presque transformatrice.
Comme le rapporte Doris Long dans son excellent ouvrage Légendes, controverses et faux espoirs — s’appuyant sur les souvenirs de Lucien Long —, certains étaient convaincus que le trésor avait bel et bien été découvert. Toutefois, selon la croyance, un silence absolu devait être observé pour éviter qu’il ne s’évanouisse instantanément ; au moindre mot prononcé, le précieux coffre se volatilisait comme par magie.
En examinant cette légende, on est frappé de constater que, malgré le caractère fantaisiste de certains récits, plusieurs membres de la famille furent profondément affectés par les ressources englouties dans l’espoir d’asseoir cette croyance sur des bases factuelles.
Nous invitons le lecteur à consulter, en annexe, l’ouvrage remarquable de Doris Long (dans la traduction de Jeannine Couture). Notre propre analyse s’appuiera ponctuellement sur ce texte, tout en tentant de l’enrichir d’informations complémentaires axées sur les fondements factuels présumés de la légende. Ce récit constitue, à nos yeux, un pan essentiel de notre histoire familiale. En évaluant ces informations, nous tenons à honorer la mémoire des familles qui, en période de grande détresse, ont espéré un secours et placé leur foi dans ce qui s’est avéré être un mélange de faits historiques et de contes de fées.
Mgr Ernest Lang demeure notre source la plus fiable pour retracer les origines de cette épopée. Il relate dans son livre que les aînés ont transmis oralement, de génération en génération, les piliers suivants de la légende :
La fortune aurait consisté en un vaste domaine foncier ; certains croyaient qu’il englobait la totalité de la seigneurie de Témiscouata, s’étendant parfois jusqu’à six milles de profondeur autour du lac. Pour d’autres — les « extrémistes », comme les qualifie Mgr Lang —, il existait également d’importantes réserves de liquidités se chiffrant en millions, prétendument déposées dans des banques londoniennes en attendant que les descendants de Philip Long ne réclament leur héritage.
Selon Mgr Lang, ce trésor aurait été une récompense pour les exploits de Philip Long, notamment son célèbre acte de bravoure et ses « services rendus au roi et à la patrie ». Comme pour toute tradition orale, il convient de chercher la part de vérité qui a pu engendrer une légende aussi articulée et détaillée. Je vous soumets donc les éléments suivants, tout en laissant à chaque lecteur le soin d’en juger la pertinence.
Philip Long a rendu d’éminents services à la Couronne. Il a joué un rôle de premier plan dans le maintien des lignes de communication entre Québec et Fredericton, à une époque où cette voie stratégique était vitale pour les autorités tant militaires que civiles. Nommé par le gouverneur Sir James Craig, Philip bénéficiait de l’appui de Hugh Finlay, sous-directeur général des postes, et du soutien constant de ses successeurs, dont George Heriot.
Sachant que son prédécesseur, David Higginbotham, avait reçu du gouverneur Frederick Haldimand une concession de 500 acres à l’extrémité du lac Témiscouata — bien que ce terrain appartînt déjà à Sir James Murray —, pourquoi serait-il saugrenu de croire que Philip Long aurait, lui aussi, bénéficié des faveurs de ces personnages influents qu’il côtoyait manifestement ?
Notre ancêtre était d’ailleurs autorisé à occuper autant de terres qu’il le souhaitait autour du lac. Le rapport du major Elliott (page 154) le confirme :
« …En conséquence, il s’est établi à son lieu de résidence actuel. Bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de ne jamais solliciter de concession formelle, il affirme que le colonel Fraser, seigneur des lieux, lui a assuré qu’il ne serait pas inquiété dans sa possession et qu’il n’aurait aucun loyer à payer. Toutefois, si son fils ou un membre de sa famille choisissait d’y demeurer après lui, un loyer deviendrait exigible. » [i]
En 1817, Philip, son fils Jean-Baptiste, puis Alexander Fraser en 1824, vendirent des parcelles de terres défrichées à la sueur de leur front. Bien que ce document soit resté longtemps introuvable malgré des centaines d’heures de recherches aux archives, le contrat de vente entre Philip Long, Alexander Fraser et Joseph Bouchette est aujourd’hui connu. Sa découverte bouleverse notre perception des droits de Philip sur les rives du lac Témiscouata.
Fraser était le propriétaire incontesté de la seigneurie de Madawaska et du lac Témiscouata ; sa décision d’en céder un tiers à Bouchette aurait dû ne concerner qu’eux deux. Dès lors, pourquoi la signature de Philip et sa renonciation explicite à ses « droits » étaient-elles nécessaires ? Il semble évident qu’il existait des droits résiduels, ou du moins un flou juridique que Fraser tenait à dissiper. Si un doute subsistait sur cette parcelle, pourquoi ne pas imaginer qu’il en existait d’autres ?
Cette transaction foncière, que nous examinerons en détail plus loin, prouve qu’Alexander Fraser ne considérait pas Long comme un colon ordinaire. Dans une lettre de 1823 adressée au colonel Darling, secrétaire militaire, il précisait d’ailleurs :
« Philip Long n’est pas considéré, je suppose, comme un simple colon. Il a été posté ici par le directeur général des postes. » [ii]
Lors de cette entente de 1817, Philip Long obtint également des droits sur d’autres terres de la seigneurie. Où se situaient-elles exactement ? Y a-t-il jamais renoncé ? Plus tard, alors que la légende de la fortune s’enracinait au point de mener à la création d’un comité et à l’émission de certificats pour les héritiers « éligibles », l’idée d’un bail emphytéotique de 99 ans fit son apparition, notamment sous l’impulsion de William Oakes. Bien que certains aient juré avoir vu ce document, aucune preuve tangible de son existence n’a jamais été retrouvée.
ocument avait lui aussi comme par magie disparu entre les mains d’avocats « véreux ».
Certificat d’Héritier non Associé – No. 750 – Succession de John Philippe Lang ou Long Seigneurie de Témiscouata, P. Q. et du Fief de Madawaska, No. B.

Dans son ouvrage, Mgr Lang relate qu’entre 1930 et 1935, la légende de la fortune familiale connut un regain d’intérêt « fiévreux ». Cet engouement fut déclenché par la construction d’un barrage sur le lac Témiscouata, destiné à réguler le débit des eaux vers la rivière Madawaska. Selon Doris Long, la rumeur courait alors que les vastes terres bordant le lac — exploitées par la Compagnie Fraser — appartenaient en réalité à Philip Long. Mgr Lang souligne que de prétendus « titres de propriété » auraient été découverts, laissant croire que l’acquisition de cette fortune était imminente : il ne manquait, disait-on, qu’un dernier effort et un peu d’argent.
Nous savons aujourd’hui que les instigateurs de ces revendications étaient des avocats québécois, charlatans ou escrocs, qui abusaient de nombreuses familles avec des récits de trésors cachés. En insufflant de faux espoirs à des gens de condition modeste, ils réussirent à les dépouiller de leurs maigres ressources.
Mgr Lang fut lui-même sollicité pour participer aux recherches par l’un de ses plus fervents partisans : Romuald Lang, de Saint-François, surnommé « Grand Minal » (pour le distinguer de son fils, « Petit Minal »). Ensemble, ils engagèrent
Me A. M. Chamberland, un avocat d’Edmundston, afin de retracer les titres légaux. Bien qu’un voyage à Rivière-du-Loup ait permis de mettre la main sur quelques documents, aucun ne confirmait la légende. Cette expédition fut toutefois salutaire : elle marqua le passage d’une tradition purement orale à une recherche documentaire authentique sur Philip Long, fondée sur des archives historiques.
La légende de la Fortune tel que raconté par Doris Long
Certains épisodes entourant la légende de la « Fortune » sont, avec le recul, assez savoureux. Nous citons ici le texte intégrale de Doris Long :
Légende, controverse et faux espoirs
Une légende a eu cours chez les descendants de Philip Long. Quelques-uns ont cru fermement que cette légende était vraie. L’un d’entre eux y a presque laissé sa chemise afin de prouver la véracité de cette légende. Cet homme, c’est Romuald (Minal) Lang, l’un des arrière-petits-fils de Philip. Malheureusement, il ne fut pas le seul à tout investir dans cette affaire. Il y en eut beaucoup d’autres comme lui.
Selon cette légende, une partie ou la totalité de la seigneurie de Madawaska aurait appartenu à Philip Long. Elle lui aurait été concédée pour services rendus à la Couronne. L’aurait-on confondue avec les terres qu’il a reçues au Nouveau-Brunswick en 1787 et qu’il a refusées ? Qui plus est, on ajoutait qu’une fortune dormait dans une banque en Angleterre. Certains allaient même jusqu’à dire qu’un coffre plein d’argent et de documents secrets avait été enterré à Clair, village où Philip finit ses jours. Cette légende «de la paye des Long» faisait partie des traditions orales de la famille. Assurément, les plus vieux devaient la raconter, les soirs d’hiver, devant un auditoire fasciné par leur grand-père ou arrière-grand-père.
Au début des années 1930, un barrage fut construit pour élever le niveau du Lac Témiscouata. Ce barrage était lié à l’exploitation forestière de la Compagnie Fraser d’Edmundston. Certains dirent que les terrains de la Compagnie, autour du Lac Témiscouata, appartenaient jadis à Philip Long. On attribuait ce fait à la découverte concernant les titres légaux des terrains en question. Il n’en fallait pas plus pour croire que la légende devenait une réalité. Nul doute que Philip posséda une petite ferme à la tête du Lac Témiscouata, mais à cette époque, des documents officiels l’attestent aujourd’hui, la seigneurie de Madawaska* appartenait à Alexander Fraser. Retournons plutôt dans ces années d’avant la Deuxième guerre mondiale.
Toute cette histoire pleine de rebondissements se déroulait pendant la grande Crise (crise économique des années ‘30) et se poursuivit dans les années ‘40. Plusieurs descendants de Philip se réunirent afin d’organiser les recherches devant ces nouveaux faits. Un comité fut créé officiellement. On avait même nommé une secrétaire, Madame Phoebe Oakes, épouse d’Edgar Long. On se réjouissait de cette fortune tombée du ciel. Romuald, l’un des plus ardents promoteurs de cette légende, alla jusqu’à hypothéquer ses biens pour défrayer les coûts de recherches onéreuses. Plusieurs de ses fils contribuèrent également ; parmi eux, mon père qui croyait «dur comme fer» à cette belle légende. Les descendants de Philip reçurent un certificat d’héritier. À la suggestion de Mgr Ernest Lang, cousin de Romuald, un avocat fut engagé, Maître Chamberland. Un autre avocat, Maître Rioux, prit part à l’affaire également. Le nom de Maître Michaud est aussi cité à travers ces recherches. La légende demeura une légende car rien ne fut prouvé. Pourtant, Romuald jura jusqu’à sa mort avoir vu un document entre les mains de l’un des avocats alors qu’il était seul avec lui dans son bureau. L’homme de loi, quant à lui, nia fermement jurant n’avoir jamais eu tel document en sa possession. Qui a dit vrai ? Romuald Lang a probablement pris ses rêves pour la réalité. Une autre version dit que le chien de l’avocat aurait mangé le document.
Romuald était tellement convaincu du bon droit des Long quant à l’héritage des terres qu’il commit au moins un acte illégal. Il alla couper du bois sur les terres de la rivière Verte déclarant que ces terres appartenaient aux Long.. Cette rivière prend sa source à la tête du lac Témiscouata et se jette dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de L ‘Islet-du-Portage. Évidemment, il fut arrêté et mis en prison. Son séjour fut de courte durée. Il faut croire que les autorités de l’époque ont cru à son histoire, car, selon ce qui a été raconté, il a été installé à l’hôtel pendant une semaine à sa sortie de prison et fut traité comme un roi.
Le père de Madame Oakes, Willie Oakes parlait d’un bail emphytéotique qu’aurait eu Philip Long concernant les terres qu’il cultivait au Lac Témiscouata. Et si c’était ce document dont parlait Romuald. Un bail de ce genre est d’une durée de 99 ans, et le locateur, en l’occurrence Philip, jouit de tous les droits y compris celui de construire et de développer. Il peut même jouir des profits de location. Ce document, s’il a jamais existé, est introuvable. Même si on l’avait trouvé dans les années ’30, il n’y aurait pas eu d’héritage, car les 99 ans étaient largement dépassés.
Toutes sortes de faits cocasses se sont déroulés durant cette période concernant le coffret enterré. En voici un basé sur les souvenirs de Lucien Long et qui vaut la peine d’être raconté. Ça se serait passé dans les années ’30. Plusieurs personnes se sont mises à la recherche de cette soit disant fortune. Une voyante fut même consultée et la rumeur fut répandue qu’il fallait chercher sur la terre de Liguori Long, le père de Lucien. Cette terre est située à Clair. Un bon matin, Liguori eut la surprise de découvrir dix-huit trous creusés un peu partout. Durant la nuit, des partisans de cette croyance décidant d’en avoir le cœur net avec la rumeur avaient retourné la terre de Liguori. On alla jusqu’à dire que le coffre avait été retrouvé mais qu’il avait disparu. La raison est des plus farfelues, digne des contes irlandais. Si on découvrait le coffre, nul ne devait parler à ce moment-là sous peine de voir disparaître le coffre. Et … c’est comme cela que le coffre a disparu dans la nuit des temps !
Voici une autre anecdote concernant cette fois les titres de propriété au Lac Témiscouata. Vers 1949, ma mère, qui demeurait à Clair à cette époque, vit un jour deux hommes frapper à la porte de la maison. Arrivant de Cabano, élégants et polis, ils venaient demander l’autorisation de procéder à la coupe de bois sur les terres de Philip. Comme quoi la légende avait pris racine même en dehors de la famille.
La recherche de documents prouvant cette légende a tout de même contribué à mieux nous faire connaître Philip Long. Cette recherche, effectuée par Romuald et son cousin Ernest, les a menés de Rivière-du-Loup jusqu’aux archives nationales à Ottawa, en passant par celles de Québec. Ils y ont trouvé de nombreux documents, lettres et actes notariés, concernant Philip. Comme on le sait, nul document n’est venu confirmer la légende.
Cependant, Mgr Lang était de plus en plus curieux à propos de son ancêtre. Il poursuivit son travail afin d’en écrire l’histoire. En 1974, il prit possession d’un document signé de la main de Philip. Ce document mettait fin à une autre controverse dans l’histoire familiale. Les uns disaient que le patronyme était Lang, les autres déclaraient qu’il s’agissait de Long. Mgr Lang, partisan des premiers, fut forcé d’admettre ses torts ; Philip avait signé « Long ». Il admettait également que son prénom était Philip, et non John Philippe tel qu’il l’avait toujours cru.
L’aspect positif de cette légende et des recherches qui en découlèrent fut d’intéresser plus d’un descendant de Philip à l’histoire de leur ancêtre. Pour certains, c’est même devenu une passion. Les nombreuse heures passées à fouiller les archives ont permis de découvrir de plus en plus de documents. L’un d’eux, découvert récemment par Benoît Long, est important pour comprendre pourquoi Philip n’a jamais obtenu les titres de propriété de sa terre au lac Témiscouata. Ce document** concerne l’octroi d’une terre à la tête du lac Témiscouata à David Higgenbotham par le gouverneur Haldimand. Trouvé à l’Université de Fredericton, il vient prouver que ni le gouvernement d’alors, ni Alexandre Fraser ne pouvaient attribuer officiellement à Philip la terre qu’il occupait. Du moins c’est ce que l’on peut affirmer tant et aussi longtemps qu’on ne trouvera pas de documents qui expliquent ce que Higgenbotham à fait de ses terres. Les a t’il vendues ou léguées ? Est-il décédé sans héritier ? Ces terres seraient-elles retourner à la Couronne ? Questions sans réponses pour l’instant.
*Voir la Seigneurie de Madawaska dans le texte «Sur les traces de Philip et de Julie».
**Voir le document original intitulé Higgenbotham 1784 sur le site web.
Texte de Doris Long
2004-02-07
Source : Benoît Long
Carmen Long
Lucien Long
Mon ancêtre Philip Long par Mgr Ernest Lang
Souvenirs de famille
Une autre anecdote, survenue vers 1949, témoigne de l’ampleur de la légende concernant les titres de propriété du lac Témiscouata. La mère de Mgr. Lang, qui habitait alors à Clair, vit deux hommes élégants et polis s’approcher de la maison. Arrivés de Cabano, ils demandèrent formellement l’autorisation de procéder à une coupe de bois sur « les terres de Philip ». La rumeur avait manifestement pris racine bien au-delà du cercle familial !
Fonds de recherche sur Philip Long conservé aux Archives nationales à Ottawa
En 2006, Benoît Long a pu consulter le fonds de recherche sur Philip Long conservé aux Archives nationales à Ottawa. Ce fonds contient toutes les demandes et toutes les réponses fournies par les Archives nationales à toute personne ayant formulé des demandes d’information sur Philip Long. Tous les noms ont été masqués afin de protéger l’anonymat, mais il est possible, à partir de ce fonds, de reconstituer la chronologie des demandes.
Nous présentons ces informations afin de démontrer comment ces avocats peu scrupuleux ont pu obtenir une quantité considérable de renseignements sur Philip Long tout en refusant à toute la famille, sur plusieurs générations, et même à Mgr Long lui-même, l’accès à ces informations qui auraient pu approfondir leur compréhension de Philip Long et de son histoire..:
1933
Demandes au Archives nationales pour les documents concernant la seigneurie de Madawaska
Les premières demandes consignées concernaient la seigneurie de Madawaska. Elles indiquaient que Philip Long aurait pu recevoir une concession de terres autour du lac Témiscouata, mais qu’aucun document ne le prouvait.
La question relative à la seigneurie mentionnait également des sources permettant de retracer son histoire et ajoutait le nom de Mary Anne Dupéré, épouse de Jean-Antoine-Nicolas Dandame Danseville, seigneur de l’Étendard, et veuve de Pierre Claverie.
Enfin, il était indiqué que Philip Long figurait également sur la liste des pensionnaires de l’asile de Sorel et qu’il était décédé à l’âge de 74 ans [note : il s’agissait d’un autre Philip Lang ayant servi au 34e Régiment]. Une autre lettre poursuivait les mêmes recherches, mais cette fois, les archivistes avaient mis au jour des documents supplémentaires : la lettre de Cowan à Addison en 1816, celle de 1815 accordant à Philip des vivres supplémentaires après la perte de ses récoltes, et la présence de Philip Long dans le rapport Elliott de 1823 et le recensement des soldats le long du portage de Témiscouata.
1934
Tous les documents connus concernant John, Phillip Lang (ou Long) étaient joints.
Il n’y avait pas de liste, mais il s’agissait des mêmes documents qui seraient renvoyés par les Archives en 1937. Dans cette lettre, nous apprenons que les mêmes questions avaient été posées en 1932 par un certain M. J.-B. Lavoie, avocat de la Rivière-du-Loup en Bas. L’archiviste s’excuse d’ailleurs de ne pouvoir envoyer de documents plus récents !
L’archiviste réaffirme qu’ils ne possèdent absolument aucun document concernant une prétendue concession de terres autour du lac Témiscouata au messager Lang ou Long.
1936
Autres lettres concernant les seigneuries de Témiscouata et de Madawaska. Cette fois, les archivistes transmettent une pétition d’Alexander Fraser datant de 1838 – son contenu reste inconnu.
Quant à Philip Long, la question des concessions autour du lac est de nouveau posée, mais aucun document n’est trouvé, ce qui est clairement indiqué aux auteurs des lettres ; toutes les informations de 1933 sont répétées. Un fait supplémentaire est ajouté à l’histoire de la seigneurie : elle a été vendue par Marie-Anne Dupéré à James Murray le 20 juillet 1763.
Il semble que deux groupes d’avocats ou autres personnes aient écrit aux Archives pour obtenir ces informations, car différentes lettres reprennent les mêmes éléments à plusieurs reprises. Enfin, les lettres mentionnées précédemment sont non seulement référencées, mais ont également été transcrites directement par les archivistes. Il aurait été très utile aux chercheurs de recevoir ces lettres. Nous supposons qu’elles ont été conservées par les avocats, car rien n’indique que Mgr Lang en ait jamais reçu copie.
1937
Toutes les mêmes références à Philip Long se répètent – on compte maintenant 10 lettres et documents cités – étant donné que certaines personnes n’y ont pas eu accès pendant un certain temps (la plupart ont d’ailleurs été utilisées par Robert Pichette dans son article de 1957 paru dans Le Madawaska), nous estimons utile de reproduire la liste des Archives de 1937 :
- Long, Philip, colon. Explication des raisons du retard de son allocation ; un compte sera rendu et le solde sera remis à toute personne autorisée à en prendre la charge. (C.284, p. 84) Québec, 27-3-1811.
- Long, Philip, colon, lac Témiscouata, près du Grand Portage. Demande de renouvellement de l’autorisation de versement de sa rente. Québec, le 29 novembre 1811. (C. 284, p. 91).
- Long, Phillip, colon, Lac Témiscouata, L.C. Demande que sa pension soit désormais versée à Henry Cowan, maître de poste, Québec. Québec, 31-7-1816 (C. 284, p. 207)
- Long, Philip, colon, Lac Témiscouata (ancien messager). Plainte déposée contre lui pour avoir retenu du courrier anglais. Lettre du maître de poste H. Cowan au lieutenant-colonel Addison. Bureau de poste, Québec, 10-10-1816. (C. 284, p. 213)
- Long, Philip, colon, Lac Témiscouata. Renouvellement du mandat pour le versement de sa pension; instructions données au commissaire général pour son versement, comme d’habitude, au maître de poste Heriot, en son nom. Québec, 16-12-1811. (C. 1218, p. 98)
- Long, Philip, colon, Lac Témiscouata. Proposé comme inspecteur auprès du Grand Voyageur pour la construction d’une route sur le portage, de River-du-Loup au Lac Témiscouata, sur la ligne de communication entre le Bas-Canada et le Nouveau-Brunswick. Joseph Bouchette à Sir G. Prevost. Québec, 30 juin 1814. (C. 621, p. 24)
- Long, Philip (ancien soldat et colon du lac Témiscouata) à Sir Gordon Drummond. Demande d’aide suite à la mauvaise récolte habituelle de céréales. Recommandation favorable du général Sir S. Backwith, quartier-maître général de Québec. 18 novembre 1815. (C. 506, p. 82)
- Long, Philip, sur la liste des pensionnés. Non considéré comme colon ; inscrit par le directeur général des postes. Lac Témiscouata, 21 septembre 1823. (C. 198, p. 56)
- Long, Philip. Sur l’établissement des invalides de Sorel entre le 25 septembre et le 24 décembre 1829. (C. 281, p. 166)
Je trouve personnellement cette liste étonnante. Compte tenu de l’année où il a été mis à la disposition de ceux qui enquêtaient sur la vie de Philip Long, toutes les lettres et tous les documents ont été transcrits par les Archives et joints à celui-ci. Nous avons reproduit en annexe, dans une excellente traduction de Jeannine Couture, le récit captivant de Doris Long sur la fortune de la famille Long-Lang.
En 2006, une analyse du fonds de recherche des Archives nationales à Ottawa a permis de retracer les demandes d’information concernant Philip Long formulées par des tiers entre 1933 et 1937. Ce dossier révèle comment des documents clés, tels que des pétitions et des dossiers de pension, ont été consultés par des intermédiaires, privant la famille Lang de ces informations historiques.














Une transaction foncière entre Philip Long, Alexandre Fraser et Joseph Bouchette et son impact sur la famille Long-Lang
Les pages qui suivent lèvent le voile sur un chapitre crucial de notre histoire familiale. Si ce document avait été connu plus tôt, la légende de la « fortune » Long-Lang n’aurait sans doute pas animé tant de veillées, ni bouleversé tant de destinées. Quoi qu’il en soit, la transaction foncière conclue à Québec le 31 mars 1818 marque un tournant décisif dans la vie de Philip Long : il en tira un profit substantiel tout en acquérant des droits sur d’autres terres au sud du lac Témiscouata. Il nous reste toutefois à éclaircir comment ces trois hommes en sont venus à s’associer pour sceller un accord aussi historique.
Avant de poursuivre, il importe de saluer le travail de Jean-Claude Massé, professeur à l’Université Laval. C’est dans le cadre de ses recherches sur l’histoire de Cabano qu’il a mis au jour cette pièce maîtresse aux Archives de Québec, dont
Gilles Paillard a par la suite réalisé une transcription. Bien que nous ne disposions pas d’une photocopie de l’original, le fruit de ses recherches a été publié dans un ouvrage de référence : Le Témiscouata : De la Préhistoire à la Confédération (Presses de l’Université Laval, 2018). Nous recommandons vivement la lecture de ce livre de 454 pages et nous nous faisons ici le relais du chapitre consacré spécifiquement à Philip Long et sa famille.

Ces trois hommes se connaissaient manifestement fort bien. Philip Long était établi à l’extrémité du lac Témiscouata depuis 1809 et y œuvrait comme messager depuis plus de vingt ans. De son côté, Alexander Fraser était le seigneur en titre de Rivière-du-Loup et de Témiscouata (un domaine qui englobait alors la seigneurie de Madawaska). Enfin, Joseph Bouchette, en sa qualité d’arpenteur général, avait longuement sillonné la région ; il en avait dressé les cartes, arpenté chaque rang et fief, et réalisé de magnifiques gravures, notamment celle de la ferme Long et des chutes Grand Falls sur le fleuve Saint-Jean. Mais Fraser et Bouchette nourrissaient pour la région une ambition bien plus vaste.
Ils avaient élaboré des plans détaillés pour la fondation d’une ville sur les rives du lac, baptisée « Kent et Strachern ». Dans son Dictionnaire topographique, Bouchette accordait une importance considérable à ce projet — se gardant bien de révéler qu’il y avait un intérêt personnel majeur, puisqu’il possédait alors un tiers de la seigneurie suite à ses transactions avec Fraser. On appellerait cela aujourd’hui du « marketing intégré » !
Le Dictionnaire biographique du Canada apporte un éclairage précieux sur le parcours de Bouchette :
« À Londres, Bouchette publia en 1815 une carte du Bas-Canada […] accompagnée d’un catalogue […] intitulé A Topographical Description of the Province of Lower Canada. L’ouvrage fut si bien accueilli que la Société pour l’encouragement des arts de Londres lui décerna une médaille d’or en 1816. De retour au Bas-Canada, il reçut une autre marque de reconnaissance, cette fois du seigneur Alexander Fraser, qui, en novembre 1817, lui fit don d’un quart des seigneuries de Madawaska et du lac Témiscouata. En mars de l’année suivante, Fraser lui en céda un douzième supplémentaire en copropriété. »
Il est fascinant de voir comment les pièces du puzzle s’assemblent. Fraser a manifestement mis à profit sa relation avec Bouchette pour donner une visibilité inédite à sa seigneurie. En faisant de l’arpenteur général son partenaire et allié, il s’assurait le concours d’un homme d’influence, capable d’attirer des colons vers sa future ville. On sait d’ailleurs qu’après s’être installé au lac Témiscouata en 1814, Fraser n’avait réussi à y établir que quatre familles. L’association avec Bouchette en 1817 visait donc à changer radicalement la donne.
C’est dans ce contexte que Philip Long entre en scène. Nous savons qu’il éprouvait d’importantes difficultés à faire valoir ses droits sur les terres qu’il occupait. La concession initiale de son prédécesseur, Higginbotham, avait été accordée « par erreur » en 1784, puisque Sir James Murray était alors le véritable propriétaire de la seigneurie. Si Higginbotham avait tenté de vendre ses terres en 1789, il semble qu’il n’y soit jamais parvenu : le récit de voyage de Patrick Campbell mentionne qu’en 1791, la maison d’Higginbotham était en ruines.
Philip Long se heurtait probablement au même obstacle juridique : ses terres faisaient partie intégrante de la seigneurie de Témiscouata qui, dès 1814, appartenait de plein droit à Alexander Fraser, ancien capitaine du 84e régiment d’infanterie (Royal Highland Emigrants). [iv]
L’acte de vente des terres entre Philip Long, Alexander Fraser et Joseph Bouchette est donc d’une grande importance historique pour notre famille.
Cette vente confirme avant tout que les droits de Philip Long sur les terres de l’extrémité du lac Témiscouata ont été officiellement éteints par ce document. À la lecture de cet acte, on mesure l’impact qu’il aurait pu avoir sur les membres de notre famille qui, durant des décennies, ont cru à une fortune miraculeuse reposant sur des droits fonciers résiduels dans la seigneurie de Madawaska.
Ces terres appartenaient initialement à David Higginbotham, messager auprès des Autochtones et témoin de mariage de Philip Long en 1792. Higginbotham en avait reçu la concession du gouverneur Haldimand en récompense de ses services durant la guerre d’Indépendance américaine, afin d’assurer la liaison postale entre Québec et Halifax.
L’acte de 1818 nous révèle plusieurs faits cruciaux :
- Occupation et améliorations : Bien que Philip Long se soit établi à cet endroit sans titre de propriété incontestable, il y avait apporté des améliorations notables au fil des ans.
- Projet urbain : Alexander Fraser et Joseph Bouchette s’étaient associés pour fonder une ville, « Kent et Strachern », à l’emplacement actuel de Cabano.
- Conditions de vente : Le terrain fut cédé par Philip Long pour la somme de quinze livres sterling.
- Nouvelle concession : En échange, Philip et ses descendants recevaient un emplacement de 184 pieds de front (mesures anglaises) comprenant les lots 1, 2 et 3, bordés par le lac d’un côté et la rue Fraser de l’autre. Sa demeure se trouvait précisément sur le lot 3.
De plus, Philip obtenait le droit de choisir deux futurs lots ou fermes dans la seigneurie avant tout autre colon, avec une exemption de rente foncière.
Le 12 août 1824, son fils Jean-Baptiste Long et son épouse vendirent à Alexander Fraser une parcelle située à une demi-lieue de la maison paternelle. Une note au bas de l’acte précise que Jean-Baptiste détenait cette terre par concession, bien qu’il n’en possède aucun titre écrit. Il ne fait aucun doute pour nous que cette terre découlait directement de l’accord conclu entre Long, Fraser et Bouchette en 1818.
L’intrigue s’épaissit avec la découverte récente d’une lettre de Philip Long à Alexander Fraser, datée du 5 janvier 1827. Philip y mentionne une vente de terre pour laquelle il devait être payé sur deux ans. Puisque la transaction de 1824 représentait la première concession, cette lettre confirme qu’une seconde vente a eu lieu entre 1825 et 1826. Cela signifie qu’avant de quitter définitivement le Témiscouata, Philip avait liquidé l’ensemble de ses avoirs fonciers.
Ironiquement, les terrains obtenus en 1818 situaient la famille Long au cœur même du projet de ville de Fraser et Bouchette. Pour Philip, il s’agissait d’une perspective d’affaires prometteuse, misant sur le prestige de ses associés.
En conclusion, l’acte de 1818 est d’une importance capitale. S’il avait été connu plus tôt, le mythe de la « Fortune » se serait sans doute dissipé. Nous émettons l’hypothèse que les avocats peu scrupuleux qui, dans les années 1930, soutiraient de l’argent à nos familles pour « enquêter » sur ces terres, connaissaient parfaitement l’existence de cette transaction. S’ils ont pu dissimuler pendant dix ans les documents des Archives nationales, ils n’auraient eu aucun scrupule à taire cet acte de vente qui aurait mis fin prématurément à leurs lucratives activités à Clair.
Voici le texte intégral de cet important document.
Accord du 31 mars 1818 Philip Long
et Joseph Bouchette
Le trente et unième jour de mars de l’an de grâce mil huit cent dix-huit, devant nous, les soussignés, notaires publics dûment admis et assermentés pour la province du Bas-Canada et résidant dans la ville de Québec, dans ladite province, se sont présentés en personne Philip Long, de la partie du fief et seigneurie du lac Témiscouata située à l’extrémité du portage, actuellement dans ladite ville de Québec, yeman d’une part, et Joseph Bouchette, écuyer de ladite ville de Québec, arpenteur général de ladite province, agissant pour les effets des présentes pour lui-même et pour Alexander Fraser, de la paroisse de Saint-Patrick, dans la seigneurie de la rivière du Loup, dans le comté de Cornwallis, dans le district de Québec, écuyer, en qualité de coseigneurs dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata d’autre part.
Lesdites parties, en présence de nous, lesdits notaires, ont et déclarent par les présentes, individuellement, reconnu et admis l’engagement, la promesse et le contrat qui s’est formé l’une envers l’autre, comme suit : Attendu que ledit Philip Long s’est établi sur la partie susmentionnée dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata sans aucun titre et y a apporté certaines améliorations ; Attendu que lesdits Joseph Bouchette et Alexander Fraser se proposent de fonder une ville à l’endroit ainsi établi et amélioré par ledit Philip Long, laquelle serait appelée la ville de Kent ; et attendu que ledit Philip Long, pour les considérations ci-après mentionnées, a accepté de céder auxdits Joseph Bouchette et Alexander Fraser la partie dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata qu’il a établie et améliorée comme susmentionné ; Or, les présentes attestent que ledit Philip Long, pour les considérations ci-après mentionnées et la somme de quinze livres, monnaie courante de cette province, lui a été versée par ledit Philip Long avant la signature des présentes par ledit Joseph Bouchette. Reçu dûment acquitté, ledit Philip Long reconnaît et ne quitte pas les lieux – a cédé et cède par les présentes audit Joseph Bouchette et Alexander Fraser, acceptant ledit Joseph Bouchette comme suit, c’est-à-dire – La partie susmentionnée dudit fief et seigneurie du lac Témiscouata, établie et améliorée par lui-même, ledit Philip Long, comme indiqué ci-dessus, et tous les droits, réclamations et prétentions quelconques de lui-même, ledit Philip Long, sur et hors de ladite propriété, en raison de ladite installation et amélioration ou de toute autre manière.
Pour avoir et détenir la totalité et la totalité desdits lieux ainsi cédés audit Joseph Bouchette et Alexander Fraser, leurs héritiers et ayants droit, à compter de ce jour et à perpétuité. Et en présence de nous, lesdits notaires, ledit Joseph Bouchette, agissant comme susmentionné et en considération supplémentaire de ladite cession ainsi effectuée, a et accorde par les présentes à ledit Philip Long, lequel accepte ce qui suit, à savoir : lui donner immédiatement, ainsi qu’à ses héritiers ou ayants droit, sur le plan d’arpentage et de subdivision de ladite ville de Kent proposée, des titres de concession pour les lots décrits ci-après, dont il conservera la possession, d’une superficie de cent quatre-vingt-dix-huit pieds carrés, soit les lots n° 1, 2 et 3, situés entre le lac à l’avant et la rue Fraser à l’arrière, et le marché aux poissons d’un côté, et la rue séparant lesdits lots de la place du marché de l’autre côté. Sur l’un de ces lots, à savoir le n° 3, adjacent à cette dernière rue, se trouve la maison dudit Philip Long. Située et construite conformément au plan de ladite ville, déposé au bureau de W. F. Scott, l’un des notaires soussignés, pour référence. Accompagnée également de titres de concession pour deux terres ou fermes à aménager dans ledit fief et seigneurie du lac Témiscouata et à choisir par ledit Philip Long, ses héritiers ou ayants droit, avant que toute autre terre ou ferme ne soit concédée à quiconque. Lesdits titres de concession pour les lots et terres de la ville seront assortis des conditions habituelles dans des cas similaires et de celles qui seront accordées aux autres censitaires.
Et pour l’exécution des présentes, lesdites parties élit domicile à leurs résidences actuelles et respectives susmentionnées.
Fait et adopté à Québec,
au bureau de W. F. Scott, l’un des notaires soussignés, le jour et l’an susmentionnés, à midi. En foi et en témoignage de quoi, lesdites parties ont d’abord dûment lu, signé et apposé leurs noms et signatures respectifs en présence de nous, lesdits notaires, également signataires.
Les mots raturés sont nuls.
Les notes marginales approuvées sont valables.
Philip Long
Jos. Bouchette
B. Lelievre
W. F. Scott
1 Mesure anglaise en largeur perpendiculaire
2 Après que lesdits Seigneurs y auront constitué les réserves qu’ils jugeront appropriées
3 mais sans autre rente que les cens
Entre 1818 et 1823, peu d’événements familiaux marquants ont été portés à notre connaissance. Au lac Témiscouata, la famille Long semble mener une existence sans grands bouleversements. Nous savons toutefois que la rudesse du climat, la pauvreté des sols et l’isolement pesaient lourdement sur les colons de la région, et il est fort probable que la famille de Philip n’ait pas été épargnée par ces difficultés persistantes.
Naissance de Michel Long, le 29 septembre 1820
D’après Mgr Lang, Michel est né le 29 septembre 1820. Il a été baptisé à Saint-Basile le 20 août 1821. Michel laissera une très nombreuse descendance. Il a vécu à Clair, au Nouveau-Brunswick, toute sa vie, à notre connaissance. Si l’on considère que Philip Long est né en 1742, il aurait eu 78 ans à la naissance de Michel.
Mariage de Jean-Baptiste Long et de Marguerite Émond, le 20 août 1822.
Voici une copie de l’acte de mariage célébré à Saint-Basile, au Nouveau-Brunswick.

Mariage Jean Baptiste Long et Marguerite Emond – 1822
Le vingt aout Mil huit cent vingt deux après la publication de trois bans de mariage faits au prone de la paroisse par trois dimanches consécutifs entre Jean Baptiste Lang cultivateur au bod du lac Thémisquata le fils Majeur de Philippe Lang cultivateur du même lieu et de Marie-Couillard Després d’une part et Marguerite Emond Domiciliée de cette paroisse fille mineure de Bernard Emond cultivateur de cette paroisse et de Marie Ange (Anne) Dubé d’autre part nés étant Décourventaire xxxx et mariages, nous soussignés irages et leurs ont donné la Bénidiction par de l’Église en présence de Philippe Lang père… pour soussignes, Honoré Marquis amis de l’épouse de Baptiste Long, père de l’épouse, de Pare Emond oncle de l’épouse, qui ainsi que les les épouses n’ont pu signer, les simples absentes, lecture faite.
Philpi (Philip) Long

Si l’on observe attentivement la signature ci-dessus, on constate que la force qu’elle avait en 1792 a complètement disparu. L’auteur de ces lignes estime que cela confirme que Philip Long avait bien soit 70 ou 80 ans à la date du mariage de son fils aîné avec sa promise.
John Mann, Voyages en Amérique du Nord – Visite à Long’s Place entre août 1822 et mars 1823.
Cet ouvrage fut une découverte exceptionnelle pour quiconque s’intéresse à la vie quotidienne à la Long’s Farm ou souhaite mieux cerner la personnalité de Philip Long. Ghislain en possédait un exemplaire qui trône aujourd’hui dans ma bibliothèque, me rappelant sans cesse la richesse des témoignages que recèlent les journaux intimes à travers l’histoire. Donald Long a d’ailleurs consacré de nombreuses recherches à ce texte et à ses implications afin d’éclairer les origines de notre ancêtre.
John Mann, un Écossais ayant voyagé en Amérique du Nord, nous a laissé l’un des portraits les plus intrigants et captivants que nous possédions de Philip Long. Il est d’ailleurs curieux que cette description nous parvienne d’une source extérieure plutôt que par la tradition familiale, pourtant transmise fidèlement de génération en génération.
Si les extraits reproduits ci-dessous sont riches d’enseignements, le passage suivant est sans conteste le plus révélateur :
« Le propriétaire était américain et parlait un anglais correct. Son épouse était une Française du Bas-Canada, si bien que toute la famille parlait français. Après avoir discuté un moment avec le vieil homme, je suis allé me coucher. »
Il n’est guère surprenant que Mann, un Écossais venu d’Europe, décrive Philip comme un « Américain ». Cette appellation était tout à fait exacte pour un Loyaliste, mais il est significatif qu’il n’ait employé aucun autre qualificatif tel qu’Écossais, Anglais, Britannique ou Irlandais — ce à quoi on aurait pu s’attendre de la part d’un voyageur rencontrant un homme de la stature de Philip en pleine nature.
L’expression « parlait un anglais correct » (ou avec une certaine élégance dans le texte original) mérite que l’on s’y attarde. Le choix de ces termes suggère un niveau d’éducation et un savoir-vivre certains. Peut-on en déduire des indices sur ses origines ethniques ? Il reste difficile de l’affirmer avec certitude.
Quoi qu’il en soit, nous vous invitons à découvrir ce récit captivant.
Titre complet : Voyages en Amérique du Nord – Plus particulièrement dans les provinces du Haut et du Bas-Canada, et au Nouveau-Brunswick, ainsi que dans les États du Maine, du Massachusetts et de New York : récit d’aventures et de mésaventures diverses et intéressantes, vécues par l’auteur lors de son voyage parmi les Américains, les Hollandais, les Français et les Amérindiens. Plusieurs interventions remarquables de la divine providence l’ont préservé des dangers, sur terre et sur mer, de 1816 à 1823.
Auteur : John Mann, Glasgow
Imprimeur : Andrew Young, 150, Trongate (1824)
Introduction
… Mann et les passagers du Favorite n’ont rencontré aucun des problèmes que nous venons de décrire, mais il relate ses rencontres avec des personnes qui, elles, les ont rencontrés, comme ces deux Irlandais qu’il a croisés alors qu’ils marchaient de Québec au Nouveau-Brunswick, accompagnés de leurs épouses et de leurs deux jeunes enfants, sans se douter de la distance qu’ils devaient parcourir ni des difficultés qui les attendaient. À cette époque, les gouvernements coloniaux accordaient parfois de petites concessions aux colons installés dans des lieux isolés le long des principaux axes routiers, comme le lac Témisouata et Grand Falls, sur le cours supérieur du fleuve Saint-Jean. Ces concessions visaient à fournir un abri et de la nourriture aux voyageurs, dont beaucoup n’avaient pas les moyens de payer une telle aide. Parmi ces colons, on compte John Long, au lac Témisouata, et Charles Stewart, à Grand Falls, qui, entre août 1822 et mars 1823, ont aidé plus de soixante personnes. Mann décrit ses visites chez certains de ces pionniers courageux, notamment chez John Long, sans toutefois le nommer. (Citation tirée de l’introduction, page VI, par W. A. Spray, Université St. Thomas, Fredericton (N.-B.), 1978, réimprimée par Saint Annes Point Press, C.P. 691, Fredericton (N.-B.) – l’édition originale se trouve chez A. Young, Glasgow (Écosse), en 1824.)
[Note : Étant donné que Spray a utilisé l’Histoire du Madawaska de Thomas Albert dans son introduction, nous pensons que c’est de là qu’il fait référence à John Long plutôt qu’à Philip Long. Éd.]
Autres sections du livre
Voyage de Québec à Fredericton
p. 34-37
« Après avoir voyagé pendant trois jours consécutifs, du lever au coucher du soleil, je suis arrivé au pied du déversoir, à quinze milles en aval de Kammoraskau, où je comptais quitter le fleuve Saint-Laurent.
Le dimanche soir, au moment où j’allais me coucher, dans une auberge de piètre qualité, plusieurs jeunes du voisinage se sont réunis pour boire ; et, étant bien arrosés… » Alors que j’avançais, certaines femmes se mirent à chanter et les autres à danser. Leurs rires m’endormirent, mais je ne le fis pas longtemps car elles me réveillèrent, apportant de l’alcool et me forçant à en boire. Après avoir cédé à leur invitation insistante, je compris à leurs visages et à leurs gestes qu’elles étaient ravies. Elles s’étaient toutes rassemblées pour assister à ce spectacle. Elles continuèrent à danser jusqu’à épuisement, puis se retirèrent. Le lendemain matin, le 10 septembre, je quittai le Saint-Laurent et gravis une hauteur sur la rive sud, où je trouvai une sorte de chemin, tracé à travers les bois, menant à un autre hameau à environ six milles du fleuve. Là, je rencontrai un vieil Indien qui m’informa qu’il se rendait à la taverne que je venais de quitter pour acheter une bouteille de rhum qu’il devait emporter avec lui lors de son voyage au lac Tammisquatta, empruntant le même itinéraire que moi. Je lui dis que je l’attendrais et que sa compagnie me serait agréable, car il Il parlait assez bien anglais. Trois autres Indiens, qui devaient l’accompagner, étaient assis près d’un feu au bord de la route, où ils avaient passé la nuit.
Ils préparaient le petit-déjeuner pendant que leur compagnon allait chercher du rhum. Je me hâtai vers le prochain village pour prendre mon petit-déjeuner et être prêt à partir avec eux. Après m’être rafraîchi, je me reposai jusqu’à leur arrivée. Par chance, je rencontrai une vieille dame (la femme d’un soldat démobilisé) qui m’informa que je devais passer la nuit dans le désert si je voulais poursuivre mon voyage si tard. Entre-temps, les Indiens nous rejoignirent, allumèrent un feu et préparèrent le dîner. L’un d’eux, dès qu’il eut mangé, prit le canoë et se mit en route ; les autres fumaient la pipe. Le vieil Indien qui était allé chercher le rhum en prit généreusement avant de rattraper les autres, ce qui l’empêcha de prendre le canoë à son tour. Cependant, ses compagnons, robustes et agiles, le portèrent à tour de rôle et marchèrent étonnamment bien. Rapidement. Suivant le conseil de la vieille dame, je restai jusqu’au lendemain matin, pensant qu’il ne serait pas difficile de les rattraper le jour suivant.
Me levant tôt, je pris la route, devant parcourir cinquante kilomètres avant de rencontrer la moindre maison. La route était extrêmement pénible, tantôt à travers des marécages, tantôt sur des collines, des rochers et des montagnes, ce qui rendait le voyage très fatigant. J’aperçus au bord de la route des traces de feu non complètement éteint, et j’en conclus que les Indiens y avaient passé la nuit et ne devaient pas être très loin devant moi. Je voyageai d’un pas rapide, désireux de les rattraper, car on m’avait dit qu’il n’y aurait aucune possibilité de me rejoindre, une fois arrivé au lac, sauf dans l’une de leurs pirogues. Dans l’après-midi, je découvris des traces d’un autre feu, où je supposai qu’ils avaient préparé le dîner ; mais j’étais certain qu’il ne pouvait s’agir de ceux que j’avais vus, sinon je les aurais rattrapés depuis longtemps, car leur pirogue était d’un poids et d’une taille considérables. J’ai rencontré trois Irlandais, portant leurs bagages, qui avaient quitté la ville de Saint-Jean et se dirigeaient vers le nord de Can.
Après avoir terminé ma conversation avec les Irlandais, je repris ma route pour rattraper les Indiens, dans l’espoir, si possible, de me faire embarquer dans leur canoë. Vers quatre heures de l’après-midi, je les rejoignis. Ils n’étaient plus qu’un jeune couple et un garçon de seize ans. Leurs bagages se composaient d’un petit canoë, d’une petite hachette, d’une bouilloire en fer-blanc et de quelques harengs. Je souhaitais m’entretenir avec eux, surtout par intérêt personnel, mais ils semblaient distants et indifférents. Ignorant leur façon de porter le canoë, et désireux de leur rendre service, je pris le tomahawk.
Les deux hommes portaient le canoë à tour de rôle, soutenus par une bandoulière placée sur la tête. L’une des traverses reposait sur une planche qui leur descendait dans le dos. Le canoë était à l’envers, une extrémité dépassant de leurs têtes et l’autre touchant parfois le sol. Une fois leur équipement sur le dos, ils pouvaient avancer assez vite, mais ces changements fréquents les retardaient et ralentissaient notre progression. La journée étant déjà bien avancée, je doutais de pouvoir apercevoir le lac ce soir-là. Je repris ma marche et les quittai. Mais après avoir parcouru une certaine distance, je me dis qu’il serait inutile d’emporter la hachette si les Indiens campaient en chemin, à cette altitude, car ils n’en auraient certainement pas besoin. Ne sachant que faire, si je devais revenir avec la hachette ou poursuivre ma marche, je me reposai pour réfléchir à la décision à prendre, me disant qu’ils se montreraient peut-être avant mon départ. Je savais qu’ils n’avaient que peu ou pas de provisions, et je répugnais à les priver de la hachette, dont ils n’auraient certainement pas besoin.
Alors que j’étais assis, j’aperçus par chance des faisans tout près : visant l’un d’eux avec une pierre, je le tuai. Comme les Indiens avaient des feux d’artifice, je pensai pouvoir faire rôtir le faisan pour le souper, et que sa présence sur mon chemin était providentielle. Mais après avoir longtemps attendu, sans voir arriver le groupe, je commençai à m’inquiéter sérieusement et ne savais plus quoi faire. Finalement, me disant que, par crainte d’être malmené par les Indiens, il valait mieux que je poursuive ma route. La nuit étant chaude et sèche, et ayant du faisan, je me dis que je ne risquais rien à passer la nuit dans les buissons, même en mangeant ma venaison crue. Comme il faisait encore jour, je repris ma marche et, peu après, j’atteignis une hauteur d’où je pouvais apercevoir le lac au loin. Ma joie était plus facile à concevoir qu’à exprimer. Je marchai d’un pas rapide et vigoureux, pensant l’atteindre avant la nuit. Après avoir descendu la colline, je traversai une plaine, ce qui donnait l’impression que la nuit approchait.
Après avoir parcouru quelques kilomètres dans cette plaine, je fus de nouveau découragé, croyant n’avoir vu que le ciel bleu au lieu du lac ; mais la hauteur suivante dissipa heureusement mes doutes. Peu après, j’arrivai à une petite maison au bord du lac. À peine avais-je fini de souper que les Indiens arrivèrent avec leur canot. Ils prétendirent se préparer à embarquer le soir même. Voyant cela, je demandai à mon propriétaire s’il était possible de trouver un autre moyen de transport. Il me répondit que les chances étaient minimes, à moins de payer plus que ce que je pouvais me permettre. Je m’adressai donc aussitôt à eux pour obtenir un passage jusqu’à la colonie la plus proche, située à quarante-cinq milles. Je leur demandai combien ils accepteraient pour me transporter sur cette distance ; mais ils refusèrent de s’entendre tant que je ne leur aurais pas versé une certaine somme d’avance. Ils m’expliquèrent qu’ils comptaient camper au bord du lac pour la nuit et qu’ils n’avaient rien à manger, si ce n’est quelques harengs qu’ils avaient rapportés du Saint-Laurent. Ces faisans étaient un peu abîmés, car transportés en fagot sur le dos de la squaw ; la chaleur les rendait immangeables.
Je me trouvai alors face à un dilemme : que faire ? Je craignais qu’en les payant d’avance, ils ne partent tôt le lendemain matin et m’abandonnent. Je leur confiai mes craintes. Ils promirent solennellement de ne pas me tromper. Malgré mes doutes, je ne leur donnai que vingt-cinq cents pour acheter de la farine pour le souper. Je retournai ensuite à la maison chercher le faisan que j’avais chassé ; mais à mon retour, je ne vis ni Indiens, ni canoë, ni rien d’autre. Craignant d’être déçu, je criai. Ils me répondirent, s’étant éloignés un peu de l’endroit où je les avais laissés, vers un endroit plus approprié. Je leur offris le faisan, pour lequel ils me remercièrent chaleureusement, puis je regagnai mon logement.
Le propriétaire était américain et parlait couramment anglais. La logeuse était une Française originaire du Bas-Canada, et par conséquent, toute la famille parlait français. Après avoir bavardé un peu avec le vieux monsieur, je me suis retiré pour me coucher.
Je me suis levé tôt le lendemain matin. J’avais d’ailleurs très peu dormi de la nuit, craignant d’être trompé par les perfides Indiens. Je me suis habillé à la hâte, déterminé à ne pas tarder avant de savoir s’ils étaient partis ou non. Arrivé à l’endroit indiqué, j’ai trouvé le père et la femme d’un côté du feu, sous une couverture et par-dessus eux. Le garçon était de l’autre côté du feu, enroulé dans une vieille couverture en lambeaux. Tous trois dormaient profondément. Le canot était retourné et leurs quelques affaires étaient rangées dessous. Je les ai réveillés et leur ai demandé quand ils comptaient partir. Ils ont répondu immédiatement après le petit-déjeuner. La femme s’est mise à cuisiner. Le père planta deux petits piquets dans le sol, et un troisième en travers, auquel il suspendit la bouilloire. La squaw avait de la farine, dont elle fit une bouillie, coupant les harengs peu appétissants et les mélangeant à la bouillie. Pendant qu’elle cuisinait, d’autres préoccupations m’occupèrent.
Je me disais que si je retournais déjeuner, ils pourraient repartir avant mon retour. Jeûner jusqu’à la prochaine colonie serait dangereux, et je n’avais aucune envie de partager le repas des Indiens, du moins en supposant que je serais bien accueilli. Je restai jusqu’à ce que la bouillie soit prête. Elle était versée dans un plat en écorce. Chacun d’eux avait une cuillère indienne, elle aussi en écorce. Ils m’en offrirent une et m’invitèrent à manger avec eux. Considérant la distance qui me restait à parcourir, et craignant en même temps de les offenser en refusant plutôt que par nécessité, j’acceptai. Nous nous assîmes tous les quatre autour du plat, reconnaissants de ne pas être dans une situation pire. Ce régime alimentaire était une rareté pour moi, et je crois qu’il le serait pour tout Européen. Après le petit-déjeuner, l’un d’eux me fabriqua une pagaie pour les aider. Une fois tout prêt, nous partîmes. Un des Indiens était à l’avant du canoë, et l’autre à l’arrière. Je m’assis près de ce dernier et pagayais, tandis que la femme, assise près du premier, fumait sa pipe. Mon compagnon de l’arrière cassa bientôt sa pagaie, ce qui me soulagea fort agréablement de mon effort, et par la suite, je ne fis plus que spectateur de ce qui se passait. »

Des années difficiles le long du portage de Témiscouata
La décennie 1818-1828 constitue une période charnière pour la famille Long au lac Témiscouata. Elle s’ouvre sur l’arrivée d’un nombre croissant de colons venus participer au développement de la région, tout en témoignant d’un regain d’intérêt marqué du gouvernement pour le maintien de cette voie de communication — une route essentielle à la subsistance de la famille depuis au moins 1786. Pourtant, comme nous l’avons souligné précédemment, les autorités cessèrent inexplicablement de soutenir les colons en 1819, entraînant le départ définitif de nombreuses familles.
Un rapport de J. A. Rottenburg, daté du 10 juillet 1819 [v], décrit avec précision l’état du portage. Selon lui, l’intervention de quelques compagnies militaires suffirait à remettre la route en état pour permettre un transport convenable. Quelques mois plus tard, le messager André Marquis fit écho à ces conclusions en exhortant le gouvernement à entreprendre des réparations. Il proposait d’engager Joseph Robichaud, un messager de renom, prêt à effectuer les travaux pour la modique somme de deux livres et quelques shillings, accompagnés de deux barils de farine et d’un de saindoux [vi]. Ces appels semblent toutefois être restés lettre morte, puisque Marquis réitéra ses doléances en décembre 1820 [vii].
Dans sa thèse intitulée Le Portage de Témiscouata, l’historien Nive Voisine brosse un tableau révélateur des sommes investies par le gouvernement, année après année, pour l’entretien de cette route stratégique [viii].
| 1821 | 150 livres (trad. pounds) |
| 1823 | 200 livres (trad. pounds) |
| 1826 | 500 livres (trad. pounds) |
| 1829 | 800 livres (trad. pounds) |
| 1833 | 100 livres (trad. pounds) |
Le gouvernement cherchait sans relâche une solution durable pour l’entretien du Portage, afin d’en garantir l’accès et la sécurité aux voyageurs comme aux courriers. En 1821, une enquête fut confiée à un comité de cinq notables. Celle-ci s’appuyait sur les témoignages de messagers et d’usagers réguliers, qui s’accordaient tous sur un point : la route pouvait être réhabilitée à moindres frais. À cette époque, huit employés assuraient la liaison postale entre Québec et Halifax. [ix]
En 1825, une commission de plus grande envergure fut mandatée pour évaluer l’avenir du Portage. Ce comité, composé du général Smyth, du lieutenant-colonel Hoste et du capitaine Harris, examina trois options stratégiques : le creusement d’un canal, la construction d’un chemin de fer ou l’aménagement d’une voie militaire. Seule cette dernière option fut jugée réalisable, tant sur le plan logistique qu’économique. [x]
Rapport du major Elliott – 1823 [xi]
Ce rapport revêt un intérêt tout particulier, car il nous livre le témoignage direct du major Elliott concernant Philip Long et la perception qu’avait ce dernier des terres qu’il habitait depuis si longtemps. Intitulé « État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés », ce document est daté d’août 1823. Il fournit également des renseignements géographiques précieux qui permettent de situer la ferme de Long avec précision par rapport à la rivière. Ces données corroborent d’ailleurs la carte topographique de Bouchette quant à l’emplacement de la ferme vis-à-vis du portage, de la rivière et du lac.
Par ailleurs, outre les notes explicites sur le lieu de débarquement de Long, le rapport contient le dénombrement des colons de la région effectué par Elliott. Nous savons qu’en 1817, le nombre de vétérans installés d’office par le gouvernement lors de deux vagues successives s’élevait probablement à 19 soldats, accompagnés de 19 épouses et 46 enfants. En 1819, lorsque les autorités cessèrent de ravitailler régulièrement ces familles, une quinzaine d’entre elles quittèrent définitivement la région. Voici la liste des familles recensées par Elliott le long du Portage en 1823 : [xii]
| Rvière du Loup | David Gardner (anciennement à la Rivière St. François) |
| Rivière Verte | Hugh Hogg Richard Slight (anciennement Dégelé) Samuel Payne |
| Tête du lac | Long |
| Milieu du lac | Dall |
| Rivière à la Truite | L. Stripman and F. McDonald |
À la suite de son rapport de 1823, et en s’appuyant largement sur ses recommandations, l’armée reprit la distribution de provisions aux soldats établis le long du Portage. Toutefois, ce ravitaillement fut de nouveau interrompu en 1826, provoquant le départ de la quasi-totalité des colons. [xiii] Comme nous le verrons plus loin, cette instabilité fut probablement l’un des facteurs déterminants qui poussèrent Philip Long et sa famille à quitter cette région isolée pour entreprendre une nouvelle vie à Clair.
Par ailleurs, bien que des réparations aient été entreprises sur le Portage dès 1821 — pour lesquelles nous avons précédemment détaillé les sommes allouées [xiv] —, ces investissements ne produisirent pas les résultats escomptés par le gouvernement.
Plusieurs études se succédèrent au fil des ans : une première en 1821, fondée sur le témoignage des courriers et des usagers, suivie d’une enquête de bien plus grande envergure en 1825. Cette dernière fut menée par une commission (composée du général J.C. Smyth, du lieutenant-colonel G. Hoste et du capitaine Harris) chargée d’évaluer les communications entre Fredericton et Québec. Constatant la dégradation des 58 kilomètres du tracé, le comité analysa trois solutions : un canal, un chemin de fer ou une route militaire. Le canal fut jugé irréalisable et le chemin de fer non rentable (estimé à 3 000 £ par kilomètre) ; seule la route militaire fut retenue comme option judicieuse. [xv]
En 1828, un nouveau comité se pencha sur l’entretien du tracé. Le témoin principal, M. A. J. Wolff — qui avait dirigé des réparations en 1826, également mentionnées par Joseph Bouchette dans son Dictionnaire topographique —, conclut alors qu’il valait mieux restaurer le sentier existant plutôt que de modifier l’itinéraire. Sur la base de ces recommandations, le gouvernement investit 800 livres en 1829. Pourtant, cette même année, Wolff changea d’avis et préconisa une modification profonde du tracé. Philip Long avait-il pressenti ces revirements ou craignait-il que le gouvernement ne déplace la route ? Ces incertitudes ont-elles pesé dans sa décision de déménager sa famille dès 1828 ?
Voici l’extrait du rapport du major Elliott d’août 1823, intitulé « État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés », qui mentionne explicitement la ferme et le lieu de débarquement de Long. [xvi]
État des postes occupés par les pensionnés installés sur la ligne de communication entre la rivière du Loup et Madawaska, avec l’état actuel de leurs fermes et de leurs familles, y compris les postes où il est recommandé d’installer des colons supplémentaires.
Québec, le 10 août 1823
Petite rivière du Loup, à 6 milles du fleuve Saint-Laurent
David Gardner
Age
No. 1 Girl 11
No. 2 Girl 9
No. 3 Boy 6
No. 4 Girl 1 ½
À cet endroit, David Gardner s’est établi sur des terres appartenant à la seigneurie de la rivière du Loup. Sa famille se compose de sa femme et de leurs quatre enfants (voir en marge).
Cet homme était initialement en poste à la rivière Saint-François et prospérait grâce à une propriété considérable. Son voisin, Clifford, ayant quitté son poste et n’ayant d’autre maison à proximité que la rivière Verte (à 17 milles d’un côté et à 20 milles de Long de l’autre), préféra défricher une nouvelle ferme plutôt que de rester après la suppression de ses rations. Il vendit donc ses terres à Saint-François.
Gardner a défriché…
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Lac Témiscouata
À l’extrémité orientale du Portage, long d’environ 36 milles et trois quarts anglais, se trouvent les fermes de Long. Cet homme, qui perçoit une pension de 2 livres sterling par jour du gouvernement de Sa Majesté, fut chargé en 1809 par M. Finlay, sous-directeur général des postes du Canada, de s’établir à l’endroit le plus approprié, à l’extrémité du Portage (comme l’atteste une lettre de cette date), afin de faciliter l’acheminement du courrier. C’est pourquoi il s’établit à son domicile actuel. Bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de lui accorder une concession de terre, il affirme que le colonel Fraser, dont il relève de la seigneurie, lui a assuré qu’il ne serait pas dérangé dans la possession de ses terres et qu’il ne lui réclamerait aucun loyer. Toutefois, si
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son fils ou un membre de sa famille demeure sur les lieux, ils devront payer un loyer.
Rivière Cabanot – 5 km de chez Long
Long possède une clairière assez étendue, cultivée, au bord de la rivière Cabanot (appelée Namgamaskatcook par M. Bouchette), à une lieue au sud de sa résidence actuelle. Son gendre en possède une autre sur la rive opposée de la même rivière, qu’il envisage de céder à l’un des fils de Long si celui-ci part pour la rivière Perche.
Sur la rivière Cabanot, la terre est excellente sur environ une demi-lieue en direction de chez Dall.
John Dall
11 km de chez Long
À environ 11 km de chez Long, au bord du lac, je suis allé chez John Dall, un pensionné qui touchait 1 shilling et 9 pence et demi par jour. Sa maison avait été construite pour lui sur ordre du gouvernement de Sa Majesté en 1815. La terre sur laquelle cet homme est installé se trouve à flanc de colline rocheuse abrupte et escarpée, si bien que si toutes les souches étaient enlevées, il me semble impossible d’y labourer, et il n’y a pas un pouce de prairie où pousser. Pour nourrir sa vache, il est donc obligé de se rendre à la rivière Tolado, sur la rive opposée du lac, et à un autre petit endroit situé à mi-chemin de Longs, où il se procure du foin sauvage et des joncs pour son bétail d’hiver.
…
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Je me suis installé sur une pointe formée par ce ruisseau se jetant dans la Madawaska, sur la rive droite. Le terrain y est excellent, couvert d’une belle végétation de frênes noirs et d’ormes, et suffisamment élevé pour être à l’abri des crues.
Ce poste est déconseillé si le Degele est occupé, surtout si le sergent Smyth retourne à la rivière White Birch.
Le gendre de Long, Pierre Matelot, accepterait de s’y installer s’il recevait des rations pour lui et sa famille (sa femme et ses trois enfants) pendant trois ans, avec une concession de terres à l’issue de cette période.
La rivière Perche, ou Pole, à son embouchure et sur une certaine distance en amont, semble avoir une largeur d’environ 9 mètres, et la nouvelle route passe près de l’endroit où la maison devrait être construite.
La partie de la seigneurie de Tamisquata qui s’étend des abords de la maison de Long jusqu’au Degele, à l’extrémité sud du lac, et deux lieues en aval sur la rive droite de la Madwaska, incluant Dalls, le Degele et la rivière Perche, appartient à M. de Gaspé, avec lequel il faudrait conclure un accord avant tout établissement ultérieur.
Nous connaissions déjà la date d’arrivée de Philip Long au lac Témiscouata. Mais Elliott indique que Long y fut placé par Finlay, et non par Craig comme le suggérait Heriot dans au moins deux lettres. Ce passage est d’une importance capitale, car il nous apprend que Long s’était vu promettre à plusieurs reprises des concessions de terres au bord du lac, mais qu’il n’avait pu les obtenir. Comme nous l’avons vu au chapitre précédent, cette incapacité ou ce refus d’accorder à Philip Long des titres de propriété clairs et définitifs pourrait s’expliquer par l’incertitude entourant les concessions accordées à David Higginbotham en 1784. De toute évidence, le colonel Fraser considérait que Philip possédait des terres, probablement en raison des améliorations que Long y avait apportées depuis 1809. Cependant, Fraser refusait que les fils de Long, s’ils s’installaient sur ces terres, y vivent sans payer chaque année le loyer dû au seigneur légitime. En 1823, il semble que Long possédait des terres au sud de sa résidence, au lieu de débarquement, et plus près de la rivière Cabanot. Les terres situées de l’autre côté de la rivière, appartenant à Jean-Baptiste Long et Marguerite Emond, seront vendues à Alexander Fraser en 1824.
Le rapport complet est assez long et contient de nombreux détails intéressants sur les familles et les conditions de vie des colons. Nous espérons le mettre prochainement en ligne.
[Une autre section du rapport est reproduite ici]
Après avoir examiné attentivement les environs de la route de portage pendant huit jours, et avoir parcouru entre 50 et 60 milles à travers les bois durant cette période, je suis d’avis, compte tenu de l’étendue des zones marécageuses et des hautes montagnes traversées, qu’il serait préférable de maintenir le tracé actuel de la route plutôt que de lui donner une nouvelle direction.
Je dois toutefois ajouter qu’une fois les arbres dénudés, il sera possible d’éviter bon nombre des passages difficiles, ce qui m’a probablement empêché, faute de visibilité suffisante à plus de quelques mètres.
…
Moyens de transport pour traverser le portage
De la maison Cotés, sur la rive du Saint-Laurent, jusqu’à la rivière Verte (9 milles et demi), la route est praticable pour des charrettes transportant environ 4 charges. Mais de là jusqu’à Longs, sur 43 kilomètres, le seul moyen de transport est une sorte de traîneau, composé de deux brancards reliés par trois traverses, avec quatre montants pour fixer la charge. Une extrémité de chaque brancard est suspendue au harnais d’un cheval, tandis que l’autre traîne au sol. Sur cette machine, généralement utilisée pour traverser le Portage, une charge de 2 à 2,5 livres de bois est transportée en deux jours, et une autre au retour, pour la somme de 4 à 5 dollars. Il n’y a aucune difficulté à trouver des habitants pour effectuer ce travail, mais ils essaient tout pour arnaquer les étrangers et m’ont demandé 8 à 10 dollars chacun, alors que je n’en ai payé que 5 ; et je les ai retenus sur la route.
…
La route n’a jamais été ouverte sur plus de 3,5 à 4,5 mètres.
Ayant mesuré la distance en plusieurs endroits entre des arbres se faisant face, d’une hauteur d’environ 18 à 27 mètres ; Il apparaît clairement que, durant toute cette période, cette route n’a jamais été élargie à plus de 3,5 à 4,5 mètres. Son orientation générale étant presque est-sud-est, les rayons du soleil ne peuvent jamais contribuer à son séchage, sauf brièvement le matin, lorsqu’ils sont les moins puissants. De ce fait, les endroits qui seraient secs après quelques heures d’exposition au soleil et au vent restent toujours humides.
Bois dégagé sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres.
18 mètres nécessaires pour se prémunir contre les arbres tombés.
Je recommande donc, comme première étape avant tout autre aménagement, que les broussailles le long du portage soient dégagées sur toute sa longueur sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres, et que tous les efforts soient faits pour drainer l’eau. Par ailleurs, une portion importante de la route repose sur une zone de gravier et de roches qui ne nécessiterait pas plus de 4,5 à… Une largeur supplémentaire peut être accordée aux parties marécageuses qui ne peuvent être drainées, afin de permettre au soleil d’agir pleinement pour les assécher. Il faut toutefois admettre que la largeur proposée ne garantirait pas la route contre les effets des chutes d’arbres, contre lesquels il est impossible de se prémunir autrement qu’en accordant à toute la route une largeur d’au moins 60 pieds.
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De Longs à Dégélé – 15 milles
Après avoir examiné attentivement les environs de la route de portage pendant huit jours, et avoir parcouru entre 50 et 60 milles à travers les bois durant cette période, je suis d’avis, compte tenu de l’étendue des zones marécageuses et des hautes montagnes traversées, qu’il serait préférable de maintenir le tracé actuel de la route plutôt que de lui donner une nouvelle direction.
Je dois cependant ajouter qu’une fois les arbres dénudés, il sera possible d’éviter bon nombre des passages difficiles, ce qui m’a probablement empêché, faute de visibilité suffisante à plus de quelques mètres.
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Moyens de transport pour traverser le portage
De la maison Cotés, sur la rive du Saint-Laurent, jusqu’à la rivière Verte (9 milles et demi), la route est praticable pour des charrettes transportant environ 4 charges. Mais de là jusqu’à Longs, sur 43 kilomètres, le seul moyen de transport est une sorte de traîneau, composé de deux brancards reliées par trois traverses, avec quatre montants pour fixer la charge. Une extrémité de chaque brancard est suspendue au harnais d’un cheval, tandis que l’autre traîne au sol. Sur cette machine, généralement utilisée pour traverser le Portage, une charge de 2 à 2,5 livres de bois est transportée en deux jours, et une autre au retour, pour la somme de 4 à 5 dollars. Il n’y a aucune difficulté à trouver des habitants pour effectuer ce travail, mais ils essaient tout pour arnaquer les étrangers et m’ont demandé 8 à 10 dollars chacun, alors que je n’en ai payé que 5 ; et je les ai retenus sur la route.
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La route n’a jamais été ouverte sur plus de 3,5 à 4,5 mètres.
Ayant mesuré la distance en plusieurs endroits entre des arbres se faisant face, d’une hauteur d’environ 18 à 27 mètres ; Il apparaît clairement que, durant toute cette période, cette route n’a jamais été élargie à plus de 3,5 à 4,5 mètres. Son orientation générale étant presque est-sud-est, les rayons du soleil ne peuvent jamais contribuer à son séchage, sauf le matin, lorsqu’ils sont les moins puissants. De ce fait, les endroits qui seraient secs après quelques heures d’exposition au soleil et au vent restent toujours humides.
Bois dégagé sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres.
18 mètres nécessaires pour se prémunir contre les arbres tombés.
Je recommande donc, comme première étape avant tout autre aménagement, que les broussailles le long du portage soient dégagées sur toute sa longueur sur une largeur moyenne d’au moins 9 mètres, et que tous les efforts soient faits pour drainer l’eau. Par ailleurs, une portion importante de la route repose sur une zone de gravier et de roches qui ne nécessiterait pas plus de 4,5 à… Une largeur supplémentaire peut être accordée aux parties marécageuses qui ne peuvent être drainées, afin de permettre au soleil d’agir pleinement pour les assécher. Il faut toutefois admettre que la largeur proposée ne garantirait pas la route contre les effets des chutes d’arbres, contre lesquels il est impossible de se prémunir autrement qu’en accord avec toute la route une largeur d’au moins 60 pieds.
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De Longs à Dégele – 15 milles

Québec, le 10 août 1823
Monseigneur,
Conformément aux instructions de Votre Seigneurie contenues dans la lettre du colonel Darling en date du 23 juin, je me suis mis en route le 2 juillet pour examiner la ligne de communication entre le fleuve Saint-Laurent et l’établissement de Madawaska. Afin de pouvoir examiner les terres à droite et à gauche de la route actuelle, j’ai dressé un croquis du Portage tout au long de mon parcours, que j’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint, accompagné d’un rapport sur son état général et de quelques suggestions sur les moyens de l’améliorer.
Au lac Témiscouata, j’ai rencontré le colonel Fraser, propriétaire de cette seigneurie ainsi que de celle de la Rivière-du-Loup. Après avoir franchi ensemble une partie du portage sur une distance de cinq lieues, ce monsieur s’est établi dans une maison située à proximité de chez Long, où il s’est installé dans l’espoir de coloniser sa seigneurie. Par conséquent, considérant son rang et ses propriétés dans cette partie du pays, et estimant qu’il doit être naturellement le plus intéressé par l’amélioration de cette voie de communication, j’ai jugé qu’il serait la personne la plus apte à répondre aux vues de Votre Excellence. J’ai mentionné le désir de Votre Seigneurie de communiquer avec lui et, en réponse, il m’a prié de vous faire savoir qu’il serait ravi de pouvoir vous être utile.
Depuis chez Long, je me suis rendu à l’établissement de Madawaska, passant en revue les pensionnaires résidant encore sur la partie intermédiaire de la ligne de communication. J’ai l’honneur de transmettre un état distinct concernant leur situation, ainsi que celle des pensionnaires se trouvant encore sur le Portage.
À Madawaska, j’ai rendu visite à M. Duquette, le curé, un gentilhomme qui jouit d’une excellente réputation. Il s’est déclaré prêt à assumer la direction de tout achat qu’il serait nécessaire d’effectuer dans son voisinage, ou à fournir à Votre Seigneurie toute information qu’il pourrait recueillir sur le sujet en question. Il a ajouté qu’il se rendrait à Québec soit à la fin de ce mois, soit au début de septembre, moment où il se présentera à moi pour recevoir les ordres de Votre Seigneurie ; en cas d’absence de ma part, il s’adressera au colonel Darling.
À mon retour ici, j’ai discuté avec M. Amable Dionne, un marchand résidant à Madawaska, qui s’est également proposé pour offrir toute l’assistance en son pouvoir. Ce monsieur, étant magistrat, a fréquemment eu à recueillir les affidavits des pensionnaires sur le Portage. Compte tenu de sa réputation dans cette partie du pays, j’ai tout lieu d’espérer qu’il sera fort utile.
J’ai l’honneur de transmettre ci-joint l’état des sommes versées pour les instruments et des dépenses engagées par moi-même lors de cette mission. Concernant ce dernier compte, il plaira à Votre Seigneurie d’autoriser une allocation pour deux soldats du 68e régiment qui m’ont accompagné, afin de les dédommager pour les dégâts causés à leurs capotes.
J’ai l’honneur d’être, Monseigneur, de Votre Seigneurie, le très obéissant et humble serviteur.
A. Eliot
B. Major, 68e Régiment
À Son Excellence le comte de Dalhousie
Texte du rapport
Compte rendu des dépenses engagées par le major Eliot, du 68e Régiment, pendant sa mission, sur ordre de Son Excellence le Gouverneur général, d’esquisser et d’explorer le Portage de Témisquata.
Québec, le 12 août 1823
£ s a To Carriage of Provisions to the Boat at Quebec 0 1 6 « Boat and Calache to end of Portage 2 7 6 « Two Horses and Machines acrofs the Portage at 1/5 £ Each 2 10 0 « Canoe from Longs to Madawaska and back again 1 10 0 « Pierre Mettot as Guide & axe man 8 Days at 5s per day 2 0 0 « Baptiste Long Do 10 Do Do 2 10 0 « Col. Frasers man Conveying the Baggage acrofs the Portage » 2 days at 2/6 £ per day 2 5 0 « Carriage of Baggage & Provisions to Schooner 2 2 6 « Schooner to Quebec 2 10 0 « Calache from Perrous to Quebec 2 5 0 » Carriage of Provisions from Schooner to Store 2 1 3 » John Mullan 68th Regiment 26 days at per day » Thomas Montgomery Do Do Do G.A. Eliot
B Major dans le 68ième rég.







Nous trouvons ces détails qui mentionnent Long et son fils Jean-Baptiste ainsi que son gendre, Pierre Méthot particulièrement intéressantes. Ce n’est peut-être pas de la grande histoire, mais c’est notre histoire !
La visite et les rapports du major Elliott ont certainement retenu l’attention du gouvernement, qui a repris l’approvisionnement des colons à l’automne. Une série de lettres et de correspondance de John Dall fait partie de la même collection à Bibliothèque et Archives Canada. Nous en présentons ici quelques extraits à titre d’information, mais aussi pour illustrer les difficultés constantes auxquelles les colons étaient confrontés en raison de l’isolement et du relief accidenté.
Lettre de John Dall, Portage de Témiscouata, 26 mai 1823, au colonel Robert Darling, secrétaire militaire, Québec. RG8, série C, vol. 628, p. 75-75A.
Dall accuse réception des lettres qu’il a reçues concernant les provisions et les vêtements, mais sollicite une aide particulière en raison de sa situation précaire. Réponse de Darling le 2 juin 1823.
Lettre de John Dall, Lac Témisquata, 5 juillet 1823, au colonel Robert Darling, secrétaire militaire, Québec. RG8, série C, volume 628, p. 110-112A.
Il accuse réception de tous les vêtements envoyés par le messager, demande s’il recevra d’autres rations et précise que la farine est le principal produit dont il a besoin.
Lettre d’Amable Dionne, Kamouraska, datée du 23 décembre 1823, à un destinataire inconnu. RG8, série C, volume 628, p. 191-193.
Cette lettre est incluse uniquement parce qu’elle montre que l’histoire est parfois bien banale. Le mauvais temps a empêché la livraison de vêtements et autres provisions à David Gardner ; il s’agit essentiellement d’une lettre explicative.
Il existe une lettre, accompagnée de documents, particulièrement émouvante : il s’agit d’une lettre écrite par le major Elliott au nom de la veuve de Samuel Payne, qui occupait un rôle similaire à celui de Philip Long sur la route. Dans cette lettre, Elliott compare la vie de Payne à celle de Philip Long, qu’il juge « misérable ». Un constat peu réjouissant, mais néanmoins juste. Ce document recommande que la veuve de Samuel Payne, de Green River, reçoive sa pension.
Alexander Fraser écrit au major Elliott.
Dans cette lettre, Alexander Fraser accepte les recommandations du major Elliott et renonce à ses droits sur 100 acres de terre destinés aux colons afin de faciliter le travail des courriers.
Alexander Fraser écrit au colonel Darling.
Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, datée du 25 septembre 1823, à Québec.[xix]
Nous tenons à remercier Carmen Long pour la transcription de cette lettre et sa sœur Doris Long, qui nous a aidés à préparer le document pour publication.
Monsieur,
J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre du 10 de ce mois, datée du 14, dans laquelle vous m’informez que Son Excellence le Commandant en chef a souhaité que les colons militaires installés sur les lignes de communication entre le Saint-Laurent et Madawaska reçoivent leurs pensions par mon intermédiaire. Je serai très heureux de pouvoir aider ces hommes et leurs familles, car je suis convaincu qu’ils ont beaucoup souffert, à différentes reprises, des mauvaises récoltes.
William Clifford était ici mercredi. J’ai lu le paragraphe de votre lettre l’autorisant à commencer la construction de sa maison près du pont de la Grande Fourche demain. Il a une femme et trois enfants. Sa pension est d’un shilling par mois. Il y a un pensionné à la rivière Trout, près de Madawaska, qui, je suppose par inadvertance, a été omis de la liste des pensionnés que vous avez eu l’amabilité de m’envoyer. Il s’appelle Louis Stripman. Il a une femme. Sa solde est de six pence par mois. Philip Long (et non Luke Long) n’est, je suppose, pas considéré comme un colon. Il est placé ici par le directeur général des postes.
Le transport des provisions pour les (?) à Green River se fera à peu de frais. À seulement neuf milles de (Saint-Louis ?) se trouvaient (?) les colons. Dale McDonald et (?) ont reçu la valeur de leurs rations en espèces. Je doute fort que je les (?) surenchérisse, car ils auraient eu le pouvoir de négocier eux-mêmes.
Avec tout mon respect, j’ai l’honneur d’être, Monsieur, votre très obéissant.
Alex Fraser
P.-S. : Le messager est parti tôt lundi matin, ce qui m’a empêché de répondre à votre lettre.
Lac Témisquata, 21 septembre 1823
Au colonel Darling
p.d.m. signifie « par jour »



Les dernières années au lac Témiscouata
Cette section du site contient des documents couvrant les sujets suivants: Vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long et Alexander Fraser en 1824; le mariage de Jean-Baptiste Long avec Marguerite Émond en 1822; une dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière; et enfin, le second mariage de Constance Long-Beaudry avec Antoine Arton en 1827
Vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long et Alexander Fraser en 1824
Acte de vente d’une parcelle de terre entre Jean-Baptiste Long, son épouse Marguerite Émond et Alexander Fraser, daté du 12 août 1824, devant le notaire Louis Amiot à Rivière-du-Loup. Témoins : Pierre Charon et André Marquis.
Source : Ghislain Long, Benoît Long
12 Août 1824 Vente de Terre par Jean Baptiste Long à Alexandre Fraser Écuier
Pardevant Le Notaire Public
Pour la province du Bas-Canada résidant En la Rivière du Loup En Le Comté Cornwallis et les Témoins cy après nommés & Soufsignés Furent présents Jean Baptiste Long cultivateur résidant En la dite Rivière du Loup Et Dame Marguerite Emond Son Epouse qu’il autorise à l’effet des présentes Les Quels Sans division ni discufsion Entre eux a quoi ils renoncent et avec promefse de Garantie de tous troubles dans douaire, dettes, hypothèques, et autres Empechemens Généralement Quelconques, Ont ce jour reconnu & confefsé avoir vendu, cédé, quitté, délaifsé et Transporté des maintenant & à toujours a Alexandre Fraser Écuier Seigneur de la rivière du loup & autres Lieux à ce faisant et acceptant acquéreur et ce tenant pour lui Ses biens & ayant causes à l’avenir Savoir quatre arpents de Terre de front Sur la profondeur d’une concefsion prenant Son front a Lac Thimisquata et a peu prets d’une demi Lieue distance courant Nord du chemin chemin (ce mot est rayé) du portage ou de la Maison du Sieur Philip Long Sans batifses defsus construites et dailleurs avec toutes leurs appartenances et dépendances quelconques que le dit acquéreur déclare connaîtres & Savoir pour Avoir vu et visité et En Etre Content & Satisfait.
Provenant ce que defsus vendu au dit vendeur par Concefsion de largeur lequel acte na pu nous Etre Exibé mais déclare l’acquéreur En être (ces deux derniers mots sont rayés) En avais pris Suffisantes connaifsance dont quittances.
La Sus dite vente faite Sans aucune Réserves ni Exception quelconques mais a charge par l’acquéreur de payer a l’avenir, les Cens & droits Seigneuriaux Envers qui ils sont dus (les quatre derniers mots sont rayés) quitte de ceux du pape.
Et en outre faite pour & moyennant Le prix &Somme de Vingt Livres Courant Sur laquelle Somme les dits vendeurs déclarent avoir Eu Et reçu celle de Sept Livres cinq chelins même cours dont quittance d’autant et quant à la Somme de douze Livres quinze chelins aufsi même cours de parfait payement payable dans le cours du mois d’octobre Mil huit cent vingt cinq pour tous délais et sans intérêt.
Et Au moyen de quoi les dits vendeurs Se défsaisifsant de tous ce que depuis vendu et En Saifsifsent L’acquéreur pour qu’il En jouifse fafse & dispose dès ce jour et a l’avenir ainsi que Ses avoirs & ayans causes comme ils aviseront et comme de leur propre bien vraie et Loyal acquet En Vertu des présentes Car & ainsi & Promettant & obligeant & Renoncant & fait & pafsé a la dite Rivière du loup le douze Août Mil huit Cent vingt quatre En présence des Sieurs Pierre Charon et André Marquis du Lac Simon et lecture faite requis de Signer eux Le Sachant faire & ont fait auci Le dit Notaire les autres ont déclaré ne le savoir deux renvois bons dix mots (ces deux mots sont rayés) quinze mots rayés nuls
Jean Bte X Long marque pierre charon Marg X Emond André X Marquis marque marque Alexander Fraser D. Amiot notaire.




Recensement de 1825 de Témiscouata et Kamouraska
Ce recensement confirme que Philip et sa famille résidaient toujours au lac Témiscouata à cette époque. Nous avons obtenu une copie de ce document grâce à Chip Gagnon, que nous remercions chaleureusement pour son aide précieuse. L’analyse et l’interprétation de l’original nous ont été transmises par Gilles Long. À la lumière de ces résultats, nous pouvons établir que le foyer de Philip Long se composait des personnes suivantes:
Neuf personnes au total ont été recensées dans le foyer :
Philippe Lang, 60 ans et plus (marié) (Philip est le seul mentionné)
Marie-Julie, 60 ans et plus (mariée)
Trois enfants de moins de six ans
Suzanne Long, 12 ans
Michel Long, 5 ans
Deux enfants âgés de plus de 14 ans et de moins de 18 ans
(Probablement) George Long, 16 ans au moment de l’enquête
(Probablement) Romain Long, 14 ans au moment de l’enquête
Un homme âgé de plus de 18 ans et de moins de 25 ans (marié)
(Probablement) Jean-Baptiste Long, né en 1800, avait donc exactement 25 ans au moment de l’enquête.
Une fille âgée de plus de 18 ans et de moins de 45 ans (mariée)
(probablement) Marguerite Emond – épouse de Jean-Baptiste Long

Dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière
Lettre de Philip Long au colonel Alexander Fraser, datée du 5 janvier 1827, envoyée de l’extrémité du lac Témiscouata.[xx]
Colonel Fraser
Monsieur,
Je dois à Joseph Michaud, porteur de cette lettre, la somme de 14 livres sterling, pour laquelle il m’a fortement pressé de le payer immédiatement. Je lui ai expliqué que je vous avais vendu ma propriété et que je devais être payé dans un délai de deux ans. Par conséquent, je ne pouvais lui promettre un paiement plus rapide. Il m’a toutefois prié de vous écrire afin de savoir si vous pouviez lui donner un ordre de paiement auprès de certains marchands du Canada pour le montant susmentionné.
Monsieur, si vous le jugez opportun, vous pouvez le faire, mais je ne peux m’en assurer avant l’échéance. Si toutefois vous souhaitez bien donner cet ordre de paiement, veuillez le déposer sur mon compte.
Monsieur, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mon respect.
Dernière lettre de Philip Long à Alexander Fraser concernant une affaire financière
Lettre de Peter Durquand, commissaire général, datée du 16 janvier 1826, à Québec, au colonel Darling, secrétaire militaire.
Nous tenons à remercier Carmen Long pour sa transcription du texte original.
Bureau du Commissaire général
Québec, le 16 janvier 1826.Monsieur,
Faisant suite à un paiement effectué au mois d’août dernier entre les mains du lieutenant Bélanger, actuel maître de poste de Québec, correspondant à une année d’allocation (jusqu’au 24 juin 1825) due à Phillip Long pour s’être établi au lac Témiscouata afin de faciliter les communications entre cette Province et le Nouveau-Brunswick — allocation versée au maître de poste en exercice depuis l’année 1811 — j’ai l’honneur de vous informer de ce qui suit :
Le commissaire général adjoint aux comptes exige, pour le cas en question, la présentation d’une procuration ou de tout autre titre autorisant le versement des fonds de cette manière. Par conséquent, je sollicite l’approbation de Sa Seigneurie le commandant des forces à cet égard. Je me permets de suggérer que cet arrangement semblant avoir été adopté pour faciliter la remise de son salaire à l’intéressé, le mode de paiement actuel puisse être maintenu.
J’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très obéissant et humble serviteur,Peter Durquand
Commissaire généralÀ : Major-général Darling,
Secrétaire militaire.


Deuxième marriage de Constance Long-Beaudry avec Antoine Arton en 1827.
[Une copie du certificat sera affiché]
Rapport du major G. E. Elliott sur les relais le long du portage de Témiscouata en 1829.
Nous tenons à remercier Carmen Long pour son travail exemplaire de transcription du texte original. Un effort remarquable !
CCe rapport du major Elliott revêt un intérêt capital pour notre famille. Il contient une liste détaillée des relais le long du portage, ainsi que des informations précieuses concernant la ferme Long. Nous y découvrons les faits suivants :
- Localisation : La ferme Long se situait à environ 60 kilomètres d’un lieu-dit appelé « La Savane », sur les rives du Saint-Laurent.
- Rémunération : Elliott confirme que Long recevait un salaire de deux shillings par jour depuis 1809 (une donnée qui concorde avec la correspondance de Robinson de 1811).
- Conflits fonciers : La ferme de Long, à l’instar de nombreuses autres stations, se trouvait dans les limites de la seigneurie de Témiscouata. Cette situation précaire compliquait la vie des postiers, régulièrement sommés par le seigneur de payer des redevances annuelles, voire des arrérages pour les terres occupées. Elliott voyait là un obstacle majeur à la colonisation permanente et à la fluidité des communications ; il recommandait donc l’octroi de concessions formelles aux occupants.
Nous savons que Philip a cédé une grande partie de ses droits sur les terres bordant le lac en 1817 à Joseph Bouchette et Alexander Fraser. De même, Jean-Baptiste Long possédait une concession qu’il a vendue en 1824. Il est probable que d’autres propriétés aient été vendues entre 1825 et 1826. L’ensemble de ces transactions représentait sans doute la totalité des avoirs fonciers des Long dans la région.
Cependant — et c’est un point crucial — Philip s’était vu promettre des terres au sud de la seigneurie lors de sa vente à Bouchette et Fraser. Où se situent exactement ces parcelles ? Voilà une question fondamentale qui reste en suspens.
État des postes de ravitaillement (Portage de Témiscouata) – 1829
No. Station / Lieu Chef de famille Milles de La Savane Milles de la station précédente Remarques du Major Elliott 1 Green River Richard (?) 9 9 Occupée par ordre du gouvernement en 1815. Située sur la seigneurie de Rivière-du-Loup; l’occupant risque l’expulsion ou le paiement d’arrérages. 2 St. Francis River – 16 ½ 7 ½ 3 Petite Fourche – 23 ½ 7 4 Montagne Buard – 30 6 ½ – Long’s Farm Philip Long 37 7 Allocation de 2 shillings/jour depuis 1809. Située sur la seigneurie du Col. Fraser; soumise aux mêmes risques d’expulsion/loyers. 5 Bas du Lac John Dall 44 ½ 7 ½ Située sur la seigneurie de la famille De Gaspé; précarité foncière identique. 6 Dégelé Fils de Dall 52 7 ½ Située sur la seigneurie de la famille De Gaspé. 7 Rivière White Bird Veuve Smyth (ou fils) 56 4 Située sur la seigneurie de la famille De Gaspé. 8 Île (?) Fils McDonald (ou Dall) 65 9 9 Rivière Trout McDonald 73 8




Les deux rapports du major Elliott, en 1823 puis en 1829, fournissent des informations cruciales sur les voies de communication et la vie des familles qui ont colonisé la région au début du XIXe siècle. Elles l’ont fait à l’instigation du gouvernement, pour un salaire modeste et sans gloire.
[i] Rapport du major A. E. Elliott, 1829.
[ii] Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, secrétaire militaire, datée de xxxx, 1823. PAC.
[iii] Mgr Ernest Lang, Mon ancêtre Philip Long, pages 37-38.
[iv] Mary Beacock Fryer et le lieutenant-colonel William A. Smy, C.D., Rolls of the Provincial (Loyalist) Corps, Canadian Command American Revolutionary Period, Dundurn Press Limited, Dundurn Canadian Historical, Document Series : Publication n° 1, Toronto et Charlottetown, 1981, page 12.
[v] Rapport de J. A. Rottenburg, 10 juillet 1819, BAC, Q 167-B, page 15.
[vi] Pétition d’André Marquis à James Monk, administrateur, datée du 17 novembre 1819, dans l’annexe du volume XXX des Journaux de l’Assemblée législative du Bas-Canada.
[vii] Pétition d’André Marquis à James Monk, administrateur, datée de décembre 1820, dans l’annexe du volume XXX des Journaux de l’Assemblée législative du Bas-Canada.
[viii] Nive Voisne, Thèse, Le Portage de Témiscouata, page 52.
[ix] Dixième rapport du Comité spécial sur la harangue du Gouverneur, 4 février 1824, Appendices des Journaux de l’Assemblée du Bas-Canada, XXXIII (1823-24), R: 65.
[x] Copie d’un rapport à Son Excellence le duc de Wellington relatif aux provinces nord-américaines de Sa Majesté, 1825, BAC, Q 175-A : 162-177.
[xi] Major A. E. Elliott, État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et postes supplémentaires recommandés, daté d’août 1823. Source : Archives nationales du Canada, RG8, série « C », volume ?. Recherche : Benoît Long. Transcription : Carmen Long. Copie photographique : Ghislain Long.
[xii] Nive Voisine, op. cit., page 48, citant l’état des lieux du major Elliott (1823) concernant les postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communication vers Madawaska et les postes supplémentaires recommandés.
[xiii] Lettre de Kempt à Murray, 29 novembre 1828, PAC, Q 123-1 : 236s.
[xiv] Nive Voisnes, op. cit., page 52.
[xv] Nive Voisne, op. cit., page 53.
[xvi] Rapport du major Elliott au gouverneur général, comte de Dalhousie, daté du 23 août 1823 et signé à Québec. État des postes occupés par les pensionnés sur la ligne de communications vers Madwaska et postes supplémentaires recommandés – août 1823.
[xvii] Rapport du major Elliott, État actuel du portage de Témisquata et méthode proposée pour son amélioration, Québec, 10 août 1823. Archives nationales du Canada, RG8, Série « C », volume 628. Transcription : Carmen Long.
[xviii] Lettre du major Elliott au gouverneur général, le comte de Dalhousie, datée du 10 août 1823, Québec. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.
[xix] Lettre d’Alexander Fraser au colonel Darling, datée du 25 septembre 1823, à Québec. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.
[xx] Source : Archives nationales du Canada (Québec). Recherche et transcription du texte original : Jean-Claude Massé. Madawaska, 5 janvier 1827.
[xxi] Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 136. Copie photographique : Ghislain Long ; Recherche : Benoit Long.
[xxii] Major G. E. Elliott, Rapport sur les postes le long du portage de Témiscouata en 1829. Source : Bibliothèque et Archives Canada, RG8, Série « C », volume 628.